‹ Pièces de théâtreChapitre 958 sur 1241 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MARGUERITE, endormie, ALBERT.

Au lever du rideau, Marguerite «si nul.»! mie dans une causeuse a côté de la table ; devant elle est une lettre ouverte qu'elle vient d'écrire.

Albert entre parla porte du fond : il jetie siit une cl. aise son manteau mouille et son chapeaii.

albert, à lui-même sans voir Marguerite.

Quel temps!... Que les nuits sont longues quand on souffre!... Je reviens malgré moi après une absence de trois jours... J'arrive de Paris i cheval; la fatigue me donnera peut-être enfin quelques heures de ce sommeil dont j'ai tant besoin... il calmerait l'agitation qui me tue!... (// s'est dirigé vers la porte de droite et tourne ainsi le dos à Marguerite.) La chambre de Marguerite... de ma femme!... elle est là... tranquille I... elle (tyrt sans regrets et sans inquiétude... elle... (// se retourne pour se diriger vers la porte de gauche qui est supposée conduire à sa chambre à lui, et il aperçoit Marguerite.) Ciel! Marguerite ici! à cette heure !... Elle ne s'est donc pas couchée?... Elle a veillé, là, seule I— (Il regarde sur la table. ) Elle a écrit... et le sommeil la surprise!... Quelle inquiétude a-t-elle donc?

MARGUERITE, dormant.

Albert !

ALBERT

Mon nom !

marguerite, dormant.

Amélie, ma chère Amélie!

ALBERT

Amélie? son amie d'enfance!... (// prend le papier écrit qui est sur la table.) C'est à elle qu'elle a écrit avant de s'endormir. Si je lisais? non! respectons ses secrets!... Mais ses secrets, sa pensée, son bonheur, tout ne doit il pas m'appartenir? n'est-elle pas ma femme? j'ai droit... Non, je n'ai aucun droit!... Je veux savoir si elle ne me hait pas... si elle aurait pu m'aimer!... {Lisant.) « Ma chère Amélie... » (S'arrétant.)Que vais-je lire? (// se décide à continuer.) « Je n'ai ■ pu l'écrire encore que peu de mots depuis mon » mariage : c'est à peine si je me rends compte » à moi-même de ce qui m'est arrivé. Tu sais, » Amélie, que je fus toujours malheureune. Mon » père, absent avant ma naissance, ne revint dans o notre pays que pour y trouver la mort. » ^Parlant.) Hélas!... y Lisant.) « Ma mère ne lui

» survécut que peu de temps, et me confia en » mourant à la supérieure du couvent où je fus » élevée avec toi. Je ne voyais d'autre avenir que » de m'y faire religieuse, quand une amie de la » supérieure, la chanoinesse de Saint-Méry, vint » me demander en mariage pour son neveu, le » comte Albert de Saint-Méry. Je l'avais vu, » Amélie, et toi qui le connais, qui l'as rencon- » tré dans le monde, depuis deux ans que tu es » mariée, tu sais si je n'ai pas dû regarder comme » une faveur inespérée du ciel d'être choisie pour » la compagne du comte Albert. » (Parlant.) Chère Marguerite!... (Continuant de lire.) « Ses » regards, ses paroles, et mille soins pleins de » tendresse, m'apprenaient combien j'étais aimée : » il avait désiré vivre dans la solitude de son » château de Saint-Méry, et en sortant de l'é- » glise nous montâmes en voiture A quatre » heures nous étions ici, à vingt lieues de Paris. » Mais à peine arrivé, Albert ne fut plus le » même... Inquiet, triste et indifférent, il semble » même éviter d'être avec moi. Peut-être ai-je » fait, dans mon ignorance, quelque chose qui » lui aura déplu. Si tu étais près de moi, Amé- » lie, tu pourrais sans doute m'apprendre ce qu'il » faudrait faire pour regagner le cœur d'Albert, » que je tremble d'avoir perdu!... Ton amie.Mar- » guérite de Senneville, comtesse de Saint-Méry. » [Il baise le papier, le rejette sur la table, et tombe à genoux devant Marguerite.) Ah! elle m'aime!... son amour eût payé tout le mien !... elle aussi!... Pauvre Marguerite !...

marguerite, s'éveillant.

C'est sa voix qui m'appelle!... c'est lui!... la... près de moi!... (Elle passe la main sur se» yeux.) Est-ce que je rêve encore? Albert !...

albert, se relevant.

Marguerite!

Marguerite, s' asseyant, de couchée à demi qu elle était.

C'est lui! comme dans mon sommeil! je retrouve sur sa ligure cette expression si tendre que je ne voyais plus que dans mes rêves!. ..Oh! quel bonheur!

albert, s'asseyant prés d'elle sur la causeuse.

Quoi ! mon image se retraçait à votre pensée!

MARGUERITE

Là, tout-à-l'heure, je me croyais à ce jour où dès le matin on me para de ma belle toilette de mariée, de ces perles, de ces bijoux précieux qui

MARGUERITE

m'auraient éblouie... (souriant) si j'avais pu voir autre chose que celui qui m'avait tout donné.

ALBERT

Marguerite !...

MARGUBRIIK.

Oui, je me voyais en songe a cet instant où l'on nous unissait à jamais, pour le bonheur comme pour l'adversité, et je me disais : Pourtant il lemble parfois souffrir, et ne me donne pas ma part de ses peines... ce qui les lui rendrait plus légères !

Albert fait un mouvement, prend la maû

la baise, puis la repousse et prend un air froid et traint.

ai.bbrt, à part, se levant.

Ah! cachons mon secret!

MARGUERITE, se levant auiti.

Lui qui m'a fait partager sa fortune et son rang, il me refuse ce qui m'appartient, sa confiance et son affection!... Oh! laissez-moi vous interroger, Albert!... Qu'avez-vous? parlez!... parlez, je vous en supplie !

Albert, se contraignant et tr^s-froid Marguerite, ce que vous dites me prouve la bonté de votre cœur que je connaissais déjà, et toute votre amitié, qu'il m'est doux de connaître ! Mais vous vous trompez! il ne bat point laisser entrer dans votre esprit des craintes chimériques qui troubleraient votre repos.

marguerite, tristement.

Alors c'est moi qui vous ai déplu, Albert'.... vous ne me croyez pas digne de votre amitié.

ALBKRT.

Mais vous vous trompez encore, Marguerite! chassez ces idées... occupez vos loisirs. Vous avez des amies, rapprochez-les de vous!.. Mm8 Beauval.

Au ton finiil d'Atari, Varçuel ite *\ ait recul*', et •• me, m | qu'il parlait s'était éloif oé* dfl lui en l'e. ..ul a n > étonne m. nt tU< M rapproche .m nom dfl Mu" 1" a u\ al.

MARGUBRITB.

Amélie?

ALBKRT.

Je l'ai vue hier... elle viendra.

MARGUERITE, avec joie.

Quel bonheur!

AI.BKH I .

D'autres personnes encore vont arriver aujourd'hui

MARGUERITE, tristement.

Vous avez engagé du monde I

ALBKRT , 9ÛUI id'lt

Déjà ma tante s'ennuyait de notre solitude.

M AR(.l H RI I K.

Depuis sil jours seulement qu'elle est | Il est vrai qu'elle n'a personne a aimer! . Mais je préférais être seule, mm!.. je pouvais) a vous en liberté, et j'espérais toujours qu'il drait un moment, comme aujourd'hui. «»" j'oserais vous parler, où vous m'adresseriez" quelque»

d'amitié, où j apprendrais pourquoi tous ne m'en adressiez plu*

ALBKRT. at'SM ton de ''proche amu

Enfant ' moi, je \euxque vous soyez heure que des plaisirs nouveaux vous entourent. Saveivous. Marguerite, que j'ai choisi pour vous hier i l'iris de jolies parures?

■AMI KRITE.

Moi qui ne songeais plus a ma toilette !.. Mais je m'en Occuperai pour tacher de vous paraître jolie!... Oh ' je n»1 dois pas | r'tre aujourd'hui ! j'ai veillé là toute cette nuit.

VI RIHT

Oh! pourquoi eeh '

M ARliL'KRITB.

Vous étiez parti sans rien me dire. Je ne savais ni où vous étiei, ni quand je vous reverrais... mais hier soir j'ai vu votre v.ilel de chambre. mieux instruit que moi. hélas! allumer du feu et veiller pour vous attendre : alors je suis restée ici dans ce salon que vous traversez pour rentrer chez vous... je voulais être la première i vous voir, et vous dire : Bonsoir, Albert' ... J'ai essayé de lire, d'écrire a Amélie, puis le sommeil OU venu!... bien lard!... car il y avait bien de» heuresque j'attendais... et j'avais fini par pleurer. ALBKRT. 'ii m sotte*?.

Chère Marguerite !

MARi.l KRITE.

Albert'

ALBERT, la repou%\ant et te c ml.

Je dois vous gronder d'exposer ainsi votre santé Soyezraisonnahle I lêlOl pâle... fil Allez prendre du repos.

MARGUERITE, qui a encore recuit. ■ :nnne-

ment.

Vous voulez que je m'éloigne?

ALBKRT

Je l*exlge.. pour vous, qui ira beooie devou»

reposer un peu avant qu'il vienne du monde.

MARt.l «RITE.

Vous l'ordonm

Al IKRT

Je vous en prie.

MARGl BRITB

l.h luen. je | >rux rien qi,

qui vous convient, A 1 1 » *■ r t

Al 1KBT

J'entends dej . quelqu'un

■AoeeniTti j, mil . | m oi ie*i e* . m

oh ! il liuira par me pardonner ,.,is rien mai* il ne peut avoir lOft. Un I

,/ruti.'.'- -ur.) A revoir. Albert, .v h. I van

me repOJOJ et me p.v ir vou«

MAGASIN THEATRAL

Ai.ratT.

Qu'elle est charmante !

JULES he beauséjour, dans la coulisse.

Bien... annoncez-moi.

ALBEnT.

Cette voix ne m'est pas inconnue.

UN no.MKSTiQCE, annonçant.

Monsieur Jules de Beauséjour.

ALBERT

Je m'étais trompé, je ne connais personne de ce nom, mais faites entrer.

Le domestique sort eu emportant la bougie qu'il a éteinte.

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