‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 6 sur 453 · ACTE ï, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCÈNE IL

<JHARL£S.

Pourquoi donc avec vous prendre un ton de mépris ?

EDMOND

C'est l'effet d'un orgueil. . . que tu n'as pas, mon fils.

CHARLES

Que je n'aurai jamais.

E DMON D.

J'en accepte l'augure.

Chez tes nobles parents c'est un mal de nature. Prends-y garde. Bientôt tu vas être un seigneur, Et des droits de mon sang devenir possesseur.

Que dites-vous? Le sort dans une illustre race, Je le sais, de mon père avait marqué la place; Mais je sais bien aussi qu'un hymen inégal Le priva de son rang et lui devint fatal ; Qu'il fut pour cet hymen banni de sa patrie; Et que dans la misère il ei\t fini sa vie , S'il n'eût par son courage et d'honnêtes travaux Reconquis sa fortune.

EDMOND

Oui; mais pour mon repos, Et pour te préserver de l'orgueilleux délire , Cause de mon malheur, je n'ai pas dû te dire Qu'étant déshérité , mes biens, mon rang, perdus, A l'aîné de mes fils devaient être rendus. Que mon père, excité par le major mon frère, Qui voulait de mes biens devenir légataire. Me força pour jamais de vivre en d'autres lieux , Avec le digne objet d'un amour malheureux.

Cependant son courroux , peut-être légitime, Ne vit pas tout-à-fait ma faute comme un crime : Il te légua mes biens , et, je t'en fais l'aveii , Les honneurs d'un grand nom, auquel je tiens fort peu ; lËjtj pour mieux assurer sa volonté dernière, Le prince consentit d'être dépositaire Ainsi qu'exécuteur de l'acte respecté , «Qui te rend tous mes droits à ta majorité.

CHARLES, ai^ec Joie, Quoi , je suis possesseur ? . . .

EDMOND

Oui, d'une seigneurie Et du titre de comte.

O bonheur de ma vie t

EDMOND

Tes transports , mon cher fils. . . .

CHARLES

Sont, je le sais, très-fous; Mais je suis si content.

EDMOND

Tu me mets en courroux !

CHARLES

Je vais être un seigneur !

EDMOND

Mais veux-tu bien te taire.

Vous êtes orgueilleux, monsieur le secrétaire,

CHARLES

Je puis me rendre alors . . .

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