ACTE II, SCÈNE V. *4i
Chacune isolément ne me séduirait pas ;
Mais ensemble elles ont le secret de me plaire ;
Je regarde la fille, et j'écoute la mère.
GERMON
Ainsi te voilà donc converti, mon enfant!
Ah! combien j'en rirais dans tout autre moment !
BELCOUR
Moi converti ! non pas ; un instant , je m'explique. De tout temps tu connus mon esprit ironique ; Pour plaisanter les gens tout me semble permis ; Je raille tout le monde, et surtout mes amis. Cette façon d'aimer est fort originale : Pour eux , en mots piquans , ma tendi^sse s'exhale. Je suis ainsi près d'elle , et je peins mWi ardeur , L'épigramme à la bouche, et l'amour dans le cœur. Entre elle et moi, Germon, ce ton de badinage Remplace les douceurs et le fade langage. Nous nous raillons sans cesse; et je vois chaque jour. Avec nos traits malins , s'accroître notre amour. Si nous nous querellons encore six mois, je ^SL^e Que nous allons , mon cher , nous aimer à la rage.
GERMON
De ce que tu m'apprends tu me vois enchanté. Tu peux donc me servir , Belcour ?
BELCOUR
Sans vanité.
GERMON
Mais madame Dorval cependant, voudra-t-elle.*^... Es-tu sûr. î^...
BELCOUR
Eh ! bon dieu ! c'est une bagatelle ; Crois qu'elle en passera par tout ce que je veux.
GERMON
Songe qu'elle est jalouse à l'excès.
Eh! tant mieux.
GERMON
Gomment tant mieux! mais c'est, à parler sans figure. Ce qui m'effraie.
BELCOUR
Et moi c'est ce qui me rassure.
Ses défauts , àaÊk mon plan , sont presque des vertus ; Et sans eux, mon ami, je n'espérerais plus. C'est par les passions qu'on mène notre espèce. Nous avons tous. Germon , un vice, une faiblesse. Avec lesquels de nous on peut tout obtenir; Il ne faut pour cela que sa^voir s'en servir.
GERMON
Mais explique-moi donc tes projets. Il me semble...
BELCOUR
Il serait dangereux que l'on nous vît ensemble; Ainsi, laisse-moi.
GERMON
Mais....
BELCOUR
Pour Dieu, retire-toi.
GERMON
Dois-je au moins espérer ?
ACTîriï, SCÈNE V. 43
Tu peux Compter sur moi.
Tu verras avant peu mes promesses remplies. J'ai tout prévu, j'ai mis en jeu mes batteries; Je touche au dénoûment. Laisse-moi seul, Germon, Car je suis dans le feu de l'inspiration.
( Germon sort)>