ÉLIS.\BETH, RALEIGH
RALEIGH, à part. Par s.alnt George! je voudrais élre loin d'ici,
ELISABETH. Avez-vous ex6cut<î, Monsieur, les ordres que je vous avais donnés'? Ou est votre femme'?
RALEIGH; embarrassé. Ma femme'?
ELISABETH. Oui, Aiiiy Uobsart, votre feinnie. Pourquoi no me l'avez-vous pas présentée'?
RALEIGH. J'avouerai à Votre Majesté ce (|ue déjà elle sait, s.ins doute; je ne suis pas marié; j'ai mérité toule sa colère.
ELISABETH. Et en quoi, s'il vons jilall, vouliz-vous que celle nouvelle excite ma colère. De|inis (|uaiid l'union de sir W.iltcr Raleigh est-elle devenue une alfaire d'Eial'? et ipie me fait après tout, que vous ou Robert Dudley, ayez e|iousé .\niy Robsart?
RALEIGH. Je sais. Madame, que tout cela importe fort peu à Votre M.ijesté. (A part.) Je suis sauvé.
ELISABETH. Ce qui m'importe. Monsieur, c'est ipic les lois soient exécutées. De nouveaux renseiguomenls me sont parvenus sur l'alfaire de ce matin, cl je nous trouve bien hardi d'avoir lait arréler sir Hugues Robsart, d'avoir osé, sans un ordre de moi ou d'un niinisU'U, altcnler à la libellé d'un de mes sujets : voilii le seul crime ipii excite ma colère, et pour lequel j'ai ordonne qu'on vous mit en accusation.
RALEIGH, (i part. J'entends ; je suis perdu ! mais je n'.iulais jamais cru que mon crime me viendrait delà, [Haut ) Je ne prétends pas nier ma faulo; mais il me sembla;! que ce malin Votre Majesté avait daigné l'excuser.
ELISABETH. Vous aviez eu soin d'en cacher les détails, et c'e-t de vous <\u; je veux les connaître. Je veux savoir comment tout cela se trouve mêlé au maiiage de Robert Dudley. Comment a-t-il connu Amy Robsart'? Comment r,i-t-il aimée'? car il l'aimait, sans doute, et depuis luiiglemps'? Kh bien! parlerez vous?
RALEIGH, Je suis bien malheureux, Madame, de ne pouvoir donner cette satisfaction à Voire Majesté; je ne connais aucune circonstance de ce mariage; c'est aujourd'hui
LEICESTER
(]iie je l'ai appris pour la première fois; et vous jugerei combien cette découverte me fut ptuiblo, quand vous saurez. Madame, que j'adorais Amy Robsart, et que je me voyais trahi par elle. L'amitié que je portiiis au comte de Leicester,larecounaissance que je lui devais, out pu seules me décider à seconder son slralagème.
ELISABETH Q.ioi! VOUS aimicz?. .
RALEiGH. Je l'aime encore, Madame; et pour vous dire à qufl point je suis malheureux, j'ai vu sans effroi la colère de Voire Majesté. Ali .' si vous saviez quel chagrin profond, quels regrets déchirants, de voir l'objet que l'on aimait indigne de notre amour.'
ELISABETH. Ah! que vous devez souffrir! vous aimiez, et vous fûtes trahi! et pour qui, pour Loicester! rassurezvous, Raleigh, vous serez venge, et bientôt voire indigne rival, perdant à la fois et l'honneur et la vie...
RALEIGH. 0 ciel! que dites-vous'? je ne puis le croire encore, et ce n'est pas là l'intention de Votre Majesté ?
ELISABETH. Raleigh!
RALEIGH. Je suis indigne du pardon, je le sais, j'ai déjà mérité votre ressentiment; eh bien ! j'oserai encore porter plus loin l'audace, j'oserai donner un conseil à Votre Majesté; oui, MadauK', vous ordonnerez de mon sort, mais daignez auparavant écouter la voix d'un sujet fidèle qui ne veut que votre gloire et votre bonheur. Que prouverait le châtiment de Leicester? qu'il était aimé. .\h! ne souffrez pas, Madame, qu'il emporte avec lui un sigraud homieur.
ROMANCE
PREMIER COll'LEI.
Du seul instant, 6 ma noble maîtresse.
De ton sujet daigne écouter la voix.
L'Europe entière admirant ta sagesse.
Déjà te place au-di.ssus de ses rois.
Ah! sois par ta clémence
Digne de ce haut rang.
Un grand roi qu'on olfLUsa
Se venge en pardonnant.
ENSEMBLE
ELISABETH
J'hésite, je balance.
Quel trouble agite ma raison!
RALEIGH
La plus douce vengeance Est moins douce que le pardon.
RALEIGH
DEUXIÈME COUPLET
Ton sceptre seul n'est pas ce qu'on adore; Et si le ciel t'enlevait tes Etats, Par ta beauté tu régnerais encore.
Qui l'oublia ne le méritait pas.
Que ton indifférence
Soit son seul châtiment;
L'amour que l'on olfense
Se venge en pardonnant.
ENSEMBLE
ELISABETH
J'hésite et je balance; Quel trouble agile ma raison !
RALEIGH
La plus douce vengeance Ne vaut pas un pardon.
ELISABETH. Il Suffit Raleigh, restez prés de nous. On vient ; que l'entrelieu que nous venons d'avoir demeure à jamais secret.
RALEica Votre Majesté sera obéie.
SCKNE VU.
Les précédents; SHREWSBURY, LEICESTER, sans épée, SIR HUGUES, AMY, Dames de la colb.
ELISABETH, sons Séférité. Je vois, milord Shrewsbury, que mes ordres ne sont point encore exécutes.
SHREWSBURY. Le comté de Leicester a demandé lui-même à éfre ( onduit devant Votre Majesté, et j'ai pensé. Madame, qu'il était convenable...
ELISABETH, d'uii air gracieux. Vous avez très-bien fait, nous n'avons rien a refuser au comte de Leicester; il y a longtemps que son dévouement, sa loyauté, sa franchise, ont inérilé notre ro.^ale protection, et c'est devant toute notre cour rassemblée, devant tout ce que l'Angleterre a déplus illustre, que nous voulons lui en donner une nouvelle preuve.
LEICESTER, à pari. Grand Dieu! quel est sou dessein'?
ELIBABETU. Des raisons de politicpie et de convenance nous avaient obligée jusqu'ici, à tenir secrète une alliance que rien, mainlenant, ne nous empêche de faire connaitre ; nous sommes donc venue avec notre cour à Kenilworlh, pour unir uous-même le comte de Leicester à la fille de sir Hugues Robsart.
LEICESTER. Qu'eufends-je !
ROBSART. Est-il possible!
AMV. Quoi! Madame, Votre Majesté daignerait...
ELis.tBtTH. Relevez-vous, ma fille, relevez-vous, comtesse de Leicester. Eh bien! Milord, tout est-il prêt, et pouvons-nous jKisser dans la salle du bal?
SHREWSBLRT. Oïl n'atleud que les ordres de votre Majesté.
ELISABETH. Raleigh, vous me donnerez la main. {Au moment où il la lui présente.) Eh bien! mon conseiller, êtesvous content'?
RALEIGH. Notre souveraine est encore la sage Elisabeth, ses sujets ne peuvent plus qu'admirer.
ELISABETH. Je ciois que vous aviez raison ; le trouble, remb.irrasoii je les vois tous, me causent une satisfaction qui fait oublier ma colère; et vous, Raleigh?
RALEIGH. Je ne suis pas aussi généreux que Votre Majesté, (Froidement.) in suis toujours furieux.
ELISABETH. Vraiment! vous verrez que c'est mol qui, à mon tour, serai obligée de vous donner des conseils; en conscience, je vous les dois, et je vous les promets.
SHREwsBi'Ry, à Leicester. .\llous, voilà Raleigh en faveur, et il est homme à en profiter.
LEICESTER. Je le pense comme vous, et je l'en félicite.
ELISABETH. Allons, Messieurs, partons, et hàtons-nous de profiter des réjonissauees de Kenilworlh ; demain matin, nous retournerons a Londres. Je n'exige point que vous me suiviez, Leicester, il est juste d'accorder quelque chose à un nouveau marié, et nous vous permettous de rester à Kenilworth. Vous, Raleigh, je ne vous y laisserai point; (Regardant Amy.) l'air qu'on y respire ne vous vaudrait rien; vous nous servirez à nous et à ces dames. {Raleigh s'incline, et offre sa main à la reine qui l'accepte et gui sort, ainsi que toute sa suite )
AMY. Ah I mon ami, que je suis heureuse! et que de plaisir je me promets à ce bal! venez. Eh bien! qu'avezvous doue' vous ne m'entendez pas'?
LEICESTER, qui jusquc-là était resté dins une rèrerie profonde, revenu à lui-même, présente la main à sa femme. À part, et comme faisant une réflexion. Roi d',Vngleterie!..(//doiuie la ynain à .imyet toute la cour sort par la galerie du fond, pendant tecltœur suiiant.)
CHŒUR
D'Elisabeth chaulons la gloire ; Et nous, ses heureux siijels, Conservons toujours la mémoire De ses vertus, de ses bienfaits.
FIN bE LTICESTER.