ACTE I, SCÈNE VIL i
LE PRINCE
Eh quoi ! mon cher Edgard , voudriez-vous rechercher la cause de bruits aussi ridicules ?
EDGARD, embarrassé.
Certainement , monsieur , comme vous je suis loin de
croire.... Cependant je ne serais pas fâché... Voyons , parlez , monsieur de Molen ?
On prétend que son altesse depuis hier s'est beaucoup occupée d'une jeune personne, qu'elle a prononcé plusieurs fois son nom , et avec un accent passionné. Un homme qui m'a toujours donné des renseignemens positifs , m'a assuré qu'hier, au cercle, le Prince n'avait pas daigné parler une seule fois à la comtesse Amélie.
LE PRINCE, lin peu surpris.
La comtesse Amélie !
MOLEN
Aussi la pauvre comtesse n'en n'a pas fermé l'œil de toute la nuit.
EDGARD
Ne dit-on plus rien , monsieur de Molen ?
MOLEN
On ajoute que son altesse s'est fait apporter une magnifique corbeille de fleurs ; on ne sait pas à qui elle est destinée. La comtesse Amélie se flatte encore que c'est pour elle. Si son espoir est trompé , elle est capable de mourir de chagrin .
LE PRINCE, vivement.
Et où avez- vous donc appris tout cela ?
EDGARD, avec intention.
Sous le vestibule du château.
LE PRINCE, avec humeur.
Ces pauvres princes , comme on s'occupe d'eux ! comme
on épie leurs actions ! avec quelle malignité on interprète une parole , un geste , la moindre démarche !
EDGARD
Monsieur de Molen, pourrez-vous me dire si le Prince....
LE PRINCE, piqué.
Allons, encore le Prince, et toujours le Prince. Monsieur Edgard , croyez-moi . laissons là son altesse , sa passion subite et la comtesse Amélie j nous nous sommes déjà trop occupés de ces misères-là. •
EDGARD, à part.
Quelle humeur!... aurait-on par hazard ?... Ces bruits d'amour.... cette jeune personne dont il a prononcé le nom... cet incognito.... Ah ! je tremble.