SCENE II
L'ESCLAVE, CHEREA, MESSALINE.
I esclave, qui a suivi des yeux les gardes, revenant
à la porte de Mess aline.
Us sont partis, la rue est solitaire, Seigneur, tu peux sortir.
i ni-HEA, descendant le premier et s' arrêtant au bas du seuil de la porte.
Ah! quand donc, sans mystère, Quand donc, ô ma beauté, pourrai-je jusqu'au jour Entre tes bras chéris endormir mon amour, Sans craindre que l'esclave, assise à notre porte Pour compter les momens que le plaisir emporte, Ne vienne tout-à-coup dire, quand je me croi Depuis une heure à peine au ciel ou près de toi : Allons, jeune homme, allons, debout, le temps te
II faut te séparer de ta belle maîtresse, [presse Car voici que déjà vers l'orient lointain Scintille Lucifer, l'étoile du matin.
Oli ! quand scrai-jc donc en mon amour tranquille, Pareil au laboureur qui sous sa faux agile Voit tomber les épis l'un sur l'autre couchés, Et ne quitte ses champs qu'entièrement fauchés? Le ciel me fera-t-il ce bonheur sans mélange Qu'il donne au vigneron ardent à sa vendange, Qui, du teatin au soir dons sa treille perdu, Cueille le raisin mûr sur son front suspendu. Et n'aurai-jc jamais cette joie où j'aspire Du pécheur qui reçut sa barque pour empire, Mais qui , tant qu'il lui plaît, fouille le flot amer Et rejette vingt fois ses filets à la mer. Oh! ce loisir si doux que l'homme aux Dieux envie Et que j'achèterais de dix ans de ma vie ,
se de mon cœur, oh! dis-moi, quand le sort Me l'accordcra-t-il?
MESSALINE
Quand César sera mort.
CUEKLA.
Il) quoi! toujours mêler des paroles sanglantes Aux baisers suspendus a nos lèvres lu niantes, Et faire à chaque instant briller a mon reyard I u tOfl mil la vengeance, en ma main le poignard? OhJ que tu devrais mieux, délices de mou ame, Tout entière à l'amour par qui i è me la femme, l>e même qu'A l'instant je le ferais pour toi,
CALIG1 LA.
Oh! que tu devrais mieux oublier tout pour moi, Pour moi qui, sur un mot de ta bouche chéi i< , Quitterais aussitôt amis, parens, patrie, Mon aigle consulaire et mes vieux vétérans, Frères qu i m'ont vu nai ire et grandir dans leurs rangs! Veux-tu changer, fuyant celte Rome funeste, En un trésor d'amour l'avenir qui nous reste? Quitte ton vieil époux et ton royal amant. Pour noussouslraireàtous nous pourrons aisément Trouver quelque retraite éloignée et profonde.
MESSALlNn .
César étend son bras et touche au bout du monde
COEREA.
César, toujours César! il revient aujourd'hui, Et je m'en vais afin que tu sois mieux à lui, Voilà de ces pensers qui brisent, qui torturent , Et rendent insensés ccux-lâ qui Les endurent. Oh! lu ne m'aimes pas, cruelle, toi qui peux Partager sans mourir un seul cœur entre deux.
MESSAL1NE.
Crois-moi, César n'a point consulté mou envie,
ir m'a demandé mon amour ou ma vie.
Il n'obtint l'un ni l'autre en son désir brutal, Mais en place il reçut un présent plus fatal ; Et depuis ce moment, sa luxure abusée A caressé ma haine en plaisir déguisée. Tu te plains quand tu peux te venger. . . insensé ! Oh! que si seulement mon bras mieux exercé, Tribun, savait par où la pointe d'une lame Peut ouvrir dans le corps un passage pour l'ame , Que, seule accomplissant mes projets résolut , L'Olympe comptei ait bientôt un Dieu de plu- : Alors, plus de terreurs, alors plus de mystère, i ciel, plus rieni craindre sur la terre, Plus rien entre nous deux pour troubler nosplaisii
Qu'un fantôme d'époux sans droits et sans désil S Qui, pourvu qu'on le laisse en une basse orgie
S'endormir chaque soir sur la table rougic,
■ ngera jamais, ivre jusqu'au malin, A chercher d'autre lit que celui du festin. Alors, mon Chcrea, plus d'esclave importune Qui trouble ces bas tan s donnés par la FortUB El qui prenne, avant l'heure effrayantnotre amour, La lu oebé poui le du jour.
Alors au moissi oneur la moisson sans pareille, Alors au rignei on les i ■ -.;1 treill
Aloi - m beau pécheui qui »ei s moi voguera I D o mour...
KEA.
mourra, rouf.
On vieil! .je ,
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