‹ Pièces de théâtreChapitre 333 sur 1241 · BONNIVET ET SAUVIGNY · texte numérisé non relu

BONNIVET ET SAUVIGNY

Quelle terreur soudaine, etc.

SAUVIGNY, dpart.QmA bonheur qu'If ortense n'ait pas été là !

CLOTILDE, encore troublée. C'est bien vous... vous qui existez encore?

SAUVIGNY, d'un air honteux cl balbutiant. Je... je vomirais en vain le nier.

BONNIVET. 11 est même Ires-bien portant.

CLOTILDE, d'un ton île reproche. Kl comment, monsieur, n'êtes-vous pas mort?..

SAUVIGNY. .le vous eu demande bien pardon... Ce n'est pas ma faute.

bonnivet. Oui, tu Battras t<»ut... nous te le conterons en détail, ça t'amusera... car, moi, ce matin, ea m'a fait bien rire.

SAUVIGNY, (Cun air suppliant. Monsieur!

BONNIVET . Vivement, Vous avez raison... Ce n'est pas là ce qui nous amène... Il s'agit en ce moment de lui sauver la \ie.

CLOTILDE, étonnée. Encore!..

BONNIVET, virement II y a ici quelqu'un qu'il aime et qu'il va épouser.

CLOTILDE, indignée. Lui! grand Dieu!

SAUVIGNY, baissant tes yeux. Hélas 'ï oui.

BONNIVET. Ta bonne amie Hortense, madame de Varennes.

CLOTILDE, stupéfaite. O ciel!., ce prétendu, ce jeune homme du Havre dont elle me parlait ce matin ?

bonnivet. C'est lui.

CLOTILDE. Cet amant à qui elle ne reprochait qu'un excès de passion?

BONNIVET. C'est lui.

CLOTILDE. Ce cœur qui n'avait jamais aimé qu'elle, et qui devait l'aimer toujours?

BONNIVET. C'est lui.

CLOTILDE. Quelle horreur!., elle saura tout... elle connaîtra la vérité !

BONNIVET. Voilà justement ce qu'il ne faut pas faire.

sauvigny. Oui, madame, je vous en conjure...

BONNIVET. Nous te prions en grâce de garder le silence.

CLOTILDE. Je laisserais tromper ma meilleure amie!

bonnivet. Mais il ne la trompe pas...

il l'aime réellement, il en perd la raison.

CLOTILDE, en hésitant. Et l'autre?., et la personne de Bagnéres?..

BONNIVET. Il ne l'arme plus... il ne 1 a jamais aimée... il me l'a dit.

SAUVIGNY , vivement. Je n'ai pas dit cela !

BONNIVET. A peu près.

SAUVIGNY. Je vous ai avoué qu'elle méritait toute ma tendresse et que je l'avais réellement adorée...

BONNIVET. Oui, un jour... une matinée... Il se fait là plus coupable qu'il n'était... Une passion de jeune homme, un Caprice, une plaisanterie...

CLOTILDE. Une plaisanterie !.. quand il voulait se tuer!..

SAUVIGNY , vJMMMf « Oui, madame, j'y étais bien décidé, je vous le jure, et la seule considération qui m'en ait empêché...

BONNIVET. C'est un déjeuner qu'on lui a offert... des amis et du vin de Champagne qu'il a rencontrés... et une demi-lu lire après, il n'y pensait plus... il m'a tout raconté.

SAUVIGNY. Monsieur!..

bowiylt. Et vous avez bien fait, et je vous approuve.

CLOTILDE. C'est une indignité!..

BONNIVET. Du tout... et tu aurais tort de lui en vouloir... C'est tout simple, tout naturel... celui qui jure d'être toujours amoureux est un fou. un insensé, qui s'abuse lui-même... Est-ce que ça dépend de lui? est-ce qu'il en est le maître ?.. Au-

ÊTRli AIMÉ OU MOURIR!

tant vaudrait jurer de toujours se bien porter.

CLOTILDE. A la bonne beure... mais menacer de se donner la mort?

BOXXIVET. Laisse-moi donc tranquille...

est-ce que tu crois à ça ?

CLOTILDE, r< gardant Sauvigny. Mais...

jusqu'à présent, j'y croyais.

BOXXIVET, riant. Ma pauvre femme!

CLOTILDE. Vous riez de moi? .

BOXXIVET. Sans doute... tout le monde le dit et personne ne le l'ail... témoin Monsieur, qui était de bonne foi . i plus forte raison, quand ils ne le sont pas, quand il jouent la comédie.

CLOTILDE, poussant un cri a" indignation. Ah!..

BOXXIVET. Qu'as-tu donc ?. .

CLOTILDE, passant d gauche. Rien

[A part.) Et moi qui tout à l'heure, ici même !.. {Regardant la porte de la chambre où Fernand s'est enferme , haut.) La présence de Monsieur me rend un grand service, et je le reconnaîtrai, en gardant le «ik-nce qu'il me demande.

saivk.w. Est-il possible!..

BOXXIVET. Quand je vous disais que c'était la bonté mêmr...

CLOTILDE) regardant la porte à gauche.

Oui... une bonté... (A part , avec dépit.) dont on ne Mfa pa* juin'' impunément. .. (Haut.) Mais Hortensc , où donc est-elle ?

BOXXIVET. Nous l'avons laissée faisant des emplettes.

CLOTILDE, qui s'est mise d la table et qui écrit. Eli bien ! mon ami, il faut tâcher de la rejoindre, et de lui donner ou de lui faire parvenir ee petit mol... (A Sauvigny.) Ne crai^uez rien... je m- veux pas vous trahir... au contraire. [A Donnivet.) Mais il est nécessaire que ce billet lui -,,jt remis sur-le-champ... ou du moins avant dîner.

BOXXIVET. Soifl tranquille... 11 y a un magasin «le nouveautés par lequel «'lie devint finie ses <ours<s... ,|(. \;ij, u envoyer un uVs , oiiunissiumiaires de L'hôtel.

( LOTILDE, lui remettant ta lettre quitte rient de cadiittr. A la bonne heure.

BOIU1 ii • •' . ru .•.tiend.nit mb retour, reux-tu que nom fassions une promenade sur les quais ;j..

CLOTILDE. .!»• préfère resù i

BOmvBT. Comme tu voudras... Je

;uissj.

( i.o i m. DE. Non , il vaudrai! mieux tir quelques instans. nous promener on

peu.

boxxjvet. C'est juste, avec ma iill<

Il fait un soleil superbe... et cette pauvre petite Ninie qui n'a pas pris l'air d'aujourd'hui...

saivigxy, d part. Ah! mon Dieu! elle veut l'éloigner... Serait-ccpour Fernand?..

BOXXIVET. Venez-nous, mon jeune ami ?..

S.uvir.XY, à part. Ah! l'honnête homme!.. Et comment le prévenir?.. (Haut.) Non, non; j'ai des lettres à écrire, et je reste, . (A part.) pour veiller sur lui.

11 entre bans èlrt vu , dans le cabinet à droite.

BOXXIVET. Adieu, femme.

CLOTILDE, l'embrassant. Adieu, mon ami.

BOXXIVET. C'est gentil... II y a longtemps que tu ne m'as embrassé ainsi.

Il sort par le fond.

CLOTILDE, aptes avoir ferme la porte du fond, allant à la porte d gauche. Vous pouvez sortir... tout le monde est parti.

Elle prend une chaise et son ouvrage, et s'assied au milieu du théâtre.

FEhXAXD. Ah! .Madame, qu'elles m'ont paru Longues, ce* minutes d'attente !..

Mon cœur battait avec tant de \iolence, que je sentais s'épuiser en moi les sources de la \ie... et dans ce moment encore, je me soutiens à peine.

CLOTILDE. froidement. Eh bien.. . il faut vous asseoir.

FERXAXD, avec chaleur. li'aSSeoil !..

quand je suis pies de vous!., quand je vous contemple avec ivresse!..

CLOTILDE. 9*OCCUpami de son ouvrage. Je vois que les forcis youS reviennent.

FEHXAXD. File BK reviennent pour>ouffrir... pour soulliir plus que jam.t

CLOTILDE, faisant de ta tapissetnr. Cèfc Bçrai! f.oheux... eu- enfin, après root ce

que nous avons fait, VOUS et moi... s'il n'y avait pas de mieux, il faudrait y renoncer.

FEREAMD, étonné. Que votrieï-toue

dire?..

CLOTILDE. Que par intérêt pour \ohv

sœur, qui est ma meilleure amie... j'ai voulu sauver son ffa

ir.r.xwD Qu >i ! ce n'était pas pour moi?

ci.o » |l i»i i une façon... Je ne

n mus connaissais pas. . . Mais dès qu'il s'agit de la \ ie de quelqu'un. .. \ ou*, ou un autre .. qu'impôt te la personne •).. C une question d'humanité.

ii.r.wM). Quoi ! nulle affection, nulle

i. ml . \ ii ' 1 1 o « -t pas possible...

I 1 1 i tte m anquillité . i e sang >fi oid... quand HOUS voycx auprès de voii9 le plus malheu-

îG

LE MAGASIN THEATRAL

reux des hommes!.. (Apart.) Allons, c'est une scène à recommencer... Ce que c'est aussi que d'être interrompu au meilleur moment. [Haut) Oui, Madame, vous daignerez m écouter. .. Vos yeux ne resteront pas éternellement attachés sur votre ouvrage, sur cette tapisserie qui me désespère; vous jetterez sur moi un regard de pitié... ou ces paroles que vous entendez seront les dernières de moi qui frapperont vos oreilles... et cette croisée, qui donne sur le fleuve... cette croisée élevée!.. (// fait quelques pus vert le balcon , Clotilde reste assise et .sans remuer.* A pa^t.) YA\ bien! elle reste tranquille?.. (Haut.) Cette croisée, d'où e vais me précipiter!.. (A part.) Klle ne me retient pas?.. [Haut et revenant vivement.) Non, ce n'est pas loin de vous... c'est sous vos yeux, c'est à vos pieds que je veux jeter une existence que vous dédaignez.

CLOT1LDE, froidement. .l'en serais désolée; mais je ne peux pas tous en empêcher.

FERNAND. Ah! vous parlez ainsi , cruelle, parce que vous savez bien que mon bras est désarmé, et que je n'ai d'autre aide que mon désespoir... Mais si je pouvais trouver une arme !..

clotilde. N'eSt-ce que ce la, Monsieur?

[Détachant froidement la clef qui est d sa ceinture.) Tenez...

FERNAND. Qu'est-ce que c'est?

CLOTILDE, se levant. Ouvrez ce secrétaire... (Voyant qu'il hésite.) Ouvrez...

vous trouverez là une boîte.

FERNAND, à part. Ah! mon Dieu!

(Haut.) Où donc?

CLOTILDE Sous votre main.

FERNAND, prenant la boite. Ah!., ces pistolets.. .

CLOTILDE Ils sont à vous.

I i.r.WM), stupéfait. O ciel !.. (Haut.) ouvrant la boite, prenant un pistolet et jouant le désespoir.) Vous le voulez donc !.. Vous le voulez...

CLOTILDE, froidement. Puisqu'il n'y a pas d'autre moyen de vous guérir... C'est pour vous... cela vous regarde.

FERNAND. Dites plutôt que c'est pour vous-même , qui êtes trop heureuse de vous délivrer ainsi d'un amour qui vous est odieux, qui vous importune, qui vous gêne peut-être... Car j'ai un rival... j'en ai un, j'en suis Sûr.

CLOTILDE. Raison déplus pour...

FERNAND. Ah ! c'est trop fort!.. (Eclatant.) Eh bien! non, madame, je ne me tuerai pas!.. Je vous rendrais trop conten-

■ Fernaud, Clotildc.

te, trop joyeuse... Vous oscznrcencore !.. dans un pareil instant !..

CLOTILDE, riant. Oui, vraiment... Allez donc, Monsieur, allez donc... je n'attendais que ce moment-là pour vous adorer.

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