SCENE XIV
LUSTUCRU, puis CLOTILDE.
lustucru, seul.
Me voilà dans une position trrs-gentille! tiretoi de là, mon cher ami ! Comment ; mais ça n'a pas de nom! Débaucher Mlle de Turenne! Si elle allait se plaindre au grand homme, le grand homme me ferait fustiger! D'un autre Côté, le damné Chantilly s'en ira chez ma tante Bacbelu 1 ainsi je ne peux pas l'échapper 1 Si je parle à Mllc de Turcnne , je; sauve ma femme ; et si je sauve ma femme, j'ai une volée affreuse suspendue au-dessus des reinsl A!i! justement, voici mademoiselle ma cousine.
clotilde, entrant du fond, à part avec joie.
Ah! oui, c'est lui, je l'ai bien reconnu! je ne peux pas m'y tromper. Haut a Lustueru.) Ditesmoi s'il vous plait, monsieur, quels sont ces deux gentilshommes qui viennent de sortir?
ldstccro, à part.
Tiens, comme ça se trouve ! c'est elle qui m'en
parle. (Haut.) Ces deux aimables gentilshommes
sont : primo, M le comte Phœbus de Chantilly;
deuxièmement, M . le chevalier Albert de Saint-Yon.
clotilde, à part.
J'en étais sûre! Mais que peut faire Albert dans cette maison, et avec M. de Chamilly ?
LUSTUCRU
Mademoiselle aurait donc remarqué ces deux délicieux gentilshommes? Ce sont, par mon ame, des cavaliers charmans. (A part.) 11 faut tourner adroitement autour delà chose.
clotilde, à part.
Ah! M. de Saint-Yon!
LUSTUCRU
Et gais! Ah! sont-ils gais! ils sont d'une gaité ! Eh! eh! eh! figurez-vous que tout-à-1'heure!
Quoi donc?
LUSTL'CIVU.
Non, rien; vous ne pourrez jamais croire: vous me prendrez pour un imposteur; j'aime mieux aller me coucher.
CLOTILDE
Mais pas du tout, parle/!
LUSTUCRU
Figurez-vous que ces délirans cavaliers s'imaginent que vous êtes ma cousine pour de bon.
CLOTILDE
Vrai? Tant mieux! après!
LUSTUCRU
Us ont eu le front de nie proposer à moi, parlant à ma personne... (Jtiaflf.) Drolichons de gauss»eurs !
clotilde, impatientée .
Mais quoi doue enfin?
LUSTUCRU
De vous engager, vous, ma cousine, à soupcT avec eux! [A part. Y'Ian! ça y est !
CLOTILDE
El M. de Saint-Yon a consenti, a pu accepter?
LUSTUCRU
Dans la perfection!
C'est affreux!
LUSTUCRU
Et de confiance ; car il n'a pas vu mademoiselle; il a fait d'abord la petite bouche. Dans ce qu'il disait, ce jeune homme, on voyait qu'il avait un amour dans le cœur et qu'il voulait être sage.
CLOTILDE
Ah ! vous croyez?
LUSTUCRU
Pour sur; mais je ne sais pas ce que l'autre lui a insinué dans l'oreille gauche ; ça l'a retourné dans l'autre sens , et il a accepté par acclamation.
clotilde, a part.
C'est une indignité! peu m'importe la conduite de M. de Chamilly; mais lui, Albert!...
LUSTUCRU
Ainsi, je vais leur dire que mademoiselle trouve
la proposition grotesque, fabuleuse, et que...
CLOTILDE
Que j'accepte.
LUSTUCRU
Hein ! plait-il?
CLOTILDE
J'accepte.
Elle remonte la scène.
LUSTUCRU, à part, en passant à droite.
Eh bien! en voila une cruelle! une demoiselle de ce rang-là ! Ah ça ! mais qu'est-ce qu'ils ont donc, ces étres-là. pour abimer la raison des femmes? qu'est-ce qu'ils ont donc?
clotilde, àpart, en descendant à gauche. Oui, certainement , j'accepte. Albert, une conduite pareille...
LUSTUCRU
Et monsieur le maréchal, votre oncle, vous ne le craignez pas?
clotilde.
Non !
LUSTUCRU
Alors, ni moi non plus. A part.) Dès qu'il n'y a pas de danger et que ça lui convient, ça me va! Tant pire donc, tiens! En fait de vertu, il n'y en a qu'une qui me regarde, que je conserve comme le bleu de mes yeux que je défendrais... c'est la vertu de Paque.. .
On voil Pâquerette regarder à travers la fenêtre du cabinet; elle aperçoit Clotilde el Ltutucrn, elle ouvre vivement la croisée qui fail face an public.
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