‹ Pièces de théâtreChapitre 627 sur 1241 · LA DUCHESSE , ERNESTINE · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE , ERNESTINE

la DUCHESSE. Eh bien! vous êtes seule, Ernestine ? Que faites-vous donc ici?

ERNESTINE. Oh! ma sœur, je viens d'éprouver un grand plaisir.

L\ DUCHESSE. Qu'est-ce que c'est?

ERNESTINE. Ma plus chère camarade de pension , Adèle de Vauroy, qui est à Paris et qui est venue me visiter!

la DUCHESSE. Pourquoi ne me l'avoir pas présentée ?

ERNESTINE. Elle était pressée de retourner près de son père , qui est un peu souffrant : c'est un ancien ami du général Ju- 111 i 1 1 y , il loge chez lui, et même Adèle m'a annoncé qu'aujourd'hui le général sera de retour.

LA DUCHESSE. Ah !... {A part. ) Je savais bien qu'il reviendrait.

ERNESTINE. Adèle m'a promis de ne pas tarder à nie revoir.

L\ DUCHESSE. C'est bien, vous me ferez faire connaissance avec elle.

EK\esti\e. Oh ! oui , car elle a du chagrin, et il faudra la distraire.

LV DUCHESSE. A la bonne heure!... Mais ne songez-vous pas à vos apprêts pour le bal? M. de Vaudel doic vous offrir la main, et vous lui avez promis...

ERNESTINE. C'est vrai, mais je suis décidée à ne pas tenir ma promesse.

la duchesse. Comment?

ERNESTINE. Je ne danserai pas avec lui ce soir.

LA DUCHESSE. Et pourquoi cela?

ERNESTINE. Oh ! parce que... Qu'importe

lv duchesse. Un caprice !... Et s'il se fâche?

ERNESTINE. Cane durera pas.

la duchesse'. Peut-être.

ERNESTINE. Bah !... N'ai- je pas vu vingt fois le général Jumilly sortir fâché de chez vous? Est-ce que ça durait?

LA DUCHESSE. Einesfme, vous êtes

folle !... N'aimez-voua pas AI. de Vaudel ?

ERNESTINE. Si fait vraiment!., beaucoup.

LA DUCHESSB. Eh bien! pourquoi vouloir l'affliger ?

ERNESTINE. Mais, ma s<eur , est-ce que vous (I itestez Le général de Jumilly? Je ne le crois pas.

la duchesse. De quoi vous mêlez-vous,?

ERNESTINE. Dam ! j'observe et je réllé-

chis : quand le général arrivait près de vous le sourire sur les lèvres , tout de suite vous deveniez grondeuse, exigeante, et vous fronciez le sourcil !... Puis, s'il était, à son tour , dans un accès de mauvaise humeur, vous paraissiez tout-à-coup gracieuse et gaie , et ça le jetait dans des transports de fureur...

LA DUCHESSE , souriant. Bien divertis- Sans, je l'avoue.

ERNESTINE. N'est-ce pas?... et il était plus amoureux que jamais!... Eh bien!

je veux essayer de ce moyen-là.

LA DUCHESSE. Quedites-vous, Ernestine?

ERNESTINE. Oui, ma sœur, je veux faire comme vous, désoler un peu M. Charles comme vous désolez M. de Jumilly.

la duchesse. Et si M. Charles s'éloignait pour ne plus revenir?

ERNESTINE. Bon !... est-ce que legénéral ne revenait pas toujours ?

LA DUCHESSE. Ernestine , je vous défends de songer à de semblables folies! nos situations ne sont pas les mêmes , et il est des choses qu'une jeune personne ne doit pas chercher à comprendre , car elle s exposerait à les interpréter fort mal ou à commettre de graves erreurs.

ERNESTINE. Ecoutez donc , ma sœur!

avec M. de Vaudel je suis toujours dans le calme plat; je voudrais un peu de tempête, ne fût-ce que pour varier.

LA DUCHESSE. Qu'il ne soit plus question de ces extravagances, je vous en prie râliez vous occuper de votre toilette, et ne vous amusez pas à jouer un jeu que vous ne pouvez pas connaître.

ERNESTINE, à part, en sortant parla porte de droite. IVTa soeur a beau dire , j'essaierai delà tempête.

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