‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 190 sur 453 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

EUGENIE, Macî. SAINT-GÈRAN.

EUGÉNIE

Non, ma tante, jamais je n'oublîrai , j'espère, Tout Tamour que je dois à ma seconde mère; Orpheline au berceau, dans tes soins prévenans, IS'ai-je pas retrouvé les soins de mes parens ? Ton bras fut le soutien de ma première enfance;, Tu raison éclaira mon inexpérience.

Tu formas à-la-fois mon esprit et mon cœur; Je te dois tout, enfin, je te dois le bonheur. Je n'avais qu'un procès pour unique liéritage , Tu le défends encor^ mais avec un courage. Un zèle !.. . .

Mad. SAINT-GÉRAN.

Eh ! cesse donc d'a<îmirer ma vertu.

Je n'ai , ma chère enfant , fait que ce que j'ai dû 5 Tu perdis, jeune encor , et ton père et ta mèrcj De l'un j'étais la sœur, l'autre m'était bien chère.

6 l'amour et le procès.

Piecueillir leur enfant, défendre avec chaleur Un procès d'où dépend ton bien et leur honneur ^ Tel était mon devoir : je l'ai rempli, je pense j Mais dans ton amitié, dans ta reconnaissance, N'en trouvé-je donc pas un salaire bien doux ? De tout autre sujet , de grâce , occupons-nousj De Dermon , par exemple.

EUGÉNIE

Oli! ma tante!

Mad. SAINT-GÉRAN.

Ma nièce ; De Dermon autrefois lu me parlais sans cesse; De vertu, de mérite et de candeur rempli, A t^entendre, c'était un jeune homme accompli, Celui-là, disais-tu, rendra sa femme heureuse; Tu rougis, mon enfant, ne sois donc pas honteuse j Dermon a pu te plaire . - •

E¥GÉmE. '

Oui : mais il est bien changé.

Il a, je ne sais ou, pris certain préjugé Contre tout notre sexe j il pense au fond de l'ame Que rien n'est plus léger que le cœur d'une femme j Tromper, dit-il, voilà leur seule ambition} Et ne fait pas pour moi même une exception , A moins que je ne veuille à son amour extrême Répondre clairement par ces mots : je vous aime.

Mad. SAINT-GÉRAN.

Je vous aime? est-il rrai? c'est l'estimer bien peu Que de te demander un si pénible aveu.

EUGÉNIE

Rassure -toi d'ailleurs, soit hasard, soit prudence, Et comme si j'avais deviné la défense ;

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