‹ Pièces de théâtreChapitre 188 sur 575 · LEICESTER, RALEIGH · texte numérisé non relu

LEICESTER, RALEIGH

LEiCESTEB. Quoi! Elisabeth se rend demain à Kcnilworlh, et aussi publiquement, avec toute sa cour et sans m'en avoir parlé'' quel peut être son dessein'?

BALEiGH. Je l'iguore; mais vous ne craignez point de fournir des armes" il vos ennemis, d'exciter les soupçons d'une reine inquiète et défiante, et pour ilui'? pour Amy Robsart, pour la fille d'un vieux gentilhomme inconnu. Je sais que vous allez me vanter sa grâce, ses attraits; à Dieu ne plaise que je nie le pouvoir de ses charmes ; je l'ai trop bien éprouvé. Je l'aimais, je l'adorais avant vous, Milord; mais quand j'aurais dii être amant aussi heureux que j'en ai été maltraité, jamais l'amour ne m'eût fait dévier de la route que je me suis tracée; de ce sentier que mille obstacles environnent, mais au delà duquel sont la gloire et les honneurs; c'est la que tendent mes vœux et j'y parviendrai avec vous ou sans vous...

LEicESTi-n. Raleighl

RAi.EiGii. Oni,lIilora,il faut choisir entre vos amis et une maîtresse: entre Amy Robsart et laeouronne d'Angleterre.

LEiCESTEU. Renoncer! jamais. Amy Robsart ï reçu ma foi ! elle est comtesse de Leicester.

n.vLEiGH. 0 ciel! qu'avez-vous fait? et quelles seront les suites de cette fatale résolution!

LEICESTER Ma disgràceet monbonheur pcut-ètre. (Montrant les ordres et les chaînes d'or qui sont sur sa poitrine.) Si vous saviez à quel point ces chaînes me semblent pesantes, ut comljien de fois j'ai juré de les briser...

K.4LEIGI1. Le bonheur, le repos... vous vous trompez, Milord, il n'en est point pour un courtisan disgracié. Je suppose que votre mariage soit déclaré; je ne vous parle pas du triomphe de vos adversaires, des sarcasmes des courtisans, mais croyez-vous qu'on vous laisse goilter en paix les charmes de cette glorieuse retraite, croyez-vous que le ressentiment d'Elisabeth... elle est fille d'Henri VIII et ne sait point oublier un outrage.

LEICESTER. Eh bien! Raleigh,queferiez-vous àmaplace?

RALEiGH. Pourquoi déclarer ce mariage? le secret en a été gardé et peut l'être encore.

LEICESTER. Mais l'arrivée de la reine ..

BALEion. Eh bien! il faut éloigner la comtesse.

LEICESTER. Sans doute, il faut qu'elle [larle; mais .'i qui la confier, qui l'accompagnera dans sa fuite?

RALEiGU. Votre seigneurie connaît mon dévouemeut, cl si j'osais me proposer pour être le chevalier de la comtesse..

LEICESTER. Vous, Raleigh ? certainement je vous suis obligé; mais je ne sais iiourquoi j'aimerais mieux voir ma femme en d'autres mains que les vôtres.

RALEIGH. Milord, vous me faites injure.

LEICESTER. Il me semble, au coutraire, i|ue je vous fais honneur, car c'en est un que de vons craindre.

ROBSAnT, en dehors. Puisqu'il n'est pas parti , je veux le voir.

RALEIGU. Quelle est cette voix?

LEICESTER, vivement. Celle d'un vieillard, d'un aniiin militaire, à qui j'ai donné cette nuit rUospitulité.... Le vuiei! silence.

SCli.NE IX,

Les PRECEDENTS, RltBSAUT.

RODSAKT. Daignez, Milord, recevoir mes adieux. {.Montrant Italei'ih.j Co uohle seigneur u'cst-il pas le maître ilu château ?

LEICESTER. Lui-même

nOBSABT. Je n'ai point voulu me mettre en route, sans vous faire mes remerciments, et plai.se au ciel que je sois bienlAl à même de vous prouver ma reconnaissance.

LEICESTER, o Rakinh. Eh! m.iis,altendiz... Un vieillard plein d'honneur, et qui s'est dévoué... s'il voulait escorter la comtesse?

RALEIGH, bas. Vous croyez?

LEICESTER, bas. Je ne pouvais mieux choisir; proposezlui, et en votre nom.

BALBiGH,/iaMt. Quel est, Monsieur,lebutde votre voyage?

ROBSART. Je me rendais à Londres pour une maudite affaire; mais ce n'est pas le moment de vous en parler.

RALEIGH, bas, à Leicester. Londres? cela vous convient-il?

LEICESTER, bas. Trcs-bieu.

RALEIGH, /in»f. Ah! vous allez à Londres? c'est une rencontre fort heureuse, ot j'accepterai avec plaisir les offres de service que vous faisiez tout à l'heure. Une jeune dame de... {Bus, à Leicester.) Quelle qualité?

LEICESTER, de même. De vos parentes.

RALEIGH. Une jeunf dame de mes parentes était sur le pointd'eutreprendreee voyage avec .safemme de chambre; mais vous sentez que deux femmes seules eu voiture, tandis que vous qui êtes a cheval, si vous daigniez les escoiter. ..

ROBSART. Disposez de moi : trop heureux do pouvoir m'acquilter envers vous.

RALEIGH. Je vous remercie. {Bas, à Leicester.) U accepte.

LEICESTER, de même. A merveille. (rirnn(d«» tablettes de sa poche.! Un mot va prévenir Amy de mes intenUons.

RALEIGH, fi Rohsart pendant que Leicester écrit. Je vuus deiu.inde mille pardons; ce sont quelques all'iiros ([ue nous terminons.

BOBSABT. souriant. A votre aise, ne vous gênez pas.

LEICESTER, bas, àRali'iijh, en écrivant toujours. J'aurai ensuite besoin do vous .à Kenilworth.

RALEIGH V pensei-vous'? la cour y sera, et je n'oserai m'y présenter.

LEICESTER. Vous le pouvez. Sussex a entendu raison, et votre all'airc est arrangée; la reine n'en a même pas en connaissance [Lui viontrant le billet qu'il vient d'écrire.) Je n'ose voir la comtesse; car elle voudrait me retenir sans doute, et il faut ipie je parte à ruisLint pour Lcmington. où je crains d'arriver trop tard. Hola! quelqu'un! Cicily!

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