‹ Pièces de théâtreChapitre 348 sur 1241 · LA COMTESSE , LADISLAS · texte numérisé non relu

LA COMTESSE , LADISLAS

LA COMTESSE entre par la droite , en rêvant; puis elle lève les y eut et aperçoit Im • dislas. Vous ici, monsieur!., vous osez encore ! . .

ladislas. Pardon!., je ne dois plus vous parler en public... je le sais, vous nie l'avez défendu... mais, dans ce moment , il n'y a personne, nous sommes seuls, et je viens vous remercier.

LA COMTESSE. Et de quoi, s'il vous plaît?..

LADISLAS. Des ordres que vous avez bien voulu me prescrire , et que j'exécuterai au prix de mon sanjj... vous m'avez recommandé le silence et la discrétion , et j'y serais resté fidèle... je n'aurais cherché ni à vous voir, ni à vous parler, si dans ce moment la délicatesse me permettait de me taire ; mais vous sentez bien vous même que cela ne se peut pas.

LA COMTESSE. Qu'est-ce que tout cela lignifie?

lxdislas. Vous essaieriez en vain de nier, ou le me donner le (liante... car avec la lettre que vous m'aviez adressée à mon hôtel, sont arrivés deu\ chevaux superbes, un équipement magnifique.

LA COMTESSE. Est-il possible?..

LADISLAS. Oh ! vous n'en conviendrez pas ! et vous aurez raison... vous êtes riche, je le sais... vous êtes une grande dame, et moi je ne suis rien qu'un malheureux <|ui vous aime!:, mais ce que j'aime en vous, croyez-vous que ce soient vos titres , richesses, votre rang?., non! c'est vous! c'est vous seule...

Ain : Au teins heureux tir la chevalerie.

Peiues-votucionc, et mon corar i*en étonne ( Qu'au pris «!<■ Pot m pave un tel amom ?

II ne t<-i . il •<• donne..

Il est ;i vnni jus |u .1 mon Hei niei jour ! Il est S foa»et .)<• voue Pabandonn , Comme mon sang, qui vmisot >l«-«iinr!

M.ih iiidii honneur n appartient .'• pcrftOnnet Pm m» h. « <|ui j .h tout dosai !

LA comtesse , apec impatience. M.iis, mousieuj . .. daignes m'écouter...

i.\Disi.\s Pardon, li je vous offense... il suffinait, pour me rendre heureux, de

mois trâCéfl par vous, cl que \\w » >u vt ils de nus haiseï "S !.. iV'i.iit l.i n ton vi n

or j et si vous nie l'aviez Laissé. . . si fOUI ne vous étiez pas empressée de me le ravir...

LA COMTESSE. l'A pourquoi donc?.. OÙ eSt-il?. ee billet.*, je veux le voir...

LADISLAS. Vous savez bien que je ne l'ai plus... vous me recommandiez de le brûler à I insiaut même... et quoi qu'il m'en eoùiàt, j'ai obéi, comme j'obéirai toujours

LA COMTESSE. Et que disait— 1?

ladislas. L'avez-vous déjà Oublié?..

LA COMTESSE. N'importe... je veux savoir.. .

lvdislas. Si je l'ai retenu par cœur... oui , madame , il est là... et la mort seule pourra l'effacer... le voici : « Votre im- » prudence a failli me compromettre!., il » a bien fallu alors vous bannir... ne cher- » chez point à me voir ni à me parler en » public; attendez mes ordres... silence et » discrétion. Brûlez sur-le-champ ce bil- >» let... »

LA COMTESSE , aoec émotion. C'est une indignité!., monsieur, il y a ici une trahison dont tous deux nous sommes les jouets... car je vous atteste que ni ces présens ni ce billet ne Tiennent de moi !

LADISLAS. Que dites-vous?

la comtesse. La vérité!

ladislxs. Ali! vous repentez-vous déjà de mon bonheur? ou vous défiez-vous de ma discrétion.'., qui donc, si ce n'est vous, pouvait m'écrire ainsi?., en est-il une autre à qui j'aie adressé des vœux ; en esl-il une autre que j'aime?..

i. \ comtesse, aoec émotion. Monsieur..

je voudrais... je désirerais bien ne pas vous affliger... mais je m puis cependant vous laisser une pareille erreur!

i,\i.isL\s. lue erreur!., ce n'est pis

ible... vous ne parlez pas sérieusement... c'est une nouvelle épreuve... vous voulez vous jouer de moi...

LA comtesse. Ah!., ce serait indigne...

et s'il faut vous jurer ici...

L\niSL\S, sr soulrmint à peine.. Non...

n'achevez pis... si cela est, madame, il

vaut mieux nie tuer tout de Suite... car je

u'\ survivrai pas... si vous saviez ce que i que de passer ainsi d'un extrême

bonheur à un extieinc dé>espo,r. . . de lever votre amour... et de s éveiller avei votre haine...

LA CO« rtssr.. Ma haine , u quoi

donc.', je ne puis que vous plaindre... v i » 1 1 s, pardonner peut-être... ou du moins

désirer pour vous mi sort plus heureux...

( / oyint i nirrr un of/n icr uni lui présente un papier.) \ om en \ cirez la preuve dans » c papier qui vous «tait adressé... voici ce que | ai demandé ft obtenu pour VOUS... ( L'officier présente le papier à Ladi*laS) puis)

LE MAGASIN THEATRAL

sur un signe de la comtesse, il sort.) Prenez, monsieur, é'est ma seule réponse! et cellelà, vous pouvez y croire, car elle est bien de

mot !.. adieu!., je vais chez l'impératrice.

(Elle lui fait la révérence et s'éloigne. Ladislas veu* Ja suivie; cllclui fartbîgne de s'arrêter, lui montre de nouveau |c papier «t sort parle fond à gauche, en jetant sur lui un regard de compassion.)

LADISLAS, immobile et comme accablé, tenant toujours à la main le papier (pie la comtesse vient de lui remettre , POTËM- KIN, .sortant du bosquet, à gauche.

POTEMKIN , éclatant de rire. Ah ! ait!., c'est vraiment trop singulier !

LADISLAS , tressaillant et sortant brusquement de sa rêverie. Comment... c'est vous!., vous étiez là ?

POTEMKIN. J'arrive!., et sans le vouloir, j'ai entendu une partie de votre conversation !

LADISLAS. Décidément! mon cher ami, vous êtes très-indiscret ; c'est là votre défaut.

POTEMKIN , lui montrant le papier. Eh Lien ! vous ne lisez pas?

LADISLAS, se fâchant. Halte-là ! je n'aime pas qu'on se moque de moi ! c'est bien assez d'elle... mais d'autres..

potemk.i\. Pourquoi se décourager?., c'est peut-être moins fâcheux que vous ne croyez.

LADISLAS qui a déchiré V enveloppe et regarde le papier. [ n brevet!., on m'accorde un régiment... à moi!., est-ce que je L'ai demanda?., un régiment qui doit partir..

POTEMKIN. Ca, c'est moins agréable!..

LADISLAS, tournant avec humeur la première feuille et prenant entre 1rs de:/ v feuilles du brevet un petit papier qu'il lit. () ciel !.. avant mon départ... ce soir... un rendezvous !

potemki\, vivement. Qu'est-ce que c'est0

LADISLAS, de même et se reprenant. Rien... ce n'es! rien!., je n ai rien dit! POTEMKIN. Si vraiment...

LADISLAS. Moi... du tout !..

POTBMKIN. Vous avez parlé de rendezvous !

LADISLAS. Silence!., et si ce mot m'est échappé!., taisez-vous!., il y va de ma vie et de la votre... oui, mon ami, oui... un rendez-vous !..

POT! MKiN.Où donc?f. à quelle heure?

ladislas. Ca ! c'est ce que vous ne sau» rez pas. . . ni vous ni personne au monde !.. on nie tuerait plutôt...

(11 déchire le billet.)

POTEMKIN. Que faites-vous?

ladislas. Je déchire! on me l'a ordonné.

POTEMKIN, aoec colère. Et moi .. monsieur. . ( S* arrêtant. ) Qu'allais-je faire ? parler en prince... pour ne rien savoir! (Haut, et S9 efforçant de rire.) En vérité... voilà qui est charmant...

LADISLAS , avec joie. IN 'est-ce pas?., et surtout la manière dont et la m'arme... me traiter si froidement en apparence, pour ajouter par la surprise un nouveau prix à ce bonheur... avec cela... j'aurais dû m'en douter... car après tout elle était moins sévère que ce matin. Tout-à-l'heurc , quand elle m'a quitté, sa voix était émue...

POTEMKIN, aoec colère. C'est vrai!..

ladislas. 11 y avait dans ses regards une expression.. .

POTEMKIN, de même. C'est vrai !

LADISLAS. Et dant toute sa personne...

un trouble... qu'elle voulait et ne pou vait dérober entièrement à mes yeux...

vous n'avez pu le remarquer comme moi.. .

POTEMKIN. Si vraiment... et je vois qu^ votre bonheur est assuré...

ladislas. Pas encore!., ce n'est pas certain...

POTEMKIN. Comment cela?

LADISLAS. On ignore si l'on pourra me recevoir... si l'on sera libre... et dans ce cas j'en serai averti par une invitation au bal de la cour... une invitation imprimée, que je dois trouver chez moi... je saurai ce que cela voudra dire... et je COU M à mon hôtel pour chercher ce 'billet... ou pour l'attendre; et si je le trouve... ci lie fois, mon cher Gregorief, vous pouvez être sur de votre place... dès demain vous serez intendant en chef... intendant général, je vous le promets... mais pour cela du silence... c'est dans votre intérêt et le mien... vous comprenez... adieu! adieu !.. je suis le plus heureux des hommes...

(Il sort en courant par le fond à droite.) OOQOOOOOOOOCfOOCOOOtJOOOOCCOÇOOOOOOSOC^OOOOOOt

SCÈiNE XI.

POTEMKIN , puis LA COMTESSE.

potf.mkin. Je me vengerai d'une ruse

et d'une fausseté aussi insignes... ( Voyant la comtesse qui entre par le fond a gauche. ) C'est elle... elle sort de ehez l'impératrice...

CHUT

{A la comtesse. ) Vous venez de chez Catherine ?

LA comtesse. Qui a été toute gracieuse!... et ne m'a parlé que du bal de ce soir...

POTEMKIX, cherchant toujours à modérer sa colcre. Et ce bal... vous comptez y aller , vous ?

LA COMTESSE. Certainement.

potemki\. Et si je vous y donne le bras... si je ne vous quitte pas de la soirée... cela ne contrariera en rien vos projets ?.,.

la comtesse. Cela me fera grand plaisir.

rOTEMKIN. A VOUS?...

LA comtesse. D'autant plus que je n'y comptais pas...

POTEMEIN , laissant éclater sa colère.

Nadéje!... croyez-vous que l'on me trompe impunément?... croyez-vous que je sois le jouet d'une femme?... Ce que Catherine elle-même n'oserait pas, vous l'avez tenté!.,

LA COMTESSE. Moi!...

POTEMKl\ Vous ne savez donc pas que l'exil ou la mort ont puni des trahisons moins odieuses que la votre.'...

l\ comtesse. Eli! mon Dieu! Potem- Win , quel nouvel accès de galanterie! Et qui a pu vous inspirer ce madrigal tartare ?

POTEMEIN. N'espérez plus m'ahuser...

vous aimez ce jeune homme... ce Ladislas... vous l'aimez , je le devinerais en ce Bornent, rien qu'à votre trouble.

LA COMTESSE. Et comment ne pas en éprouver, en voyant se renouveler les soupçons les plus absurdes , en entendant sans cesse retentir à mon oreille un nom qui m'était indifférent et qui me devient odieux? Oui, monsieur... et c'est bien injuste !... mais voilà ce qui m'arrive pour ce pauvre jeune homme... c'est que maintenant je le déteste... je l'ai pris en aversion !...

im)ii:mki\. Tu me trompe* encore ; tu p sais toi-même!... Ecoute, Nadéje, tu sais que j'ai des momeni de bonté et de lénérosite... lia sont courts.*, il faut en profiter... dis-moi la vérité... dis-moi que ■esi m Jgré toi , nue ni n'as pu t'en défendre.. . <pi<' tu l'aimes. ..

LA COMTESSE, avec impatience, Mais

non , monsieur...

potemeui. Conviens-en, et je lui I

. . je ne lais pas loinU r SE têt l\ COMTESSE.- Je ne peux pis convenir

de ce qui n'est pas. . .

potemkin. En bien ! tu as prononcé *m

arrêt... car je sais tout, j'en ai les preuves... tu lui as écrit .. tu lui as donné un rendez-vous pour ce soir...

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