ROGER, BAPTISTE
BAPTISTE, encore pâle et défait. Oui, beau-Irèrc; et c'est pour toi que je sors; car je ne me sens pas bien.
ROGER. Qu'as-tu donc?
BAPTISTE. J'ai, depuis hier, un frisson et des tremblements.
ROGER. C'est la peur qui t'a donné la fièvre.
BAPTISTE. C'est peut-être ça; mais, depuis hier, cette fièvre-là ne m'a pas quitté.
ROGER. Tu viens de chez le lieutenant de police? que t'a-t-il dit?
BAPTISTE. Rien, je ne l'ai pas vu.
BiiGER. 11 se pourrait! N'étions-nous pas convenus que tu courrais chez lui?
BAPTISTE. Oui, sans doute. Aussi j'ai été jusque dans la rue; mais là il m'est arrivé...
ROGER. Quelques cvenenicnts'? quelques nouvelles?
BAPTISTE» Non, des réflexions; dos réflexions ipie j'ai faites. . Vois-tu, Roger; ces superbes voitures qui nous ont conduits, ces deu.x bourses pleines d'or qu on nous a données, ces nombreux domestiques qui nous entouraient et qui étaient si insolents, tout cela prouve...
ROGER. Eh bien?
BAPTISTE. Tout cela prouve qu'ils appartiennent à quelque grand seigneur; nous autres gens du peuple nous n'avons pas besoin de nous mêler de tout cela.
ROGER. Y penses-tu?
BAPTISTE. Oui, sans doute. Il vaut mieux rester .-hez soi et ne pas se compromettre pour les autres. Raisonne un peu, et tu verras qu'un homme riche a toujours raison.
ROGER. Et pouniuoi? morbleu'..
BAPTISTE. Pourquoi! pourquoi! D'abord il a raison d'être riche... et toi, c'est un tort que tu as de n'être qu'un imbécile! qui veux te mêler de ce qui ne, te regard ■ pas.
ROGER. Tu veux donc que j'abandonne ce milheureux jeune homme?
RAPTisTE. Sois donc tranquille; je ne suis pas iiupiiet sur Sun compte. Autant que j'ai jm voir, c'est (juclqu'uii de dut ligue. Nous autres, quand nous sommes dans le danger, nous y restons; mais les gens comme il faut s'en tirent toujours.
ROGER. Et romment veux-tu qu'il se tire de li?
BAPTISTE. Bah! avec des protections... Et puis, apprends que ce matin, avant que j'ôtasso mon bandeau, l'un d'eux
ont
LE MAÇilN-
m'a dit à l'oreille : « Garde le silence, ou nous le retrouverons. » . ■ ' »
ROGER. Et à -moi aussi on m'en a dit autant, et ça m est
ô"ali
" BAPTISTE. Mais écoute donc. Tout à l'heure, au moment où j'allais entrer chez M. le lieutenant de police, j ai cru, dans la rue, en reconnaître un t\\<\ me suivait.
ROGER. Et tu ne lui as pas saule au collet ! tu net as pas arrèlé!
BAPTISTE. Au contraire, c'est ce qui m a fait sauver. ROGER. Dieu! si j'avais été là! Vois-tu, Baptiste, je ne peux pas vivre comme ça. Arrivera ce qu'il pourra, a moi ou aux miens, mais je le sauverai.
BAPTISTE. Est-il possible d'être égoïste à ce poiut-la.' ROGER. Je ne te compromettrai pas, je te le jure : mais cherche dans ta mémoire, cherche bien. N'auiais-lu pas vu ou entendu quelque chose qui pourrait nous mettre sur la voie?
BAPTISTE. Dans le trajet, j'avais comme toi les yeux tjundés, et dans celte grotte, lorsque ce diable d homme nous parlait, j'avais tellemen^peur que je ne l'entendais pas; mais ccpenilant si j'étais bien sur de ta discrétion, je pourrais te communiquer une découverte.
MOZR, lui sautant au cou. Ah! mon ami! mon sauveur! parle vite. , .
BAPTISTE. Eu dehors de cette grotte, où c'était deux fois jilus obscur depuis que nous avions muré toutes les portes, j'ai manqué de me laisser choir; et en me relevant à tâtons, j'ai senti sous ma main une espèce de poignard qui appartenait sans doute anï gens de la maison. ROGER. Aux gens de la maison!
BAPTISTE. Je l'ai glissé sous ma veste, (i roi'x basse.) et je l'ai là. , ,,
ROGER. Donne vite. {Regardant.) C'est la poignée d une épée. A quoi peut servir un pareil indice'? Que vois-je! un écusson! des armoiries! Je respire. Voici donc une lueur d'espérance.
BAPTISTE. Est-ce que tu sais quelque chose? ROGER, sor(aH(. Pas encore, mais je vais sur-le-champ. .. BAPTISTE, l'arrêtant. Et M. le lieutenant civil, dont tu dois ici attendre les ordres?
ROGER. C'est vrai. Eli bien! va toi-même, Ta vite chez un de nos voisins, un graveur qui demeure au coin du fauhourg; il saura peut-être à quelle famille, à quel seigneur ces armoiries peuvent aiipirlenir; et en se rendant chez lui, en le faisant arrêter sur-le-champ... BAPTISTE. Le l'aire arréterl y penses-tu? ROGER. Je m'en charge. Rends-loi seulement chez le gra\eur, c'est tout ce que je te dcm.aude; ça ue peut pas te compromettre. .
BAPTISTE Jusqu'à Un Certain point; aussi je ne lui dirai pas mon nom.
ROGER, le poussant. Fais comme tu voudras, mais va vite et reviens. (Baptiste sort par la porte du fond.)