SCENE XIV
part (le monsieur, huit jours après nous nous serions mises sur ses traces, nous l'aurions suivi de viî!(; en ville, et nous aurions vu autant de pays
nue lui.
M™\ DR SAINT-LEGER
Je vais chez madame Dercour,mon amie, la seule qui connaisse mon secret, savoir le résultat des informations qu'elle a du {3rendre, et décider enfin la conduite que je dois tenir dans cette circonstance emharrassante.
LISETTE
Madame Dercour est de hon conseil ; j'aime assez qu'elle vous ait engagée à parler hier au hal à ce joli petit M. Ernest, Fami, l'élève, et peut-être déjà le frère d'armes de M. votre mari. On le dit timide et naïf comme une jeune fdlc ; moi, je le tiens amoureux de vous comme un petit page : il va vous demander une entrevue; vous la lui accorderez, et nous le ferons jaser sur le compte du mentor.
m"", de SAINT-LEGER.
Voilà encore une aventure qui m'inquiète...
Bon Dieu! que d'inquiétudes pour un mari qui ne s inquiète pas de nous! En vérité , Madame , vous n'avez pas de courage ! Un enfant amoureux vous fait peur!
M™'. DE SAINT-LEGER
Allons , laissons tout cela.... Je tremble qu'il ne revienne ... Je vais chez Madame Dercour. Sois
LISETTE
Ne craignez rien.
{Madame de Saint-JLe§er baisse son çoîîe^ et sort*)
i LISETTE, seule.
Pauvre petite femme! elle va entendre le long chapitre des exploits amoureux de son époux, avec les commentaires de Madame Dercour: je la plains. La plaindre! cela ne suffit pas, il faut la venger en dépit d'elle-même! M. de Saint-Léger ne me connaîtpoint ; Je ne suis entrée au service de Madame que deux mois après son départ.... Je veux lui parler. Je brûle aussi de voir ce M. Ernest.... Un mari volage et un jeune homme innocent, cela doit faire un contraste....
LISETTE , FRONTTN, tlam h fon^h sortant de t appartement de son maître^ et tenant une lettre.
LISETTE, à part.
Mais voici leur valet ; il tient une lettre... Gardîj à vous, Lisette !
FHONTJN , à pari.
La voici! Elle n'a fait que m 'entrevoir hier, \\ son arrivée ; il faut à présent qu'elle me remarque .
LISETTE, à pai^t, se retournant., et se regardant à la dérobée dans un petit miroir de poche. Mettons-nous sous les armes. Il est essentiel
qu'il me trouve bien.
rnoNTiN, à part.
N'ayons pas l'air de l'apercevoir d'abord ; cela
me donnera plus de facilité pour me développer
sans affectation.
( Il remet la lettre dans sa poche , et s*avance en pirouet^ font et faisant helle jamhe,] -^ . . -
LISETTE, à part.
Marchons un peu ; cola montre le pied...
FRONTIN , à paH.
Tl faut qu'en la rencontrant, j'aie l'air frappé comme (l'un coup de foudre... Cela ne manque jamais son effet.
LTSKTTK, à part.
11 faut que j'aie l'air étourdie de sa bonne mine. J'ai besoin des secrets de son maître.
FROJ«JTiN s avance en fredonnant y et feignant d apercevoir tout à coup Lisette.
Oh!
LISETTE, qui fait le même jeu*
Ahî
FRONTIN
Quel trouble !
LISETTE
Quelle émotion î
FRONTIN
C'est singulier!.... Je sens....
LISETTE
C'est extraordinaire.... J'éprouve....
FRONTIN
Mademoiselle....
LISETTE
Monsieur....
FRONTIN
Eh quoi ! ces yeux,... cette bouche... cette taille... ce pied. . tout cela arrive de province.^
LISETTE
Cet air distingué.... cette tournure noble.. ..Estce que vous êtes tous comme cela à Paris?
FRONTIN
Tous! Ah! diable, non. Pardonnez.... c'est que j'ai peine à me remettre....
LISETTE
Je suis toute interdite aussi...,
FRONTIN
N'étes-vous pas la demoiselle suivante de la dame qui occupe cet appartement?
LISETTE
Pour vous servir , Monsieur de?
FRONTIN
De Frontia.
LISETTE, faisant la révérence.
Monsieur de Frontin. Et n'étes-vouspas le valet-de-chambre d'un colonel qui demeure ici?
FRt)NTIN.
A vos ordres , Mademoiselle de ?....
LISETTE
De Lisette....
FRONTIN, saluant
De Lisette. {A part.) Elle est prise....
LISETTE, à part.
Je le tiens. (^Haut.) Vous soupirez?...
FRONTIN
Je plains quelques Marions et deux ou trois Donnes, qui se disputaient mon cœur....
J'ai peur que Champagne , Lapierre et Jasmin ne se noient.
FRONTIN
Laissons-les faire, et cédons au coup sympathique qui nous a frappes en même temps... Nous nous aimons , nous nous convenons , nous nous épousons.... Causons de nos maîtres....
LISETTE
Le tien?
:pROÎÏTIN.
Généreux, brave, plein d'honneur..!, aimant les femmes.... même la sienne....
LISETTE
Des maîtresses?...
FRONTIN
Trois ou quatre , c'est selon, plus ou moins, Et la jeune dame ?
LISETTE
Yeuve, riche, charmante....
FRONTIN
Des amans?...
LISETTE
Point.
FRONTIN, tirant vwement la lettre de sa pochel
J'en ai là un pour elle... Joli petit homme! Simple , naïf, l'innocence même ; elle en fera ce qu'elle voudra. ( // donne la lettre à Lisette, )
LISETTE
M. Ernest? qu'elle a vu hier a^ bal?
FRONTIN
Oui; notre élève, à mon maître et moi; nous l'abandonnons à ta maîtresse pour perfectionner $on éducation....
LISETTE
Donne vîte sa lettre... J'entends Madame,^ sauve-toi.... Il ne faut pas qu'elle soupçonne notre intelligence... Nous nous reverrons.,.. - i
FRONTIN
Un baiser? noCf
LISETTE/-'
Je le promets.
FRONTIN
La main ?
%o Le m a r I e t l' a m a n t,
LISETTE
Je la donne....
FRONTIN
Adieu , ma reine !
Adieu, mon cœur!
FRONTIN 5 à party en sortant.
C'est singulier ! je ne peux pas en manquer une !
LISETTE, ci part.
Qu'un fat est facile à tromper !