‹ Pièces de théâtreChapitre 22 sur 575 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LESTOCQ, assis près dé la table à droite et dessinant à laplume; ELISABETH, qui a reconduit Euloxie , redescend le théâtre et s'apprgche de Lestocq.

ÉLisABEin. Il y avait longtemps que je n'avais eu de matinée aussi occupée ; tant d'affaires à la l'ois me fatiguent, et je suis sûre, docteur, que vous êtes inquiet sur ma santé; c'est pour cela sans douta que vous voulez... Ah! vous dessuiez.

LESTOCQ. En attendant audience.

ELISABETH , regardant par-dessus son éfiaule. Mais c'est fort bien ce que je vois là ; un trône d'un cilté , uu tr^ne superbe, et de Vnulra... [Poussant un cri.) Ah! mon Dieu ' quelle horreur ! un échafaud !

LESTOCQ, lui montrant froidement le papier. Choisissez ! car maintenant. Madame, il ne vous reste plus d'autre allerualive que l'uu ou l'autre.

ÉLisADtTU, effrayée. Qu'est'CO que cela signifie, et que voulez-vous dire'?

LESTOCQ. Que Je n'ai pas tenu compte d'un refus qui vous perdait et nous aussi. J'ai agi en votre uom.j'a rassemblé, j'ai armé vos amis, toujours eu votre nnm,car je leur ai répondu de vous.

ELis.vOETU. Sans mon ateu, sans mon conscntcniM.t!

LESTOCQ. J'étais sUr que vous le donneriez quand vous sauriez qu'en ce moment votre perte est cei laine. Apprelici que depuis longteni|is toutes vos démarches sont surveillées, que moi-même j'ai été |ilaeéprès de vous jiour épier vos actions et. en rendre compte, et ((u'enriii dausce conseil où se rend Golofkin, ou va décider de votre liberlé ou de vos jours.

ULisABETU. Quand je prouverai c[U0 je ne suis point coupable...

LESTOCQ. Vous l'ÙlCS.

EUSABtiu. Et comment, s'il vous plaît'?

LESTOCQ. Par les droits seuls que vous avez au trêno : c'est là un crime qui ne se pardoniio pas, et dont il faut vous punir.; je le ferais à leur place. Oui, Madame, ils vous condamnefoni, que vcius ajez ou non pris part à nos projets, vous voyez bien que vous ne iisipi;z rien à conspirer; au contra rc.

tLisABEin. Moi! y pensez-vous? des complots, des tourments, des angoisses, du sang à répandre peut-éire, et j'en serais cause! oh! n«n , je ne le veu.\ pas! Je hsais encore hier l'histoire de Marie Sluart. Songez donc, docteur, une prison, des juges, un arrêt; c'est afrrcu\! et c'est comme cela que finissent toutes U'8 consiiiralions.

LESTOCQ. Quand on ne réussit pas ! mais nous réussirons. Jamais l'instant ne fut plus favorable : le peuple est las de la régence et las d'être gouverné au nom d'un enfant, il murmure, il vous appelle; le régiment de Novogorod est pour vous, et n'attend pour se soulever qu'un ordre, une proclamation d'Élisibcth... {Geste d'Elisabeth.) Rassurez-vous, je l'apporte! vous n'aurez qu'a la signer; restent donc les grenadiers Préobaenski. Ce soir, nous nous rendrons à leur caserne, vous vous montrerez, je parlerai , je leur dirai : Voici la fille de Pierre le Grand; ils répondront : Vive l'imperalriee, et demain Votre Majesté est sur le trêne; signez! {Il lui présente le papier.)

ELISABETH. Non! uou ! cent fois non ! vous réussiriez que je n'accepterais point le trône, je n'eu vcu5 pas ; j'ai d'autres pensées, d'autres di'Sirs; un seul du moins qui remplit mon cœur et sufDt au bonheur de mi vie. Il est un secret que je vouliis cacher au monde entier, même à «vous, mon con&deut et mon fidèle nmi ; mais puis(|u'il faut vous l'avouer, sachez qu'il est quelqu'un que je préléie à tout, que j'aime...

LESTOCQ. 0 ciel!

ELiSABtTU. Je maudissais déjà le rang qui nous séparait; et quand je voudrais pouvoir descendre jusqu'à lui, vous me parlez d'un trône qui m'en éloigne encore plus!

LESTOCQ, à part. Malédiction ! si je m'attendais à celuilà .. {Haut.} Et connaît-il cet amour!

ELISABETH. Il ne s'cu doute uiêm.' pas! le voir! l'aimer sans le lui dire est déjà uu si grand bonheur ; de là vient ce brusque départ, 'celte arrivée à Saiut-Pélersbourg qui a trompé tout le' monde, vous le premier; c'êtaitpour le rejoindre !

LESTOCQ. Qu3 dites-vous ?

ELISABETH. Silencel

SCE.Nt; V.

Les PRECEDENTS, DI.MITHI.

TRIO

tESTOCQ, regardant Elisabeth avec étonnement, Il'iin Ironlile iiieuunu Son eixur est ému.

Pùuniuoi , PrOs de moi.

Cet effroi?

Elle a tressailli, Sou front a pilj :, Vo\ons, observons tout d'Ici.

ELISABETH, regardant Dimitri, D'u;i trouble inconnu Mon rœur est ému; Je tremble malgré moi D'cflVoi.

Au\ jeux d'un ami, Cachons au oiird'hui Un Si.nlinient dont je rougi, DiMiTKi, <cH(i;i( (( la main un album tur lequel il dessine et regiirdunt l'appartement de madame G olofkin. A mon rieur ému L'espoir est rendu.

L'amour veille sur moi , Je crui.

Oui, j'espère ainsi , Pendant l'absence du mari... ^ {S'apprurhant ilEUiabetlQ Voici, .Midaine, a vos or.Ircs soumis. Ces costumes nouveaux ..

LE6T0CQ.

ÉUSABETU, cherchant sous un air enjoué à cacher son trouble aux yeux de Lestocq , qui l'examine. Que ■vous avez choisis Et copiés.

DIMITBI.

Pour votre altesse.

ÈLisADUTii, toujours de même.

C'est bien... et cet autre dessin...

DIMITIII.

Est [lour madame Golofllin , A qui je v.iis le porter... [A pari.) Quelle ivresse!

ENSEMBLE

LESTOCQ

D'un trouble inconnu , etc.

ÉLISABtln.

D'un trouble inconnu, etc.

DlUITRl.

A mon cœur ému, etc.

ELISABETH, examinant le dessin.

Oui, ce costume de bergère Est assez gracieux, qu'en pensez-vous, docteur?

Il me 1 arait charmant, puisqu'il a su vous plaire.

ELISABETH

Et vous croyez qu'il m'ira bien?

DIMITBI.

D'bonneur, Votre allrsse en doit être une fois plus jolie, '

Si du moins c'est possible...

ELISABETH

Ah! c'est bien, je le prends.

DIMITBI.

Mais, pardon... l'on m'attend.

ELISABETH

Faites, je vous en prie.

DIMITBI, à part.

Ml ! courons et sachons profiter des instants.

0 ENSEMBLE

LESTOCQ

D'un trouble inconnu, etc.

ELISABETH

D'un trouble inconnu, etc.

DIMITBI.

D'un trouble inconnu, etc.

(Dimitri salue respectueusement Elisabeth, et sort par la porte à gauche.)

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