MINA, MULNER
MINA. Quel est donc ce monsieur Guillaume?
mulner. Un homme que tu ne connais pas.
mina. C'est pour cela que je te demande...
mulner, balbutiant. C'est un diplomate... un botaniste... chargé par le grand conseil de Berne... de venir .. faire... sur nos lacs... quelques opérations... astronomiques... (Sefâthant.) Mais je ne sais pas, moi, pourquoi tu me fais toutes ces questions-là... ça ne regarde pas les jeunes filles, ça tient à mes fonctions de bourgmestre.
MINA. Voilà comme tu es toujours :
quand tu veux me cacher quelque chose, c'est là ton grand refrain. [Elle limite.) Ça tient à nus (onctions de bourgmestre I
MULNER. Certainement ça y tient, et on ne peut pas plus !
mina. Alors je ne saurai jamais rien ; je terai toujours, comme tu le dis souvent, une petite sotte... une...
mulner, fâché. Veux-tu être bourgmestre à ma place? dis-le.
Il fait mine de detachei son manteau.
MINA. Mon père, je ne te parle pas de cela... mais enfin1....
MULNER. Au lieu de m 'adresser des qu« stions... politiques, tu ferais mieux det'oecttper à rendre un peu de gaité à ton prétendu... à ton cousin Schnaps.
mina. Schnaps?... Ah: oui, j'oubliais que j'ai pour futur un bourru, un gft>gnon, un homme qui ne rit jamais, qui s'est mis en colère le jour de sa naissance et qui ne s'est pas encore calmé depuis vingt-cinq ans qu'il est au monde.
mulner. Voilà comme on exagère!... Il n'est triste que depuis que tu n'as pas l'air de te soucier de lui; mais je t'assure que si tu voulais l'égayer un peu... il serait... très-drôle. Jamais tu ne trouveras un garçon plus sensible, -plus prévenant, plus dévoué. Sais-tu qu'd y a huit jours il m'a accablé d'injures?
MIN.\, étonnée. Comment?
MULNER, d'un ton pénétré. Brave garçon ! Tu sais que la semaine dernière je suis allé à Sion et que j'y ai passé deux jours pour obtenir les papiers nécessaires à ton mariage avec Schnaps. Je revenais, le froid était vif, la montagne était très-difficile, notamment pour moi ; la nuit était venue. Les pins se brisaient sous le vent ; je n'étais pas sans inquiétude, lorsque arrivé à une lieue d'ici, qu'est-ce que je trouve à L'en* trée du grand ravin ?
mina. Quoi donc?
mulner. Mon Schnaps, qui m'attendait à l'endroit où les deux sentiers qui vont à Sion se réunissent ; les pieds dans la neige,
gelé, à demi-mort de froid Qu'est-ce
que tu fais-là?... Je suis-là , me dit-il ei' grelottant, pour vous empêcher dépasser... Pensant que ce garçon a un accès de fièvre,
je persiste à suivre mon chemin niais
lui m'attrape par mon manteau , m'einmaillotte dedans, comme un nouveau-né, me charge sur son épaule, et rebrousse chemin... {Appuyant.) Il est très-fort!
MINA. Mais quelle idée extravagante...
mulner. Je criais comme un possédé, et lui me bourrait des coups de poing en me disant : Taisez-vous donc, mon oncle, nesavez-vouspasque dans l'endroit où nous sommes le moindre ébranlement de l'air peut déterminer la chute d'une avalanche?..
mina, plus attentive. Il avait raison!
MULNER. Tout-à-coup, chère amie, un effroyable craquement se fait entendre....
M i n \ . Ah ! mon Dieu !
MINA
\T.r,. ï.n énorme quartier de rco | roule avu I. cas sur l'endroit même où l'avais trouve Schnaps.
mina, '/ orenani lesmainsaoea motion. ( ) mon bon père, quel danger tu as couru!
MULNEB , ému. Alors il me pose parterre tranquillement et médit : flein!... vous avez entendu?., ce matin j'ai vu qu'il menaçait ruine, voilà pourquoi je ne voulais pas vous laisser passer... Et lui, le pauvre garçon m'avait attendu trois heures, transi de froid, sur le lieu du danger... (pleurant) comme les chiens du Saint-Bernard!..
minv. Bon et généreux cousin !.. Mais, tune m'avais pas dit cela!
MULNER. Il nie l'a défendu, et je ne t'en parlerais pas, si je ne voyais avec chagrin l'éloignement que tu as pour lui.
MINA. Moi,deréloigneinentî..oh! non, non, mon père, je t'assure... j'aime bien Schnaps... c'est un bon parent... j'ai pour lui beaucoup d'estime, et ce qu'il a fait pour toi lui assure ma reconnaissance... Oh ! non, j'aime bien Schnaps.. . et puisque je dois l'épouser, ce sera quand tu voudras, mon père, tu vois bien que je n'a; d'éloignement pour lui
mulner, aeet joie. A la bonne heure!..
voilà qui est parler... dans quelques joui s ce sera une affaire termina
MINA. Silûl!.. qu'y a-t-il de si ; attendons quelques semaines... qu !
mois, mon père, qu'est-ce que fait?
mueneh, s' animant. Ca me me
fait beaucoup !.. Tu sais him que ton oncle Werner en mourant n'a pas voulu que son bien fût partagé., si tu refus \,
Schnaps hérite de tout Que diable!
voilà ce que <a me fait. . . il faut pen
mina, avec indifférence. Oh! je ne tiens pas à L'argent.
Mn.NF.it, avec énergie. Mais j'y tiens,
moi ! Songe que hl mets Schnaps dans une
alternative fâcheuse; il est délicat, et il t'aime... tu l'affliges!.. Il regarde aujund à gauche.') Le voilà!., allons, ne le rud >ie pas, entends-tu?
Aïs : M et rire une letti e, M h urd.)
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