‹ Pièces de théâtreChapitre 480 sur 1241 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

DÉSAUNAIS, Michel PERRIN.

PERRIN, entrant sans reconnaître Désaunais. Pardon... je suis du service particulier...

Ah ! c'est vous , citoyen Perrin !

( Il va retirer le verrou de la porte du fond, puis il s'assied à son bureau. )

PERRIN

Vous voyez, citoyen Dés... Désaunais... exact à la minute. Savez-vous que c'est fort commode, cette petite porte!... De la rue des Saints- Pères f trois marches... on est ici! Cela abrège beaucoup.

DÉSAUNAIS, parcourant sa lettre.

Pardon... je suis à vous.

PERRIN

A votre aise... ne faites pas attention!... (Regardant autour de lui.) Superbe local!

DÉSAUNAIS, lisant.

« Donnez des ordres pour que je sois admis... seul... près de vous... » ( A lui-même. ) Ah ! bien , oui! et pas d'adresse!...

( Il écrit quelques mots sur la lettre.) PERRIN.

Me voilà donc au beau milieu du gouvernement!... aux sources de la gloire et de la prospérité nationales ! Je vais connaître, enfin, ces rouages admirables qui assurent le bonheur de trente millions d'ames!... 11 faut de la tête pour ne pas s'embrouiller dans tout ça , et que chacun en ait sa petite part. (Désaunais sonne. — Hcpardant les cartons. ) Aussi, dans tous ces cartons , que de réformes!... que de projets utiles! ( Lisant sur un carton. ) « Jeux et loterie... » C'est pour les supprimer... C'est bien l'ait. (Lisant sur un autre.) «Fonds secrets...» C'est ça!... les bonnes ouvres !... les actes de charité!... Du mystère... cela double le prix!... S'il pouvait m'attaeher à cette partie-là !... I.csfonds secrets ! ( Iii commis entre.)

DESAUNAIS , au commis qu'il a sonné, en lui remettant li lettre de Bernard.

Bureau militaire... M. Croisy... qu'il fasse toutes les recherches , et qu'il nie réponde surle-champ. ( A Perrin, pendant que le commis sort. ) Kh bien ! mon chei

PERRIN , revenant à lui.

Eh bien ! me voilà.

DÉSAUNAIS.

Vous avez quelque chose à me dire?

PERRIN, étonné.

Moi?... du tout!... j'attends que... ( Se reprenant. ) Ah!... si... au contraire, j'ai quelque chose... ( A part. ) Ma foi ! qu'est-ce que je risque?... Ils ont l'air si obligeant. ( Haut. ) Ça va vous paraître bien singulier, qu'avant d'avoir rien fait... Mais je me confie à vous, comme à un frère... Après ça, si ça ne se peut pas, vous me direz: « Perrin, ça ne se peut pas... » Ça sera fini là, je ne vous en reparlerai plus.

DÉSAUNAIS , se lève et vient sur le devant du théâtre, à la droite de Perrin.

Qu'est-ce que c'est ?

PERRIN

Voyez-vous, j'ai une nièce... un enfant charmant... toutes les qualités... Elle allait se marier, et c'est moi, en partie, qui suis cause... Alors je me disais : le citoyen Désaunais m'a donné hier vingt francs, en me promettant que tous les jours...

DÉSAUNAIS, mettant la main à sa poche.

Ah ! oui... j'oubliais...

PERRIN , l'arrêtant.

Non, non... ce n'est pas cela... j'aimerais mieux...

DÉSAUNAIS.

Qu'on vous payât à la fin du mois? Si ça vous arrange mieux...

PERRIN , vivement.

Non, ça ne m'arrangerait pas du tout! J'aurais désiré, au contraire... si toutefois... il n'y a pas d'indiscrétion...

DÉSAUNAIS.

Ah!... une avance d'un mois?

PERRIN

Si ça ne vous gêne pas ?

DÉSAUNAIS.

Pour les premiers frais ? Rien de plus facile !... du moment que vous êtes connu du ministre. ( Il va à la table et prenant un papier, il écrit. ) Un bon sur la caisse.

PERRIN , à part.

Quelle maison!... Ces pauvres enfants!... je pourrai donc leur en faire la surprise , et les marier sur-le-champ !

DÉSAUNAIS, lui donnant le papier.

Tent/.

Croyez que...

DÉS Al W1S.

C'est bien ! c'est bien ! ah çà !... vous n' ne/ donc pas été content de votre journée d hit I !

PERRIN

Hier?... si fait!... ma foi , cela en valait la peine.

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