‹ Pièces de théâtreChapitre 635 sur 1241 · SCENE M · texte numérisé non relu

SCENE M

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iumillt. N 'est-elle pas bien naturelle?

LE MAGASIN THEATBAL.

LA DUCnESSE. L'exactitude est la plus respectueuse des flatteries. Asseyez-vous là , près de moi , comme avant votre départ , et pardonnez-moi surtout.

jumilly, s' asseyant. Vous pardonner?

lv duchesse. Mais oui : ne vous ai-je pas fait attendre?

JUMILLY. J'attendrais patiemment une éternité , si je savais trouver la Divinité belle comme vous l'êtes.

LA DUCHESSE. Ah!... des complimensî...

jumilly. Est-ce vous en adresser un que vous parler de votre beauté?... Il est vrai que vous ne pouvez plus être sensible qu'à l'adoration !... aussi je demande pour toute faveur de baiser votre écharpe.

LA DUCHESSE. Ali I fi !... je vous estime assez pour vous offrir ma main !

(Il baise sa main.)

jlmilly. Que vous êtes bonne!... Matliildeî... plus d'une fois vous m'avez permis de vous nommer ainsi ; je ne m'étais donc pas abusé? cette lettre qui me ramène à vos pieds, elle exprime les véritables sentimens dont votre cœur est animé?... Vous avez compris enfin qu'une année de tourmeus, d'incertitude et d'amour méritait une récompense?

LA duchesse. Ali I mou Dieu!... mais vous m'effrayez sur ce que je vous ai écrit !

jumilly. Vous effrayer?... et pourquoi?

Vous avez senti que ces épreuves cruelles , car ce n'étaient que des épreuves, devaient avoir un terme; qu'un soldat, pendant quinze années de guerre et de travaux , n'avait pas eu le tems de se façonner à toute votre stratégie de boudoir ; vous avez vu qu'à trente-cinq ans il vous apportait un cœur qui jusque-là n'avait été rempli que par les émotions du champ de bataille; qu'il vous aimait avec tout l'emportement d'une première passion , avec toute la sincérité d'un enfant.

LA duchesse. Ah ! oui , c'est toujours la même chose!... nous persuader qu'ils n'ont jamais aimé | voilà la grande prétention des hommes auprès de nous ! Pure politesse ! Ne savons-nous point, par nousmêmes, à quoi nous en tenir là-dessus?

Mais vous vous plaisez à nous tromper, et nous vous laissons faire , pauvres sottes que nous sommes, parce que vos tromperies sont encore un hommage rendu à la supériorité de nos sentimens.

JUMILLY. Moi , vous tromper!... le croyez-vous? oh! non , certes!... depuis le teins que vous me voyez à vos genoux, tâchant de vous attendrir , implorant un doux regard , attendant le seul mot qui puisse me donner le bonheur !

la. DUCnESSE. Eh bien ! aimer, n'est-ce pas plaider, mendier et attendre ?

jumilly. Mais le plaideur finit par maudire son juge, l'indigent s'indigne de l'insensibilité qui le repousse , et l'on peut se lasser d'attendre sans rien voir venir.

LA duchesse. La patience est la plus utile des vertus.

jumilly. Le moment vient où elle s'épuise!... Vous n'avez point voulu mettre la mienne à une plus longue épreuve , et je vous rends grâces !

la duchesse , souriant. Vous vous pressez beaucoup.

jumilly. Non!... Ces lettres que je vous écrivais , bien souvent malgré moi , ces lettres, où tant de désespoir se mêlait parfois à tant d'amour, elles ont enfin obtenu une réponse!... j'ai reçu de vous une promesse et vous l'accomplirez! Vous ne pouvez plus nie refuser le prix de tant desoins, de constance et de dévouement.

la duchesse. Le prix I . . . le prix ! . . . vraiment, je ne vous conçois pas ; qu'avezvous donc tant fait qui mérite une récompense? Il vous a plu de venir chaque jour à mon hôtel ; je vous y ai reçu de mon mieux, avec tout l'abandon, toute la conplaisance dune amie, est-ce donc là pour vous une si grande peine?... Des causeries, que vous vouliez bien appeler amusantes , vous y faisaient trouver le tems un peu plus rapide qu'ailleurs, à ce qu'il paraît ; je ne dis pas qu'il m'ait jamais semblé long!.. Mais enfin, toutes choses égales, nous sommes quittes!., nous ne nous devons rien. JUMILLY, avec explosion en se levant. Rien! LA DUCHESSE , reculant son fauteuil. Ah! mon Dieu!. . . Ne criez donc pas comme cela!... c'est du plus mauvais goût!... et vous m'avez fait peur!...

jumilly. C'est qu'il est des momens où l'on ne peut contenir son émotion !... pardonnez-moi!... le mot que vous venez de prononcer, ce rien si cruel, c'était encore une épreuve : j'aurais du le deviner ! . . . Mais près de vous je suis tout à une seule pensée , et vous le savez , l'esprit se tait quand le cœur parle.

LA DUCHESSE , souriant. Tâchez que le vôtre ne parle pas si haut.

(Il se rassied.)

jumilly. Oui , je suis un fou , et je deviendrais coupable en vous montrant la moindre défiance ; car cette certitude de bonheur que votre lettre m'a donnée, vous n'avez jamais eu l'intention de me l'enlever : vous ne le devez plus , vous ne le pouvez plus!... et c'est sur mon cœur que vous i allez confirmer une espérajice...

L AMI GÏÎANDET.

LA DUCHESSE, se dégageant et se levant. Prenez donc garde !... vous froissez toute nia toilette ! ...

jimillv , se levant. Aîathilde !...

LV DUCHESSE. Il paraît qu'on prend de bien étranges manières en province ?

JUMILLY. Abjurez, je vous en conjure , ce ton froid et moqueur , il en est teins !...

LA DUCHESSE. Silence ! . . . voici quelqu'un.

I \ DOMESTIQUE, apportant un bouquet.

Madame...

la duchesse. Eli bien, qu'est-ce? que voulez- vous?

le domestique. On vient d'apporter à l'hôtel ce bouquet pour madame.

lv duchesse. De quelle part.

le domestique. De la part de M. de Nerval.

jumilly, à part. De Nerf al!...

LA DUCHESSE , prenant le bouquet. C'est bien !... sortez !...

(Le domestique sort.)

jumilly, à la duchesse. Vous connaissez un M. de Nerval?

LA duchesse. Sans doute : que vous importe?

jumilly. C'est que ce nom...

LA duchesse. Est celui d'un homme beaucoup pins aimable et beaucoup plus galant que vous.

Aiu du Baiser au Porteur.

A mes succès, lui, j'en suis sûre, Il sera charnu* d'applaudir j II veut embellir ma parure ; Vous cherchez, vous, h uf enlaidir.

JUMILLY.

De cet attirail des coquettes, Oui , je voudr.iis vous dégager; Car l'amour aime les toilettes Qu'il ne craint pas de déranger.

LA duchesse. Si je vous laissais faire , je ne pourrais bientôt plus me montrer dans un salon,

JUMILLY. 11 me semblait, je l'avouerai, qu'un homme qu'on aime , un ('poux...

LADucnESSE. Oh! un épouti!

jumilly. Mathilde, une promette est une chose sacrée!, .. j'ai la vôtre...

LA DUCHESSE. Etet-VOUt birn mu queje vous aie promis cela!

jumilly. Si j'en suis. mu .'... votre lettre

est là , sur mon cœur '

(Il va pnm l.i prendra.)

lv DUCHESSE, arrêtant ton mou» ment,

INon, non, c'est inutile!., qu'elle y r<

jumii.lv. Qu'entendre '•• <('** " ' *• Y M

possible; vous ne voudi i< / pas vous jouer ainsi de moi! vous ne vous plane/ pat A

tuer Ut espérances qui me font rtvre. vous ne chercherei pat à me Dure com-

prendre que, semblable a toutes les fem-

mes de Paris, vous avez des passions et point d'amour! S'il en était ainsi, pourquoi m'auriez-vout demande ma vie, et pourquoi L'auriéz-vous tccepi

l\ duchesse. Je ne vous .ii rien demandé du tout , mon ami.

jimillv. Notre ami!... vous oseriez encore m'appeler votre ami, après m'avoir abusé, torturé à ce point.'... Prenex-v garde, madame! il est des hommes qui peuvent souffrir long-temt, mais qui M,. pardonnent point dès qu'une fois ils ont

vu qu'on voulait se jouet d'eux ' ... et je

suis de < ea hommes-là.

LA m chesse. Ah!... des menaces?...

11 ne vous reste plus qu'à me déclarer li guerre, comme .M. (ii andet.

JUMILLV. Que v*ule/.-\ >US due '

LV DUCHESSE. Que uni est un

pauvre ambassad< or, et que je ne lui conseille pas de solliciter un emploi dans la diplomatie.

jumilly. Je ne sais, madame, quelle démarche, inconvenante peut-être, la franchi* et sincère amitié de Grandet a pu lui inspirer!... mais je sais que, pour la dernière fois, je suis là, vous suppliant démettre un terme à mes longuet souffrances; je sais que. j'ai reçu de rout une promesse, et que j'en réclame lexécutiotL

LA DUCHESSE. Que vous dirai-je, mon

ami?... si je vous ai (ait < ette promi chose dont je ne suis jus bien « 1 1 taine, j'ai eu tort.

jimillv. Comment1...

lv duchesse. Oui, j'aurai lomjèm beaucoup de plaisirs recevoir rot \isit<s, unis je ne suis pas décidée à me remarû i ;

je ne vous aime pc -iit-ehe p \i , n, ore I

pour cela!... Plut tard, nous verront!.., JUMJLLY. Oh ! ( 'est une déi ition .'

LA DUCHESSE. .Non, lien n'est plus positif!...

Jl MILLV. Que faitet-voiu

lv m CHESSE, Won cher général, roici l'heure de me rendre au bal rout ares fait une longue route, vous devet être 1 i-

tigué

ji mi li . Mfathildi

l \ DUCHl SSE. 4tt4 I , je vous ,n pi ,,.

pour aujourd'hui ! i ta femme <lr chambre oui M id< moiselle

des dont . roil 1 une bout le qui oe I i

; .lu tout / Jumi i,,i )

\ ous pei metta que d< \ ani rai..,

l.d f mme i , i^\ ( i bien !.. Dit i i m<

| vu: (OltUI e / -ulne.

sort. A Juan, Vous ne in'en voulez pas?

jimii.lv. Au contraire, madame!... .

vous venez de me rendre un grand service , un peu tard, il est vrai, mais n'importe !... je vous remercie.

LA DUCHESSE, souriant. Y a-t-il vraiment de quoi?

jlmm.lv. Oui, madame, le mal que j'éprouvais n'est cruel et ne peut tuer que tant qu'il est mêlé d'espérance; dès quelle disparaît, il n'y a plus de danger, on cesse de souffrir.

L\ DLCfir.SSE C'est fort heureux.

UN domestique. La voiture de madame la duclitsse.

la duchesse C'est bon!... A revoir, général.

jumillv. Jamais!

LA DUCHESSE, à part en sortant. Il reviendra demain.

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