SCÈNE X
GRANDET , assts à l'écart , CHARLES,
BRNESTfNE
(Ils entrent par le fond b;ms apercevoir Grandet.) ERNESTINE , entrant suivie par Charles,
Laissez-moi, monsieur!... encore une fois, je vous prie de me laisser.
CHARLES. Mais, en vérité, je ne comprends rien à ce caprice : me direz-vous au moins ce que vous avez à me reprocher. ER\£STl\E, fr/gnant lu colère. Ce que j'ai à lui reprocher?... {A part en souriant.) 5e serais bien embarrassée pour le dire!... ( liant. ) Allez , monsieur , vous devriez rougir !
Charles. Mais de quoi?
ERNESTTNE , à part. Il est vrai que je n'en sais rien.
GRANDET, assis à part. Ah ! ah!... écoutons !
CHARLES. Il m'est impossible de deviner. BBNESTINE. Il vous est impossible ?. .. oh! ces hommes, ilsnecomprennentrien...
( A part.) Il me semble que c'est bien comme cela ([ne dit ma sœur ! ( Haut. ) Ces messieurs ont tellement l'habitude de commettre des indignités, que cela leur paraît tout naturel , et qu'ils viennent après vous demander ingénument : Qu'ai-je donc fait? en viu.LS. Certainement, je le demande.
ERNESTINE ,à part. Bon !... il commence à s'impatienter!...
Charles. Jamais je ne vous vis une pareille humeur.
ERNESTINE , à part. Il se fâche!... Ca vient, ça vient!... Oh! que c'est amusant!. . GRANDET, à part. Voyez-vous ça!... le proverbea raison : bon sang ne peut mentir. Charles. Je crois m'apercevoir , mademoiselle , que tout ceci n'est qu'un prétexte; mais il était fort inutile!... quand on n'aime pas les gens...
er\esti\e , à part. Bien! voilà les grands mots!... (Haut. ) Allez, monsieur, vous n'avez pas le sens commun.
GRANDET, à part. Cette maison estime véritable pépinière de co piettes.
CHARLES. S'il vous convient aujourd'hui de rompre tout entre nous, vous devez au moins me I g dire : alors vous me verrez sortir d'ici à l'instant même.
ER\esti\e , à part. Ali bien oui !... Il ne sortira pas. [ Haut, ) Eh bien , qu'attendez-vous?
CHARLES. Votre décision !
ERNESTINE, à uurt. Comment?... Il ne se met pas en colère plus (pie cela ! .. Il ne frappe pas du pied comme le général !
Charles. J'attends, mademoiselle!...
vous vous taise/. !... 11 faut donc que j'interprète votre silence, et «pie je m'éloigne.
ERNESTINE . a part. Mais c'est qu'il s'en va!... Ah! mon Dieu! s'il allait ne pas revenir?... Ca ne m'amuse plus.
CHARLES , s' arrêtant près de la porte.
L AMI GRANDET
Vous désirez , mademoiselle, que je vous dise un étemel adieu?...
ernkstim:. Mais pa* du tout!...
CHARLES , revenant. QuYntends-je?. . .
EU\'ESTi\i:. A-t-on jamais vu s'en aller de la sorte?... et pour toujours encore?
CHARLES. N'ai- je pas du croire que vous le souhaitiez? *
erm:sti\k. Vous vous trompiez!...
Charles. Est il vrai?...
ernestim:. Pardonnez-moi, Charles!
pardonnez-moi !... J'ai voulu faire la coquette, vous tourmenter un peu... ça ne m'a pas réussi ; je manque d'habitude.
Charles. Tant mieux!...
erm.siim:. Et j'ai tant sou fier t quand je vous ai vu prêta partir!...
CiiVRLES. Que vous ne recommencerez plus?
ERN'ESTIXE. Oh! je vous en réponds !
GRANDET , s'approchqnt. Et VOUS ferez bien , ma belle enfant!...
ERNESTIAE. Ah! quelqu'un ici !.. .
GRANDET. Quelqu'un qui a tout entendu , et qui sort en vous conseillant de ne plus jouer à ce jeu- là : tous les hommes ne sont pas des niais, voyez-vous. Adieu!.. je vous fais mou compliment, jeune homme, vous ne me paraissez pas d'humeurà vous laisser mystifier; plût au ciel que tout le monde agît comme vous! je ne me serais pas cassé la jambe gauche, et je n'en serais pas réduit à faire ce que je vais tenter J'ai bien l'honneur de vous souhaiter le bonsoir !... ( A pari en sor.au t.) A nous deux , madame la duchesse.