LA DUCHESSE , ERNESTINE
la DUCHESSE. Eh bien! vous êtes seule, Ernestine ? Que faites-vous donc ici?
ERNESTINE. Oh! ma sœur, je viens d'éprouver un grand plaisir.
L\ DUCHESSE. Qu'est-ce que c'est?
ERNESTINE. Ma plus chère camarade de pension , Adèle de Vauroy, qui est à Paris et qui est venue me visiter!
la DUCHESSE. Pourquoi ne me l'avoir pas présentée ?
ERNESTINE. Elle était pressée de retourner près de son père , qui est un peu souffrant : c'est un ancien ami du général Ju- 111 i 1 1 y , il loge chez lui, et même Adèle m'a annoncé qu'aujourd'hui le général sera de retour.
LA DUCHESSE. Ah !... {A part. ) Je savais bien qu'il reviendrait.
ERNESTINE. Adèle m'a promis de ne pas tarder à nie revoir.
L\ DUCHESSE. C'est bien, vous me ferez faire connaissance avec elle.
EK\esti\e. Oh ! oui , car elle a du chagrin, et il faudra la distraire.
LV DUCHESSE. A la bonne heure!... Mais ne songez-vous pas à vos apprêts pour le bal? M. de Vaudel doic vous offrir la main, et vous lui avez promis...
ERNESTINE. C'est vrai, mais je suis décidée à ne pas tenir ma promesse.
la duchesse. Comment?
ERNESTINE. Je ne danserai pas avec lui ce soir.
LA DUCHESSE. Et pourquoi cela?
ERNESTINE. Oh ! parce que... Qu'importe
lv duchesse. Un caprice !... Et s'il se fâche?
ERNESTINE. Cane durera pas.
la duchesse'. Peut-être.
ERNESTINE. Bah !... N'ai- je pas vu vingt fois le général Jumilly sortir fâché de chez vous? Est-ce que ça durait?
LA DUCHESSE. Einesfme, vous êtes
folle !... N'aimez-voua pas AI. de Vaudel ?
ERNESTINE. Si fait vraiment!., beaucoup.
LA DUCHESSB. Eh bien! pourquoi vouloir l'affliger ?
ERNESTINE. Mais, ma s<eur , est-ce que vous (I itestez Le général de Jumilly? Je ne le crois pas.
la duchesse. De quoi vous mêlez-vous,?
ERNESTINE. Dam ! j'observe et je réllé-
chis : quand le général arrivait près de vous le sourire sur les lèvres , tout de suite vous deveniez grondeuse, exigeante, et vous fronciez le sourcil !... Puis, s'il était, à son tour , dans un accès de mauvaise humeur, vous paraissiez tout-à-coup gracieuse et gaie , et ça le jetait dans des transports de fureur...
LA DUCHESSE , souriant. Bien divertis- Sans, je l'avoue.
ERNESTINE. N'est-ce pas?... et il était plus amoureux que jamais!... Eh bien!
je veux essayer de ce moyen-là.
LA DUCHESSE. Quedites-vous, Ernestine?
ERNESTINE. Oui, ma sœur, je veux faire comme vous, désoler un peu M. Charles comme vous désolez M. de Jumilly.
la duchesse. Et si M. Charles s'éloignait pour ne plus revenir?
ERNESTINE. Bon !... est-ce que legénéral ne revenait pas toujours ?
LA DUCHESSE. Ernestine , je vous défends de songer à de semblables folies! nos situations ne sont pas les mêmes , et il est des choses qu'une jeune personne ne doit pas chercher à comprendre , car elle s exposerait à les interpréter fort mal ou à commettre de graves erreurs.
ERNESTINE. Ecoutez donc , ma sœur!
avec M. de Vaudel je suis toujours dans le calme plat; je voudrais un peu de tempête, ne fût-ce que pour varier.
LA DUCHESSE. Qu'il ne soit plus question de ces extravagances, je vous en prie râliez vous occuper de votre toilette, et ne vous amusez pas à jouer un jeu que vous ne pouvez pas connaître.
ERNESTINE, à part, en sortant parla porte de droite. IVTa soeur a beau dire , j'essaierai delà tempête.