ACTE II, SCÈNE VII f
IRMA
Eh bien! il ne dépendra plus d'une volonté étrangère et nous serons libres de nous marier.
LE PRINCE
Vous n'avez rien l'un et l'autre.
IRMA
Nous ne serons pauvres que lorsqu'on nous aura enlevé le premier des biens.
LE PRINCE
Quel bien ?
IRMA
L'amour que nous nous sommes jurés.
LE PRINCE
Si vous persistez dans votre dessein, vous détruisez à jamais les espérances de votre famille.
IRMA
Je ne sais pas ce que je détruis , mais je sais que je conserve le nom de Lowenthal pur et glorieux , tel que me l'a légué mon père.
LE PRINCE
Mais vous attirez peut-être sur elle toute sorte de persécutions et de malheurs.
Vous connaissez mal le Prince.
LE PRINCE
Son amour-propre offensé lui conseillera de se venger. '
IKMA.
La justice lui dira qu'il ne le doit pas.
LE PRINCE
Irma , vous en avez trop bonne opinion.
IRMA
Monsieur le philosophe j vous en faites trop facilement
un tyran. Il a donné des lois à ses étals et il a déclaré qu'elles étaient au-dessus de lui *. Eh bien ! je m'appuierai de ces mêmes lois 5 je lui ferai un procès moi... et nous verrons.
LE PRINCE, à part.
Que de pareils discours me font plaisir ! ils sont la douce récompense de mes travaux. (Haut.) Supposons un instant, Irma , que le Prince ne persécute pas votre famille ; pensezvous de bonne foi qu'il poussera la générosité jusqu'à ne pas se venger de l'amant qu'on lui préfère ? Non , ne l'espérez pas, Irma, il faudrait un efibrt plus qu'humain
( ^vec intention. ) Les souverains ont des forteresses.*.
IRMA
Grand Dieu ! que dites-vous ? Edgard , mon cher Edgard quoi ! je serais séparée de toi pour long-temps.
LE PRINCE
Peut-être pour toujours.
IRMA, vivement émue.
Et c'est moi qui serais la cause de son malheur... je ne puis supporter cette idée....
(Elle laisse tomber sa tête dans ses raains.) LE PRINCE.
Eh bien ! ma chère enfant , persistez-vous encore ?
IRMA, se relevant et avec feu.
Monsieur le philosophe, j'irai dans la prison d'Edgard , je l'aiderai à porter ses fers, et peut-être que le Prince sera touché de mon courage et de ma résignation.
LE PRINCE
Je n'y résiste plus -, ce n'est pas une femme , c'est un ange
I ■ ■ Il ■ .111 ■■^— — ^^i— ■■■ ■ ■ I — ^— ■ Il I ■!■ ■ m ^w— ^»i ■ ■ I I ■ ■ ■ ■! ■ ■
L'autre jour on a plaidé en son nom contre un pauvre laboureur; eh bien^ le Prince a perdu son procès , parce qu'il n'aidait pas le bon droit.
(Ce passage a été' supprimé PAR ordre après la première représentation. )