SCENE I'^ ij
Mad. saint-oérAn.
C'est sans faute auiourd'hui que l'on doit le juger. Or voici mon projet qui peut tout arranger. Perdons-nous ! c'en est fait de notre mariage^ Loin de Paris, au sein d'un modeste ermitage , Oubliant nos plaisirs, notre amour, nospenchans, Nous irons toutes deux goûter la paix des cliamps. Gagnons-nous, au contraire ! il n'eu est plus de même, Je permets qu'à Dermon tu dises : Je vous aime. Et déjà je le vois, charmé de son destin, Venir à deux genoux me demander ta main. Moi , de votre bonheur pour n'èire point jalouse , Au désir de Sainval jecède, oui, je l'épouse.
EUGÉNIE
C'est arrêté ?
Mad. SAIIVT-GÉRAN.
c'est dit.
EUGÉNIE
Sainval sera content.
Mad. SAIIST-GÉRAN.
Je vais mettre un chapeau, ton procureur m^altend : Nous avons à causer, et dans la matinée j Chez les juges je veux faire aussi ma tournée j Sans adieu.
EUGÉNIE
Dis-moi donc , ma tante j, si Dermon Ce matin, par hasard, venait dans la maison, Sans cesse tu l'entends , il se plaint, il soupire, Je suis embarrassée , et ne sais que lui dire ; 11 est à tout moment à me parler d'amour.
Mad. SAINT- GÉRAN.
On use , dans ce cas , ma chère , de détour ,
lo l'amour et le procès;
On ne dit mot : Cx^aint-on de paraître impolie,
On parle du beau tems , que sais-je ? de la pluie j
On plaisante, et sachant saisir roccasiou ,
On détourne avec art la conversation :
De cette leçon-là , souviens-toi bien, ma chère.
Je ne l'oublirai pas, ma tante, jeTespère, Dermon peut avec moi causer quand il voudra, La pluie et le beau tems ! je ne sors pas de là .
Mad. SAINT-GÉRAN.
Amuse-t-en un peu, c'est très-bien, chère amie j Mais du procès surtout, pas le mot, je t'en prie,
EUGENIE.
Sois tranquille.
( Madame Saint- Géran sort. )