SCENE IV
USBEGK, lUGA.
RICA. Que dis-tu? Ibrahim, cet esclave grec?
uscECK. Il n'est plus.
RICA. 0 ciel, quel était donc son crime?
nsBiiCK. Le maitre l'avait condamné.
RICA. Et moi, Usbeck; moi, ton ami, s'il t'ordonnait ma mort?..
l'SBECK. J'obéirais.
RICA. Et si quelque jour il te demande ta tète?
isBECK. J'obéirais encore.
RICA. Dans le pays où nous sommes, Usbeck, on aurait jieinc à comprendre une pai cille soumission.
ISBECK. Ce sont des inlidèles qu'il faut plaindre, car ils ne sont point éclairés par les lumières du koran ; ils ne connaissent point la voix du prophète.
RICA. J'en couvions; mais ils écoutent quelquefois celle de l'amitié.
USBECK. Crois-tu donc que j'y sois insensible ? apprends que j'avais aussi des ordres pour toi.
RICA. Grand Dieu ! que dis-tu?
USBECK. Irma avait gagné l'esclave Ibrahim ; elle l'avait chargé de porter ce matin une lettre à un Franpiis, un jeune seigneur de ce pays; et quand elle lui a remis ce billet, tu élais là, tu l'as vue.
RICA. Moi!
USBECK. Et tu n'en as rien dit!
RICA. Etais-je donc obligé de les trahir, de les dénoncer?..
USBECK. N'était-ce pas ton devoir? n'est-ce i)as celui d'un esclave? L'arrêt allait être prononcé ; grlce à mes prières il a été suspendu; et c'est d'après la manière dont tu te conduiras aujourd'hui que notre maitre te fera éprouver sa justice ou sa clémence.
RICA, tremblant. Usbeck, que faut-il faire?
USBECK. Dans quehpies instants, et d'après le billet qu'on lui a laissé parvenir, ce jeune Français va se présenter a la porte du jardin.
: RICA. Eh bien!
USBECK. Eh bien ! tu le feras entrer, lu fermeras la porte sur lui, et alors...
RICA. 0 ciull faudrait-il le frapper?
USBECK. Non, mais on vient : j'ai mes instructions, et je te donnerai les tiennes.