‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 82 sur 453 · ACTE V, SCÈNE II. m · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. m

11 faut qu'on me conduise en ce lointain asyle Que la pitié promet à la pauvre pupille.

CHARLES

Oui , vous avez raison ; cet oncle infortuné , Et de tous ses parents toujours abandonné , Retrouvant dans Emma l'honneur de sa famille , Va la voir et soudain l'adopter pour sa fille; Mais , que dis-je ? son fils établi près de vous , Déjà votre cousin , est bientôt votre époux.

EMMA

Jamais.

CHARLES

Quoi ! votre cœur à ses désirs contraire Rejetterait le "fils en adoptant le père ?

£ M M A ^ amèrement.

Oui, votre protégé, ce bienheureux cousin Ne recevra d'Emma ni le cœur , ni la main.

CHARLES

Il est digne de vous.

EMMA

De lui je suis indigne.

CHARLES

11 succède à son père ; et cet honneur insigne Lui rend en un instant, et même à cette cour, Le haut rang dont votre oncle a dû jouir un jour.

EMMA

Je fais très-peu de cas , monsieur, de sa noblesse.

CHARLES

Quand au titre de comte il unit la richesse !

Quand parmi nos seigneurs il est un des premiers î

EMMA, piquée. Que voulez-vous , monsieur, j'ai les goûts roturiers : Et ses titres pour moi deviendraient un obstacle Qu'on ne détruirait pas sans un très-grand miracle. Oui , par tous mes chagrins , mes parents m'ont appris Qu'à nos yeux un seul bien doit avoir quelque prix. C'est ce bonheur qui suit la paix et l'innocence. D'un autre, ce matin , j'avais quelque espérance, Je me livrais sans crainte à son charme trompeur ; ^ L'abyme s'est ouvert, j'ai vu le déshonneur. Ah ! depuis cet instant une terreur secrète Offre mille dangers à mon ame inquiète : Dès aujourd'hui je vois que mon sort est affreux, Que je ne connais point cet oncle généreux, Devenu mon appui; que je suis sans fortune. Qu'aux autres comme à moi ma noblesse importune Est un chagrin de plus qui viendra m'accabler : Ce cruel avenir , Charles , me fait trembler î

^ d'une voix timide , et les yeux baissés )

Je croirais tout devoir à là faveur céleste ,

Si quelque homme de bien , né dans un rang modeste,

Daignait à mes vertus confier son bonheur,

Et m'offrir un époux dans un libérateur.

CHARLES

Chère Emma ! ce désir d'une ame vertueuse , Le ciel va l'exaucer , et tu vas être heureuse ! ïl t'a donné mon cœur, et déjà ton époux Au comble de l'ivresse embrasse tes genoux.

EMMA

Ah ! Charles! mon ami, vous me donnez un père.

Page 1