‹ Pièces de théâtreChapitre 183 sur 575 · CICILV. Cola lie m'élonne pas · texte numérisé non relu

CICILV. Cola lie m'élonne pas

ttALEiGU. Sans doute, ce n'est pas là l'étonnant; mais le

voici : c'est qu'un malin Aniy Rûbsart disparut, et impossible lie savoir ce qu'elle est ilevcniie. ciciLY. Fil l'horreur! vuns l'.-wez enlevée! nALEiGH. Non, je te jure que ce n'est pas moi, je te le (lirais; mais toute sa famille en est persuadée, et son frcrc, car elle a un frère qui est dans les gardes rie la reine, vorrlait absolument que je lui déclarasse ori était sa sœirr, on ipre je me battisse avec lui. cii;iLV. Eli bien?

RAi.ErGU. Eh bien! il n'y avait pas à hésiter, vu que l'un m'était beaucoup plus facile que l'autre ; je me suis battu et l'ai blessé : ce qui ne lui a jias appris oii était sa sceur et ce qui m'a mis sur le compte une mauvaise affaire de plus; les Burleigh, les Sussex qui protègent la famille Kobsar!, m'ont dérroncé à la chambre éloilée comme un ravisseur, comme meurtrier, et j'allais être arrêté, si le iroble comte de Leicester, mon ami, mon protecteur-, n'eût embrassé ma défense.

ciciLY. Oh ! si le comte de Leicester est de vos amis... ne dit-on pas qu'il est roi d'Angleterre?

RALE\Ga, souriant. A peu près; aussi je suis trampiiUe ; cependant on m'a conseillé de m'éloigner jusqu'à ce que lilt arr-angé.

CICILY. Ce qui est très-désagréable.

BALEiGH. Sans doute! s'éloigner de la cour, même pour un jour, c'est tout perdre ; les rivaux sont là sur la même ligne, i^ui vous pressent, vous coudoient. Fait-on un pas en arrière, on seire les rangs, et la place est prise. Aussi, ilésolé de mon exii et courtisan en vacances, je voyageais à petites journées, lorsqu'à une lieue d'ici, à l'auberge de l'Ours Noir, où j'étais descendu, j'entends parler d'une dame inconnue, d'une beauté admirable, qu'un gcùlier ttri'ible tient renfermée dans un vieux donjon, et mille autres cboses plus merveilleuses; ma tête se monte, je laisse à l'auberge mon clieval et mon domestique, j'arrive ici à la nuit pleine, j'escalade un mur délabré, je me trouve dans un parc immense, et vis-i-vis une abbaye gothique, qui semble irrhabitée, car tout est exactement terme, si ce n'est une fenèlre basse qui me livre passage. Je m'avance avec précaution ; partout le plus gr-aud silence, nue obscurité complète ; et d'appartements en appartements, je suis arrivé jusqu'à celui-ci, sans rencontrer personne, et fort curieux de connaître le propriétaire et les habitants de ce mystérieux séiour.

cicii.ï. Eh bien! Milord, si vous voulez que ma fr-anchise égale la vôtre, je vous avouerai maintenant qu'on m'a proposé ciininante guinées pour entrer au service il'rrne jeune dame qui lialirle la campagne, à la seule coudilion de ne pas la quitter et de ne jamais sortir; au lieu de cinquante guinées on m'en a compté cent; nous n'avons voyagé que de nuit, nous sommes arrivés ici la nuit, et depuis cinq jours que j'habite ce château, vous êtes la première personne à qui j'aie jiu demander des renseignements.

RALEICH. Par saint George! tu t'adresses bien ; et tu ne connais pas le maître de cette vieille abbaye? crciLï. Je ne l'ai jamais vu.

RALEIGH. Mais au moirrs, ta maîtresse?

CICILY. Je ne sais pas son nom.

BALEiGB. D'accord, mais sa personne?

CICILY. La plus jolie et la plus gracieuse que l'on puisse voir! seize à dix-sept ans, si je ne me trompe, et je ne pense pas que, parmi loules les ladys do la cour d'Elisabeth, il y en art une seule qu'on puisse lui comparer.

KALEiGH, ni'cc joie. Admirable! et la pauvre petite est bien triste, bierr aûligée?

CICILY. C'est la plus heureuse des femmes, elle est dans une ivi-esse coutinuelle, ilepuis ce matin, surtout; dans ce moment, elle est devant une glace à admii'erses points de W'nise et ses diamants!

haleigh. Diable! voilà qui confond toutes mes idées, moi qui me figurais et comptais sur une victime; je donner'ais tout au momie pour l'entrevoir!

ciciLV, regardant à gauche. Tenei, tencï, Milord, la

voilà ipii traverse la gr-ando galer.o; et par cette fenêtre,

vous jiourroz, sans élro vu... ne vousniontr-ez pas surtout.

RALEiGii. Mais, en elfel... {Us regardent tous les deux

par la fenêtre.)

DUO

La voyez-vous?

RALEICQ.

Taille charmante!

CICILT.

Parlez jilus bas.

RALEIGH

Grâce touchante!

CICILY.

Et celte main?

DALEIGU.

Quelle blancheur!

CICILY.

Dans tous ses traits...

RALEIGH

Que de fraicliour!

ENSEURLE.

Chut! chut! elle s'avarrce.

Chut! cbut! faisons silence.

RALErCH.

Je la vois mieux. Quel doux regarvl!

lÀparl.) Mais, grand Dieu! quelle ressemblance!

C'est elle... c'est Amy Uobsart.

(/( redescend le théâtre très-agitc.)

ENSEMBLE

RALEiGu, à part.

Quelle smprisc evtrême!

En rroiraije mes yeux?

Ah! pour celui qui l'aime Quel spectacle f.'icheux!

CICILY, à pari.

Pourquoi ce trouble extrême Qui se peint dans ses yeux?

Je vois déjà qu'il aimo Cet objet merveilleux.

RALErGu, à part.

M'ètr'e battu pour elle.

Tandis que la cruelle...

Ah; le trait est piqirant!..

h ais quel est cet amant?

Tant de magnificence Et ce mystère... et C3 silence...

{Haut, à Cicily.) Apprends-moi tout, je suis discret.

cicrLY.

Hélas! que puis-je vous apprendre?

RALEIGU.

Près de ta maîtresse en secret Chaque jour quelqu'un doit se rendre?

ClCILY.

Oui, tons les jours quelques courriers, Sur de magnifiques coursiers...

Viennent pour lui i-emetli'e Des présents, une lettre.

RALEIGH, vicemenl.

Et leur livrée?

CICILY.

Ils n'en ont pas.

RALEIGU.

Tout redouble mon embarras !

D'ori viennent-ils?

CICILY.

Mais, je l'ignore.

RALEIGU.

Qire ilisent-ils?

CICILY.

Pas un seul inol.

RALEIGU.

Ils arrivent?..

El reiiartenl?..

Avant l'aurore.

RALEIGU.

CICILY.

Tout aussilùt.

ENSEMBLE

{A part.) Je n'y puis rien comprendre J 0 mystère maudit,..

LEIGESTER.

Mais je veui tout apprendre, Ou j'eu perdrai l'esprit.

BALEIGH.

Allons, allons, ma clii lo.

Ne sais-tu rien de plus?

CICILT.

Je ne saurais me taire...

Un de ces inconnus .\ ma belle maîtresse Apporta ce matin Ce cotTret, cet écrin.

(Ulle le montre sur un guniJon.) V'oyei quelle richesse !

Il contenait Certain billet Qu'elle lisait Avec ivresse.

HAi EIGB, sautant sur h cnffrct.

Ah! Tojous vite...

(H l'ouvre.)

Des brillants!

Des bagues et des diamants !

RALEIUH.

Une couronne de comtesse!

CICILY.

Et des perles!., quelle richesse!

KALEiftH, tirant un papier.

Ce papier... lisons... A ce soir!

C'est laconique... à ce soir!

Voila tout... .1 ce soir!

RALElUll.

Moibleu! je no puis rien savoir ..

Eh! mais, pourtant cette écriture...

Elle ressemble... je le jure...

Oui... ces armes sur ce eoffret.

Et ce chifl're sur le cachet, Juste ciel! c'est lui... c'est lui-même.

CICILT.

Vous connaissez celui qu'elle aime?

iiALEiGH, troublé.

Non, non...

CICILY.

Eh quoi !

RALEiGH, refermant tout.

Tais-loi... tais-toi!

CICILY.

Eh! mais, Milord...

RALEIGH

Silence!

(À part.) Compromettre son nom.

Son rang et sa puis-ance!

CICILY.

Mais, dites-moi...

rAleigu, de même.

Non, non Je 110 sais rien... il faut te taire, lledciiible de soins, de mjslêr.'.

Ne laisse entrer personne ici.

Allons! lui qui s'en mêle au.^^i.

RALEIGH

Je sors, adieu... sonp;e à te taire.

ENSEMBLE

RALEIGH, à part.

0 fimeste mj tère !

Quels coups inattendus!

(A Cicily.)

Adieu, sonçe à te taire,

Ou nous sommes perdu».

CICILY, à pan.

Oh! le maudit mjsteie!

Je n'y résiste plus;

Comment! il faut me liire,

Ou nous sommes penliHÏ (Raleiyh sort vivement oar la droite.)

SCRNE III.

CICILY, seule. Me taire! me taire! sans doute je me tairai ; m.iis je voudrai.-; au moins avoir ipielipie mérita- .i cela; voyez un peu l'ingratitude, c'e.st moi qui lui ai tout aiqiris, et je ne sais rien; mais cela ne peut pas durer ainsi, et quoique ma condition suit excellente, il faut que je |iarlc à ma maîtresse, j'aime mieux qu'on me diiniiuie mes ;gniointements et qu'on me mette au fait; vrai, ça influe sur ma santé... Ah! mon Dieu! cette porte que je ne conoaissais pas et qui vient de s'ouvrir...

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