‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 288 sur 453 · ACTE II, SCENE MIL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE MIL

I/E PRINCE

Et voire mère ?

IRMA

Je l'ai perdue aussi.

LE PRINCE

Depuis lors , vous avez été élevée par la baronne , votre tante ?

Oui , monsieur.;.., mais pourquoi toutes ces questions?... On dirait que vous allez me juger.

LE PRINCE

Oui, je vais vous juger, Irma ; mais je ne suis pas un juge redoutable , et d'ailleurs votre inexpérience suffirait pour désarmer ma sé'vérité.

IRMA

Je ne vous comprends pas.

LE PRINCE

Irma , le sort de votre famille va bientôt changer , et vous en êtes la cause.

IRMA

Qui ! moi ?

LE PRINCE

Le Prince vous a envoyé une corbeille de fleurs.

IRMA

Le Prince est bien honnête , mais je ne vois pas quelle influence cela peut avoir sur le sort de ma famille.

LE PRINCE

C'est une marque de faveur.

IRMA

Fort légère.

LE PRINCE

Et si ce modeste cadeau devait servir de prélude aux plus riches présens.

IRMA

Quelle idée ! à quel titre son altesse me les ferait-elle?

LE PRINCE

Vous n'avez jamais vu le Prince -, mais s'il vous avait aperçue.

IRMA

Eh bien ! monsieur, s'il m'avait aperçue ?...

LE PRINCE

Si vous aviez fait sur son àme une impression profonde..-.

IRMA

Quelle supposition !

LE PRINCE

Si de l'obscurité où lauiçuissont vos charmes , il voulait vous introduire au cercle brillant de la cour , qui seul peut dignement faire ressortir leur éclat.

IRMA

Monsieur le philosophe , il me semble que je rêve.

LE PRINCE

.Teune fille , savez-vous ce que c'est que la ccmr ?

IRMA

Oui, sans doute -, mon cher Edgard m'en a parlé souvent. Écoutez bien, je vais vous apprendre ce que c'est que la cour. La cour est un lieu où Ton rencontre beaucoup d'hommes revêtus de beaux habits brodés sur toutes les coutures et couverts de cordons et de rubans ^ on y voit des femmes éblouissantes surchargées de pierreries. Ces femmes mettent du rouge et du blanc , comme ma tante la baronne : à la cour , on se promène de long en large ^ on y parle bas comme pour étouflér la vérité^ personne n'ose la dire et tout le monde craint de l'entendre. Enfin , que sais-je , moi , dans cette cour, quand on s'est bien regardé , contrôlé, envié, déchiré, chacun remonte dans sa voiture, se relire de mauvaise humeur dans sa maison et fait retomber sur sa famille et ses subalternes tout le poids de l'ennui et des dédains qu'il vient

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