ELISA, M- MEUNIER, JOSEPH
Mme meunier. Et il rit encore... il rit!... mauvais sujet... qui me fait du chagrin... qui me rend malheureuse... qui nie fera mourir...
JOSEPH. Ah !.. . si la grand'inère pleure , je n'en suis plus...
Mmc meunier. Allez-vous-en... allez à votre atelier, mauvais sujet...
JOSEPH. Non, grand'inère, non... je ne m'en irais pas homme ça... par exemple. . . nous quitter brouillés !.. j'en serais malade toute la journée...
ELISA. Allons, grand'inère...
Mrae meunier. Non, non!... qu'il s'en aille... je ne veux plus voir... un drôle... un paresseux... un fainéant.
JOSEPH. Allez, grand'inère... grondez bien... abîmez-moi. . . aplatissez-moi....
voulez-vous me battre un peu... si ça vous soulage, ne vous gène/, pas... (A part.) Elle me tape quelquefois... comme ça pour rire... elle ne me fait jamais mal...
M"" MEt MER. \ onslemériteriezbien...
un brise-tout... toujours déchiré... que sa sœur s'arrache les yeux pour lui faire des reprises...
ELISA. Je ne m'en plains pas , grand'inère.
JOSEPH. Bonne Eisa!...
Mme MEUNIER. Et ta casquette, malheureux , où est ta casquette?
JOSEPH. Ma casquette»., tiens, c'est vrai !... elleestrestée dans le canal , grand" mère...
M" mu mer. Une i asquette de cin-
quaiile-i in<| sous... Ti« ns , va-l'en... tn
mourras sur L'echafaud !...
( l'aie va s'ass ail.)
JOSEPH. Four avoir perdu ma casquette... {A part. Nous en soinilies déjà li ça \ i être fait toul de mmu-.
ELISA lut ii chaise auprès de m i-
damr Meunier. Elle était bien vieilli i [uette.
JOSEPH. Et puis demandez-moi j grand*nicie, s'il y a du boa sens de se mettre tl.ms des états comme <; « pour une méchante casquette âgée de dix-nuit mois ! .
pardi, j'en manque bien de casquettes... voulez-vous que je vous en fasse vingtquatre, et tout de suite?... Nous autres , à l'imprimerie, nous n'avons pas besoin de chapelier... ( // \>û a la table , prend une grande feuille de papier, et fait un bonnet.) \ oulez-vous un colhack , Un chapeau à \\ Napoléon... un bonnet d'évèque. Vous n'avez qu'à parler. . . par brevet d'invention...
(11 se coiffe du bonnet qu'il vient de faire, monU
sur une chaise, et prenant une atli tuile, il
chante.)
Voila, voilà, le chapelier français.
Voila, voilà...
Mn,c melmer. Le moyen de se fâcher avec un monstre comme ça.
JOSEPH. Elle a ri.
M"" mei mer. MaiS qu'est-ce que tu as été faire dans le canal?., voyons! qu'est-ce que tu as été faire dans le canal.'..
ÉMS.V. Oh! pour ça, grand'inère, ne le grondez pas... c'est à son éloge... il a sauvé n\\ enfant qui se noyait...
M "lL meunier. Vrai!... à la bonne heure,
tu as sauvé quelqu'un c'est bien, je ne
dis pas... mais pourquoi qu'il abime ses effets?..
JOSEPH. Dam!., je ne sais pas me jetei à l'eau sans me mouiller. Allons, la paix, bonne grand'inère...' ( // va auprès d'elle. et la caresse. ) Vous n'êtes pas si méchante que vous en avez l'air, ni moi non plus, un mauvais sujet, un scélérat comme vous dites... mais un bon enfant, qui vous aime bien...
(Il l'entoure de ses bras.)
Élisa, à part. Câlin !..
Mmc melmer. Je sais... je sais... mais alors il ne faut pas me faire de la peint . . il faut travailler... il faut être un homme...
JOSEPH, se laissant glisser <i genoux; auprès d'elle. Oui, oui, e'èsl vi ai... et je ne suis qu'un gamin. . . mais, soyez tranquille , ra viendra quelque' jour. .. encore un an
de bon» lion, et C6 sera fini... au travail...
ferme !. . j'enfoncerai les autres à l'atelier. ..
je SertJ maître, eontre-maihe. . . et qui
sait!., notre patron , v\>yes>*TOUS. grandmère, il est venu à l'ai is, en veste et ni Bail If dos... i\ n'avait |> is
pins., il avaU moins que moi.., et main* ti ii un il a une imprimerie.»» des * » n —
\ i 1,1 S... Ci des n Eteii • . mille «vus a manger par jour*., dans U vaisselle plaie encore ; el à la dernière exposition «les industries , la croix qu'on Lui a donnée... la croix d'honneur '. Dam ! pourquoi queie ne serais pas comme ça an jour?... Dieu! se-
LE MAGASIN THEATti \L.
rais-je content pour vous, grand'mère! il ne vous manquerait rien... votr'café tous tous les matins... avec une bonne douillette, bien ouatée, bien chaude... une citadine pour faire les courses... et une loge à l'Ambigu le dimanche... Comme je vous dorloterais... comme je vous mijoterais... (L'embrassant.) Bonne grand'mère.. . va!.. Élisa. Est-ce que vous lui tenez rancune?
JOSEPH. Et une dot... à cette bonne Lisa!.. une dot énorme!..
Mme MEUNIER. C'est d'un bon garçon, ce que tu dis là... vous ferez votre chemin... Oh! oui, je prie tous les jours le bon Dieu pour qu'il vous bénisse... voyez-vous, mes enfans , nous ne sommes pas riches... votre père ne vous a rien laissé... un soldat, c'est tout simple... mais un brave, un honnête homme qu'on estimait... Faut être comme lui... pauvre Etienne... je l'ai perdu... ça sera ma consolation... et du moins, quand je vous quitterai , je me dirai : Ils sont pauvres , mais honnêtes comme leur père.
ÉLISA , à part. Ah ! mon Dieu !..
M,,,c MEUNIER, pleurant. Mon pauvre fds! JOSEril. Allons! . allons! grand'mère ! . . . v',*à que vous pleurez... vous vous ferez mal... rencognez-nioi donc ça.(// lui prend son mouchoir et lui essuie les yeux. ) Tenez, voilà que vous faites pleurer Lisa...
ÉLISA, vioement. Moi... mais non...
mais non... qu'est-ce qu'il dit donc là...
josepiï. Riez, maman Meunier... riez vite, allons, une petite risette, que je m'en aille content...
Mmo MEUNIER, en riant. Pars, voyons...
va à ton atelier... {Il l'embrasse, elle se lève. ) Mais ne va donc plus au canal Saint-Martin, malheureux *.
JOSEPH. Dam!... il y a quelquefois des bonheurs., comme aujourd'hui.
Mme meunier. Et surtout, ne joue pas au bouchon... entends-tu?
JOSEPH, revenant. Oh! ça... je ne promets pas. maman Meunier, j'ai le goût... c'est venu au monde avec moi... et je vous dirais non...
Mme meunier. Joueur...
JOSEPH. Dam !... ça ne coûte rien à personne... il n'y a pas de frais à ce jeu-là... ne craignez rien, le tapis est là... pour tout le monde. t. Ce n'est pas comme au billard... douze sous par heure... et quinze sous le soir... à cause des quinqiicls... au lieu que le bouchon...
* Elisa, Joseph, Mme Meunier.
Ain nouveau. Musique de M. li<jin:ilic.)
Je suis gamin, faut (fu'jeaness' ;>c p*44c«
Les gamins sonl île bons enfans ;
Avec le teins lout s'efface .
J'serai moins jeun' quand j'aurai trente ans.
Flâner est dans mes habitudes ,
Je ne suis pas Fort sur le latin;
J'ai complété mes e'tudes
Le long du boul'vai t Saint-Mari n.
A croix pile j'ai du gc'nie ,
Aux quilles je suis un luron ;
J'suis l'C.e'sar de la toupie,
ht l'Alexandre du bouchon.
Je suis gamin , clc.
(Il sort en courant et en sautant.)
>^A<tWOOOOOQCOQQOOOOOOOOgaOOSOOaOO^QO^OOJOO