‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 312 sur 453 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

(Quelques personnes ont prétendu que j'avais attaqué un défaut beaucoup trop rare pour devenir le sujet d'une comédie. Peut-être qu'en y réfléchissant davantage , elles se seraient convaincues du contraire.

Dans Fenfance des sociétés , les agrémens physiques sont les seuls qui nous attirent vers l'autre sexe. Tout entier au travail, qui lui procure l'existence 5 rhomme n'a ni le temps de cultiver les talens de l'esprit , ni même l'idée des jouissances qu'ils peuvent donner. Mais lorsque la civilisation a fait des progrès , et que l'éducation s'est perfectionnée , la jeunesse et la beauté ne sont plus des titres exclusifs à nos hommages : les qualités morales sont plus appréciées, l'esprit plus goûté, et l'art de causer devient presque l'art de plaire.

C'est alors que les mères peuvent rivahser avec leurs filles; et comme la coquetterie est innée chez les femmes, du moment où elles en ont le pouvoir, elles doivent en avoir la prétention.

Le vers tant cité de la Métromanie :

«Les personnes d'esprit sont-elles jamais laides? «

devait être fait dans le dix-huitième siècle ; il est

Vllj AVAPTT- PROPOS.

encore plus vrai dans le nôtre. Chez les Turcs, il ne serait pas compris ; il ne l'eût pas été chez la plupart des peuples anciens.

Sous le règne de Louis XIV , les Mères rwales devaient être moins communes que de nos jours. Ce travers alors n'existait guère que chez les grands ; la bourgeoisie n'avait point de salons. Mais, à mesure que l'instruction et le luxe ont été plus répandus, et que, pour me servir de l'expression de l'un de nos plus spirituels critiques , la société est arrwée a un état de corruption élégante^ ce défaut a dû se multiplier.

Il est très-ordinaire à l'époque où nous vivons. Quoique jeune encore , j'en ai vu de nombreux exemples ; et depuis que cette comédie a été représentée , on m'a raconté une foule d'anecdotes dont j'aurais pu tirer parti , si je les eusse connues plus tôt. Plusieurs personnes ont pensé que j'avais dessiné d'après nature. On est venu me demander à moi-même, si je n'avais pas fait allusion à certaine grande dame, qu'on ne m'a pas nommée , et qui , comme M^^ Dorval , est mauvaise mère et dame de charité. Je saisis cette occasion , pour déclarer que je n'ai jamais eu personne en vue, et que le portrait que j'ai tracé est sans aucime application.

Je ne finirai point cet avant-propos sans payer ma dette aux acteurs qui ont joué dans ma pièce. Bien qu'aucune des personnes que V on est con^^enu

AVANT-PROPOS. ix

d'appeler exclusivement les grands talens , n'ait eu de rôle dans cet ouvrage, il a été représenté avec un ensemble extrêmement remarquable ; et la Mère rwale a révélé toutes les ressources que la Comédie -Française renferme dans son sein. Mes paroles n'ont pas assez de poids, pour que je puisse distribuer à chacun des comédiens les élo^^es qu'il mérite. Le public, leur juge et le mien , a pris soin de marquer leurs places. Quant à moi, je reconnais que c'est à eux que je dois, en très-grande partie, le succès que j'ai obtenu; et j'éprouve un plaisir véritable à leur en témoigner ma gratitude.

COMÉDIE

Personnages. Acteurs.

Le chevalier BELCOUR , ami de

la comtesse et de GERMON. MM. Michelot. GERMON , amant de SOPHIE. Menjaud.

COMTOIS , valet de la comtesse

DORVAL. Cartigny.

La comtesse DORYAL. M^es Volnais.

SOPHIE, fille de la comtesse

DORVAL

M^e GERTRUDE, gouvernante

de SOPHIE. -^ ç

Une jeune Go vitesse.

Une Marquise.

LISETTE, femme de chambre / de M^^ DORVAL. Demerson.

Valette.

Desmousseau^.

Verneuil. X Hervé Y.

La scène est à Paris , chez madame Dorval.

JSota. On a observé dans l'impression l'ordre des places des personnages , en commençant par la droite de l'acteur.

Page 1