‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 339 sur 453 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

M^E DORVAL, seule.

Ah ! je meurs à la fois et de honte et de rage.... Ai -je assez éprouvé d'humiliation !

J'ai fait tout jusqu'ici , tout pour l'opinion. Que va dire un public qui toujours est extrême? Hélas! que pensera le chevalier lui-même?... Mille gens empressés , jaloux , de toute part Vont accueillir ces bruits , les répandre avec art. Par la malignité je me vois poursuivie; Je vois fondre sur moi tous les traits de l'envie. Dans peu mes ennemis contre moi vont s'unir ; Un seul moyen me reste; il faut les prévenir: Il faut, en dépit d'eux , les réd\iire au silence, Et par un coup d'éclat les confondre d'avance. Que , pour les démentir^ ma fille désormais Dans le monde , chez moi, ne me quitte jamais ; ' Qu'elle soit de mes pas la compagne fidèle, Et toujours et partout montrons-no«s avec elle....

(prenant un air réfléchi. ) '^ Le rôle qu'à l'instant je viens de me choisir Sans doute est peu brillant ; mais il faut le remplir. De toute ambition songeons à me défendre. A fixer les regards je ne dois plus prétendre!

Partout où nous irons ensemble , je le voi , Les yeux se tourneront sur une autre que moi. Les hommes, occupés d'une beauté nouvelle, Ne me parleront pas.... ou me parleront d'elle; Et de mon embarras jouissant dans leur cœur, Les femmes désormais ^ avec un ris moqueur , Vanteront les attraits dont sa personne brille, Pour m'abaisser , et non pour élever ma fille.... Que faire cependant? à quoi me décider? Je n'ose 1 éloigner, et ne puis la garder!... Ah î je dois m'immoler ; c'est moi qui suis coupable. J'ai causé le malheur d'une enfant trop aimable. Je sens mes torts , il faut les lui faire oublier. S'il ne m'est plus jpermis de me concilier Un monde qui peut-être à bon droit me déteste , Soyons mère du lUQins , peu m'impçrte Iç reste.

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