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SCÈNE PREMIÈRE

SUZETTE, occupée à tmvaill'r frès de lu table, â ilrniU'; PINGIION, parlant à la cantonade.

piNniuji. Soyez donc traiiqiiilliî, cousin, .je ne réveillrrai personne, et .j'atti'iiilnii qn'on soit lové. (Entrant tt apercevant Suzelte.) lîh! «in'est-ce que me disait donc Berli'and, mon cousin, que tout le inonde

lAGNÏ — Imprimcrio de ViAiAT et Cie. — IV° 4 —

IS

LE MAIUAGE DE RAISON

dormait au cli;iti>aii? voilà mailcniolscllc Suzcltc qui csl (ir-jii sur |iii;'il.

srzKTTE. C't'st luoiisiciu' Piiiclioii, Ic foriiiicrdc M. lo comte.

pi^ciioN. Kliîooi, vraiment. .\ujom'iriiiii, à cinq hnures du matin, moi et ma t'iMUiiio, madame Pinclion, nous étions liors du lit, parce qn'à la ferme 0:1 dort au-?i bien qu'au ehàte.ui; mais r<in doi't jiUis vite, cxceiité le dimanelie; car on fait s m diniauclie. Mais pardon, mademoiselle Snzette, ce sont l'i des détails de ménage. Ma peli:e femme ni'adit comme ça : « Pinclion, je vaisau marché, où tn viendras me rejoindre. Toi, pendant ce tempi-là, va compter avec M. le comte, et lui porter le piiï de .t.'s fermai,'es; » car, afin que vous le sachiez, c'eslaujonrii'luii la Tonssaint.

sizETTR. Oh! l'on sait conihicn vous êtes exa' t.

riNCiiON. C'est vrai. Au jour de l'échéance, Il faut qnc tout Foit payé; point d'arriéré , point de relard ; c'est ma femme qui m'a mis sur ce pied-là, parce que, là-dessns, madame Pinehon n'entaid 1 as la plais;mtcrin.

AïK du vaiulevdlc ilii Çhar!ulanismc.

Deiuiis (|iic de payer cumplniit Ma tVmm' m'a (ait promlr' l'Iialiitud.-, Nos nciR'SS's vont en ausmenlanl, Via c' (Hie c't'Sl que l'uNacliliKli;.

SUZETTE

Votre femme?

plN'CHnN.

Des r'mercimcnis :

Sur cU' n'oyez pas d'inquiétude; Fraiclie et vermeille.

Sl'ZETTE.

Et vos cnTanls?

rmCHON.

Fort bien : mi île plus tons les ans; Vl.i c' que c'est que l'cxaclituile-

Mais vonsiio venez plus à la ferme; voilà un s:è(de qu'on ne vous y a vue.

suzETTE. Il y a tant de monde au château, que je ne l'ose quitter! Voilà quinze personnes au moins qui nous arrivent de la capiUde; des belles dames, des jeunes gens à la mode. On va à la chasse ou à la pèche le matin ; on joue la comédie tous 1rs soirs. Hier encore il y avait un hal où l'on a dansi' jusqu'après minuit. Enfin, c'est la ville à la campagne, c'est Paris au milieu du Lyonnais.

PINCHO.N. Dieu! s'amusent-ils ces Parisiens! et c'est M. le comte (pii rei^-oit, <|ui hébei'ge tout cela. V'Ià un digne homme !

AïK lie l'iicii de six francs.

C'e.sl un tiiavc et bon militaire, Un lionnéle lionune, Dieu merci; Quand on s' nièl' d'èlre millionnaire, Il faudrait l'être comme Uii.

Aussi chaciui l'aime k la ronde; C,n son bras est à son pays, Sou cœur est à tous ses amis, Et sa fortune à tout le monde.

Et son fils, noi' jeune maître, c'est un gaillard celuilà! Ah! ah!

SiZETTE. Taisez-vons donc; ne pai'lez pas si haut, cir il est là; il dortr {Di-siijnnnl la chambre à ijauche.)

l'iNraioN. Alil c'est la porte de sa chambre! Kst-ce qu'il e^t malade, iiu- hasard'/

SLzirrrE. Kli ! vr.iiment oui. Hier, il est sorti de ce bal avec la fi.vre : et cela u'a fait qu'augmenter cette imit, (lu moins à ce que m'a dit H.rtrand, qui est déjà culié dans son apparti'iTient.

MNcnoN. Ça ne m'étonne pas. Avec im n'<r si dnux et si gentil, il parait que c'est un diable, dn moins à ce que m'a dit mailame Pii)cho;i ; et ()u lud 0:1 e t le fils d'un général, qu'on a dix-huit ans, d.: la fortune cl ime jolie tournure, on l'ait tout ce qu'on veut, n'estce pas, mademoiselle Suzeltc? Mais xous-mcnie qu'avez-vous doue? plus je vous regarde, et plus je vous trouve changée ; non 1 as que vous ne soyez toujours fraîche et bien genlillc, inais les autres années voiis étiez si gaie, si étouialie, toujours sautant, toujours courant ; et maintenant j j vous vois triste et rêveuse. Est-ce que par hasard il vous serait survenu des chagrins?

siJZiîTTE. Esl-il cloniiaut d'en avoir lorsqu'on est orpheline, hu'squ'on est seule au monde?

piNCiioN. Seule! vous ne l'êtes pas. N'avez-vous pas été recueillie et élevée par madame la comtesse, aupri's de laquelle vous étiez femme de chambre, il est vrai, mais qed vous a toujours traitée comme son enfant ; et ajuvs la mort de cette digne dime, son mari, à qui elle vous a recommandée, n'a-t-il pas toujours eu pour vous les mêmes soins, la même tendresse ? Et voyez-vous, mademoiselle Suzette, j' gagerais que l'intention de M. le comte est de vous donner une dot et un cpouseur.

SUZETTE. Il serait vrai?

pificnoN. Tout le monde le dit dans le pays.

Sl'ZETTE. Je l'i'ii r.'Uicrcie; mais je ne tiens |ias à me marier.

PINCIION. Bah! mad.ime Pinehon disait aussi comme vou.":, et maintenant demandez-lui en des nouvelles. Eu tout cas, et si vous vous décidez, j-'ai un parti à vous propo-scr, un parti auquel je pense depuis longtenqis; mais ma femme vous en parlera, parce que, dans notre ménage, c'est moi qui ai les idées et c'est elle qui a la parole. (On entend une sonnetle dans la chambre du fond.)

SL'ZETTE. Tenez, tenez, c'est M. le comte qui sonne son valet de chambre, qui vous dira si vous pouvez entrer.

PINCHON

Ain : Dieu toul-puissanl par qui le coinesliblc,

Dépèclions-nous, il sortirait peut-élre.

Et je m'en vais, en fermier diligent,

A son lever, oITrir à notre maître

Mes humbl's respects, ainsi que mon argent.

(A Suzette) Pour vous, quittez cet air triste et sévère; Que la çaité vienne cliarmer vos jou: s ; Et si r cli,\tcau ne vous en ollie guère, V'nez à la ferme, on eu trouve toujours.

ENSEMBLE

SUZETTE

Dé|iècbez-vouS, etc.

riNClloN.

Dépiiobons-nous, etc.

[Pinclion xort par le fond.)

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