SCÈNE PREMIÈRE
EUGENIE, Macî. SAINT-GÈRAN.
EUGÉNIE
Non, ma tante, jamais je n'oublîrai , j'espère, Tout Tamour que je dois à ma seconde mère; Orpheline au berceau, dans tes soins prévenans, IS'ai-je pas retrouvé les soins de mes parens ? Ton bras fut le soutien de ma première enfance;, Tu raison éclaira mon inexpérience.
Tu formas à-la-fois mon esprit et mon cœur; Je te dois tout, enfin, je te dois le bonheur. Je n'avais qu'un procès pour unique liéritage , Tu le défends encor^ mais avec un courage. Un zèle !.. . .
Mad. SAINT-GÉRAN.
Eh ! cesse donc d'a<îmirer ma vertu.
Je n'ai , ma chère enfant , fait que ce que j'ai dû 5 Tu perdis, jeune encor , et ton père et ta mèrcj De l'un j'étais la sœur, l'autre m'était bien chère.
6 l'amour et le procès.
Piecueillir leur enfant, défendre avec chaleur Un procès d'où dépend ton bien et leur honneur ^ Tel était mon devoir : je l'ai rempli, je pense j Mais dans ton amitié, dans ta reconnaissance, N'en trouvé-je donc pas un salaire bien doux ? De tout autre sujet , de grâce , occupons-nousj De Dermon , par exemple.
EUGÉNIE
Oli! ma tante!
Mad. SAINT-GÉRAN.
Ma nièce ; De Dermon autrefois lu me parlais sans cesse; De vertu, de mérite et de candeur rempli, A t^entendre, c'était un jeune homme accompli, Celui-là, disais-tu, rendra sa femme heureuse; Tu rougis, mon enfant, ne sois donc pas honteuse j Dermon a pu te plaire . - •
E¥GÉmE. '
Oui : mais il est bien changé.
Il a, je ne sais ou, pris certain préjugé Contre tout notre sexe j il pense au fond de l'ame Que rien n'est plus léger que le cœur d'une femme j Tromper, dit-il, voilà leur seule ambition} Et ne fait pas pour moi même une exception , A moins que je ne veuille à son amour extrême Répondre clairement par ces mots : je vous aime.
Mad. SAINT-GÉRAN.
Je vous aime? est-il rrai? c'est l'estimer bien peu Que de te demander un si pénible aveu.
EUGÉNIE
Rassure -toi d'ailleurs, soit hasard, soit prudence, Et comme si j'avais deviné la défense ;