SCÈNE XIII. Zj
DERMON.
De mon oncle/ d'ailleurs , vous connaissez le style. Celte lettre . . . lisez, lisez-la , s'il vous plaît.
EUGÉNIE
Non : parlez franchement, expliquez-vous; au fait.
DERMON.
Le ministre , qui fut jadis mon camarade , De maréchal de camp m'avait offert le grade. Pour jouir, il est vrai, de mon avancement. Il me fallait quitier Paris , mon régiment , Le dirai-je? il fallait vous quitter^ Eugénie. Je n'ai pas accepté.
EUGÉJNIE.
Pour moi? quelle folie!
Je n^ai montré du moins aucune ambition , L'amour fut jusqu'ici ma seule passion ; Et se conduire ainsi n'est pas chose commune. De mon oncle , il est vrai ^ j'attendais la fortune. J'étais de ses parens le plus cher à son cœur^ Il m'avait dit vingt fois, je songe à ton bonheur. Le bonhomme , en effet, au sein de la campagne, N'avail-il pas choisi lui-même ma compagne?
eugÉme.
11 avait pris ce soin sans en être prié?
DEÏIMON.
Oui -, sans me consulter , il m'avait marié.
Bref, son choix était faitj il m'appèle , il m'implore.
Je demande un délai , puis un nouvel encore ;
Je refuse à la lin ) mon oncle est irrité,
Il va mourir, et moi je suis déshérité j
L AMOUll ET LE PBOCES.
Je l'apprends aujour'l'hui, c'est la vérité même. Pouvez--vous à présent douter que je vous aime ?
EUGÉNIE
Non, je n'en doute plus.
Êli bien! mon tendre amoui 01)tiendra-l-il de vouS; enlin, quelque retour.
EUGÉNIE
Qu'exigez -vous, Dermon?
DERMON.
Ali ! que du moins j^'apprenne Si votre cœor enfin est sensible a ma peine j Si c'est un sacrifice, il est bien mérité.
EUGÉNIE
J'hésite, hélas!
DERjnON.
Et moi , je n^ai pas hésité.
EUGÉNIE
Wavons-nous pas tous deux queîqu^un qui nous tourmente ; Vous^ c'est monsieur votre oncle , et moi. . .
PERMON
Qui? votre tante.
Voyez j nous sommes seuls) elle n'en saura rien.
EUGÉNIE
Tîon , mais je le saurai; d'ailleurs pourrais-je bien, Après nn tel aveu, compter sur voire estime?
DERMON.
Moi , changer ! pouvez-vous soupçonner un tel crime .' Jamais.
Jamais , eh bien !
On approche. .