IM"C DURAND, ANATOLE
Mrae DURAND. Elle outre très- doucement la porte du fond , et entre , son luit à lu muin. Entions tout doucement et sans faire de bruit... il dort peut-être encore... ça doit dormir ferme , un maître de danse!. . celui-là surtout qui se donne un mal !.. toujours en l'air !... Ah ! je crois qu'il se réveille...
ANATOLE , de su chumbre. C'est vous , mère Durand ?
M,nc DURAND. Oui, monsieur Anatole...
ne vous dérangez pas!., je ferai votre ménage plus tard...
ANATOLE , de même. Il y a lon<;-tems que je suis levé... j'ôte mes papillotiez • et Baptistine , comment va-t-i 1 K .
m"" dlrand. Ma nièce! pas mal... pas mal...
ANATOLE , de même. Est-ce qu'elle ne viendra pas ce matin ?
M"1*' m nwn. Du tout!., elle pré* tend que vous êtes un séducteur. , un léger... lé]
anvtoli: , s' élançant d>- ta chambre
Comme Zépliire.
(Il rsl en pantalon collant, OM m.i\,I. tfèl -mon tante et MM lialiit. Il entie en ' 'liant ml •
dansant.)
' Ltftctecm sont indiquiK* comme kb rep lalion de gauche a dro
2e ANNÉE. TOME I
Ain : Contredanse de Jacquemin.
Quand d'une belle I [>pe|le ,
Sans iet ird . d'un vint y suis \\ ! Et tille ou femme , lis de flamme
Poe
i . 1 « » i f m i i . . j '.. i le Nonuii. il ' II. niein. fi |i..n ... I,
En m'. \. illanl . V unonr p
Tonl le bonheni qu'en donnant j'ai i
Qn mil mie Ik lie ,
(// s'arrête une jambe en l'air et Km Du-
rand diins ses t't.is. )
m ni ii \m> Mais Isissos moi monsieui Anatole... ii quelqu'un mtiuit... je roui demande »» peu ce qu'on p muait pensi
wxioir On pciiM i ut (jiic j' u la jamlic
fine et le jarret bien tendu. •• Voilà!... est*
< .• que vous lia. .u ans , madame
Dm uni '
M l>t U WD. I ,ajit
1 ' /eott.
.■i m s ne m gênent p»« j
LE MAGASIN TiiEAlRAL.
Mn,t blRÀIsD.
Oui, car ccbl compte tous les a 1 )ans les gag( s de la portière.
AN.VTOix. A 'oyez-vous ! mais d'ailleurs 5 qu'est-ce qu'ils peuvent dire sur vous... une femme d'âge qui a de la barbe au menton.
Mme DURAND. Hein!... par exemple !...
WATOLE. Oli! vous en avez un peu...
tant mieux, cela annonce une vertu qui a de l'aplomb et qui ne risque pas de faire la pirouette.
(11 pirouette.)
Mme DURAND. Ce qui n'empèelie pas qu'on cause... c'est tout simple... une portière qui a de bons yeux...
ANATOLE. Avec des lunettes.
Mme DURAND. Qui regarde passer tout le monde , et se permet un petit doigt de morale , sur les ceux ef les celles qu'on reçoit... ça contrarie! aussi faut voir comme les locataires m'habillent. , .
Anatole. Bah! est-ce que ce sont eux qui vous ont habillée ce -matin'
Mme DURAND , à la cheminée. Hein !
pourquoi...
Anatole. C'est que je ne leur en ferai pas mon compliment... Que faites-vous donc là ?
Mme durand. C'est votre déjeuner.
Anatole. Eh! non..con'est pas la peine, je déjeune en ville... dans une pension de demoiselles où je donne des leçons de danse ! nous faisons la Sainte-Catherine... nous ne serons que des femmes...
M1110 DURAND. Qu'est-ce que vous dites?
ANATOLE. Ah ! que je suis hèle!... c'est «lue vous ne savez pns , à cause de ma douceur et de nui timidité, on me traite absolument comme une demoiselle...
Mme durand. Par exemple! ce n'est pourtant pns ce que dit lînptistiuc. . . elle prétend que vous èles un enjôleur... un scélérat.,.
wvrOLr. Est-ce Dieu possible? moi , qui ne peut pas regarder une femme en l'ace sans frissonner et sans rougir. . . vrai ! c'est pour ça que ma carrière a été manquée , autrement , tel que vous me voyez , je serais premier danseur à L'Opéra*.
Mmp DURAND. Jîah ! qu'est-ce qui a empêche?
ANATOLE. Ah! \oilà... je suis un «'lève de ni. Vendis, le dernier, \ est ri s 111 , et j'ose dire que son génretr'avait rien formé de mieux <;ue votre serviteur.. . il faut convenir au$*i qu'd n'avait jamais trouve'1 un homme mieux fendu < t les détails plus avantageux... une grâce une soulcpsse.
un coude pied! et delà légèreté!... il m'appelait son Eole.. .
Mme DURAND. Qu'est-ce que c'est que ça, Eole?..
Anatole. C'est le dieu des vents, ma chère. Mais, absorbé par l'étude de la danse, je n'avais pas encore ouvert mon cœui ingénu aux douces impulsions d'un sentiment voluptueux. . . en d'autres termes, je n'avais pas encore aimé... Oh! pas du tout, parole d'honneur! et la vue d'une femme avait la vertu de me casser les bras et les jambes . ce qui est assez gênant pour un danseur. Mon maître préparait mes débuts, et il fut convenu avec M. Lubbert , l'ancien directeur de L'Opéra, que je paraîtrais pour la première fois, dans un pas de trois , avec mesdames JNoblet et IMontessu, comme qui dirait aujourd'hui Essler etTaglioni... Je parus... la salle était comble, Vestris était au balcon, et j'ose dire qu'il avait lieu d'être content... j'étais bien en perruque blonde. . DU jusqu'à la hanche, et un carquois sur le dos; mille lorgnettes me dévoraient, et je dansais! on n'avait jamais dansé comme ça , c'était à se pâmer.,, tout à coup , je venais de faire Un entrechat horizontal , et de me fendre jusqu'aux oreilles, lorsque je vis paraître mes deux nymphes, IMontessu et Nobht,dont je vous parlais tout-à-1'heure , le sein découvert et le tibia sans chaussure ; un jupon de cinq ou six pouces , pas une ligne de plus , ma chère. Je les vis, et dès ce moment, ma tète seperdit, ma jambe s'égara, et une sueur froide submergea tous jkis avantages; je dansais bien encore, mais, bonsoir!., ce n'était plus ça... plus de moelleux, plus de velouté , la pirouette était flasque et l'entrechat me glissait dans les jambes, deux véritables flageolets1, mes danseuses m'avaient paralysé , et j'entendais les chœurs chuchoter autour de moi: « Pas de nerf!., pas de nerf!» Je t'en (iehe!.. j'rtaistout nerf au contraire; mais, j'étouffais... je n'y étais plus, et je rentrai dans la coulisse au milieu d'un murmure général , et même mieux que ça ; ce qui m'enfonça jusqu'au troisième dessous et fit la fortune du petit Perroldont les débuts eurent, deux jomsaprès, un succès colossal, quoiqu'il ne m'aille pas à la cheville.
M""' DURAND. Et vous en êtes, là ?
wvioll. Comme vous dites... j'ai pris l'Opéra en haine , et les danseu-.es en hor- 1 u , et je suis descendu jusqu'au vil me] thr de manœuvre, travaillant des jambes, en d'autres termes, je suis maître de danse en attendant mieux.
-• Vin : Ces postillons sont d'une maladresse. CVsf un riKtici . tout bas je puis ].• . Qui m*liui)ii]ie un peu; moi, qui devais Jouer l'Amour, Ajiollonel Zephife, Moi, dont les pieds pour voler étai »| nit», Je mets, hélas ! mes talens au tabaii ; Mais quand alors , d'une m irebe lârèrc,
Je rase le toi, on dirait Que c'est un dieu fini deM nd lui ! , Pooi couiir le ca< bel.
Jl est vrai que je me suis nu peu agOl ni. et que les femmes oni en quelques bontés pour moi... mais je n'en ai pas moins conservé un petit air candide qui m'attire li confiance, des familles et des maîtresses de pension...
M""' DURAND. (Je qui lie VOUS a pas em-
péclié de vouloir en conter à nia ni< pour la séduire.
wvroi.i: Moi! si j'\ ai pensé, je veux bien que lie diable... vous emporte.
M"1" ni rand. Si bien qu'elle a juré qu'elle ne remettrait plus les pieds île/ vous...
SOENE II, Les Mêmes , BAPTISTTNE
BAPTISTIM: , en dehors, Ma Lmle! ma tau te I
M""- DURAND. C'est elle ! Me voila !
baptistine , .sans entrer. Voulez-vous
venir , ma lan
vwtou:. Entrez donc, Baptistine...
Baptistine, vous pouvez entjrer, il n'v a pas de danger, Baptistine... je suis ouvert.
baptistine. Merci . tnonsieui , je veui
parler à ma tante..
M"1" duhand. EL bien! entre, je iuii
là...
vnvtoi.i;. Ne tremblez jm^. Baptistine;
vous êtes » le / un ami. . \ OUI lf ■ bien ..
BW'TISTI V US, niO:i>l< ni , que VOUf
m aimiez... vous le disiea du inoii v\ \iin.i:. M u •• je sous unie <ik 01 M1"" DURAND. Dam ' M vr.n, VOUS aime/... Il n'v a qu'à dire . ce sera bientoj r.n... écoutez donc, il a*) aurait pas d'.iïfront. . vous ti availlei iei i«"i '• • d< n\ . vous de vos jambes, « Ile de u ■ doigts, elle peut l'établii dans lei nouv< ai et ui
bon mariag
vwioi.i:. Mère Durand , donnez-moi mon babil bleu , 1 I mon chajx au tu ttf.
* Mm' Durand, FV.ptisim. An kl
i»l i.VMi. Toi:i rj |. , J
uw m vi .1 comm 1 m'irait
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INATOI !-. à pari. Oui . dofDM .
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cli./ don.- maintenant dans la di mil d • la m ici::.
nvn isi i\j Oui, monsieui Anal nd tnl q toit loui
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mienne... il ne ûrat ■ a b tis* 1 les yeu poui . il j .. nn
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LE MAGASIN THEATRAL
Votre lait pmir mon déjeuner. . .
(Kl le prend le lait.) baptistine, à part.
Il m'aime ! que je suis contente !
{A JSlme Dur-ind.) Je vous suis . . .
anatole, h mi-voix.
Demeurez, ici . . .
BAI'TISTINE.
Monsieur, je ne puis, sans ma tante, Demeurer que chez mon mari.
ENSEMBLE
Adieu , monsieur, je vais descendre; Vos gants doivent nie ramena . . .
Surtout, n'allez pas , pour iu'attendre , Oublier votre déjeuner.
ANATOLE
Je reviendrai pour vous attendre, Mes gants doivent vous ramener, Je crois , si vous étiez plus tendre , Que j'oublierais mon déjeuner.
Mme DURAND.
Mais descendons , on doit m'attendre , C'est quelque lettre à rue donner, Et puisque vous sortez , j' vais prendre Votre lait pour mon déjeuner.
{Elle sort avec sa nièce.)