SCÈNE PREMIERE
PAULINE, «u/e, assise près d'une table et rêvant; ensuite SÉVÈRE. .
PAULINE
Dieux immortels, témoins de mes justes alarmes
Jo confie à vous seuls mes tourments et mes larme?
iUoignez cle mon cœur un fatal souvenir
pont mon boiineur s'imii-ne et que je veux bannir
{Se retournant et apercevant Sévère qui vient d'entrer
dans son appartement et gui s'arrête près délie ) Ab!.. qui vou. a peiuiùsde franchir cette enceinte'/
SEVERE
Qui iierdit tout espoir ne connaît plus la crainte Je sais tout!., oui, je sais quel destin rigoureux, 1 aiiline, ta lureée à subir d'autres nœuds!
,, PAULINE
L éiioux que j'ai choisi méritait ma tendresse .. Je 1 aime!...
SÉVÈRE
Par pitié, laissé-moi rignoror !
LTlsse-moi d'oirc encore, avuul ijue J'o\iii vr. Que la mort seule, et uon l'oubli de tu liromcssc. Aura pu nous séparer.
DUO. En loucliaut à ce rivage.
Tout semblait m'offi-ir l'imaga D'un jour pur et sans nuage.
Doux présage Du bonheur!
SouJiiiu gronde le tonnerre Qui dissipe une erreur si chère, Et je reste sur la terre, Seul, eu proie à ma douleur!
PAULINE, à part.
Souvenir cruel et tendre Que sa voix vient de me rendre!
Malgré moi je crains d'enten Ire Et de plaindre ses tourments!
Du passé craignons les charmes.
Dieux témoins de mes alarmes, A ses yeux cachez mes larmes Et le trouble de mes sens.
{S'aifressant à Sévère qui s'avance vers c//e. Quel était votre espoir?
SEVERE
Un seul!., de te revoir!
PAULINE
Tais-toi!., le châtiment Tous les deux nous attend, Toi, si tu parles!., moi, si j'écoute!.. Va-l'en!
SEVÉnE.
Quoi! te quitter encore!
PAULINE
Tu le dois !
SÉVÈRE
Je ne peux.
Mais toi, ton ciTur ignçrc Et l'amour et ses feuj.!
Si Dieu te laissait maiire De lire dans ce cœur.
Tu n'oserais peut-être L'accuser!
SÉVÈRE, oi-ec joie.
0 bonheur!
PAULINE
Qu'ai-je dit?., trouble extrême!
SÉVÈRE
0 moment enchanteur!
PAULINE
Je m'abuse moi-même!..
SEVERE
Laisse-moi mon erreur.
Doux rcve-de bonheur!
1 PAULINE
Ne vois-tu pas qu'hélas ! mon cœur
Succombe et cède il sa douleur?
Mais, par amour ou par pitié.
Que cet aveu soit oublié !
'Laisse à mon àme un seul espoir,
Le sentiment de son devoir !
Que mou courage et mes ellorts,
Du moins, m'épargnent les remords!..
Pour expirer c'est désormais
Assez de mes regrets!
Va-t'en ! va-t'en, et pour jamais !
SEVERE
Ne Tois-tu pas que ta rigueur Déchire et brise, hélas! mo;i ci.iiur?
Ainsi, toujours ut sans pitié, Tuut mon amour est oublié, Et je n'ai jilus même l'espoir De te parler, de te revoir '.
Mais tu le \(iux, il faut encor, El loin de toi, chercher la mort!
Pour la Irouvur, c'est désormais
Assez de mes regrets.' Adieu, je pars, et pour jamaiî !
Adieu, pour jamais !
Puisse le ciel, content des maux qu'il me destine. Combler de joms heureux Poljeiicle et Pauline '.
PAULINE
Puisse trouver Sévère, après tant de malheur. Une félicité digne de sa valeur!
SEVERE
Il la trouvait en lui!
PAULINE
Je dépendais d'un père!
SEVERE
Devoir qui fait ma perte et qui me désespère!
Va-t'en! va-t'en! mon triste cœur Succombe et cède à sa deuienr!
Oui, par tendresse ou par pitié.
Que mon amour soit oublié !
Etc., etc.
SÉVÈRE
Oui, loin de toi mon triste creur
Succombe et cède à sa douleur!
.^iiisi, tou'ours et sans pitié.
Tout mou amour est oublié!
Etc., etc.
[A la fin (le ce duo, Sévère sort par la porte à droite. — Pauline tombe anéantie sur son fauteuil, et se relève vivement, au moment où l'olycucte entre en rêvant par la porte à riauclie.)
SCÉ.NE II.
PAULINE, POLVELGTE.
PAULINE
C'est Polyeucte!.. mon époux!
POLVEUCTE, se parlant à lui-même.
Coup:djle erreur ! mensonge insigne Dont ma raison murmure et dont mon cœur s'intUgne!
PAULINE
D'où viennent cet air sombre et ce secret courroux?
POLVEUCTE,
Pour fêter lUgnement ce proconsul barbare. Un pompeux sacrifice au temple se prépare.
Mon père me l'a dit!., nous y paraîtrons tous! Ne m'y suivrei-vous pas?
POLTEUCTE.
Moi! que je sacrifie Aux faux dieux encensés p.'ir votre idolâtrie!.. Moi qui suis de la croix l'étendard triomphant!
PAULI.NE
.\h! je vous le demande!
POLTEUCTE
Et Dieu me le défend !
PAULINE
Si vous m'aimiez, cruel!..
POLYEUCIE.
AIR
Si je t'aimais!., je t'aime.
Moins peut-être que Dieu, mais bien plus que moi-même. Mon seul trésor, mon bien suprême.
Tu m'es plus clicre que moi-même.
Et Dieu seul partage avec toi ilon amour et ma loi !
Mais paraître à ce temple où vous allez courir! C'est servir les faux dieux... les tiens!., plutôt mourir! Tuideures... ah! pardon. . hélas! j'avais des armes
Contre la mort... mais non contre les larmes! El ce cœur insensible aux glaives des bourreaux, El s'cmcul et se brise, entendant tes sanglots!
Tu lu vois, je t'aime Peut-être autant que Dieu, mais bien plus que moi-même. Calme tes pleurs, mon bien suiuêmc, Je cède à les larmes!.. Je t';iime !
El Dieu seul partage avec toi Mou amour et ma foi !
scÈ.\t; III.