SCÈNE If
Les précédents; JULES LEFEBVRE, MATHILDE, (/!!'(■/ tient ixir la main.
JULES, entrant. Enfin, on veut bien nous ouvrir...
LAGNY. — Imprimerie de VilUT et Cie. — IV° 9
Ui VIEUX GARÇON LT LA PETITE FILLE.
rirniioT, /c n'uanlanl. Eh! oui, Dieu nio iiardoiinc! dis doMP, Jatiui'liiii', il n'est presque pas changé. Ou je ne m'appelle |ws l'ierrot, ou c'est mon ancien maître, M. Jul(>s LeI'elivre.
JULES. Uni a prononcé mon nom?
PIERROT. Comment, Monsieur, vous no reconnaissez pas celui qui doit tout à vos liontés, ce petit Pierrot (|ue vous avez placé prèi de votre oncle, quand vous cte-. p:irti pour l'Amérique?
jLLF.s. 11 serait possible!
Air ilos FiHes à marier.
IIl q\inil les Yoiiv ont su me lecoiinullreî
PIERROT
Ils vous aiuMlcnt r'connu toujours!
JCLE9.
Ton a^iiprl seul cii mon oœnr fuit rcnaitre l.e sdiiviiiir liiî mes prciiTuTS lïoau\ jnnrs. 0 hurils clirris! (loii\ [lay.s d:/ la Franco ! I.iciiv ( ni'liuiti'nrs dont jo ni'rlais banui,
.le vnnsr.-vuis! Innii'ioi celui Qni peut toiielier, apré.s quinzj ans d'absonoo, l.e shI natal..
(Donnant une poignéit de main à Pierrot ) VA la main il'nn ami !
l'iF.RRuT, à Jaiiui'lini'. D'un ami, tu entends; voilà nu bon niaitrc ! Je présuppose que c'te petite tille est à vous?
M.\Tini.iiE. Préci.séuicnt.
JULES. Crst m.i eliére Matliildc!
l'iEHRoT. .le ni'iMi doutais. {A JaqucUne.) C'est une des dix ! Vous ain'ic-z aussi bien t'ait d'amener tout votre monde, car monsieur votre oncle a une fameuse envie de les cmbra-ser.
JULES. Il est donc vrai... lui qui avait juré de n: plus nous revoir, cons, nt à nous pardonner.
MATHiLDE. Tu vois d(inc bien, uiou papa, maman qui ne voulait pas encore le croire !
JULES, à Pierrot. Oui, ma femme nous avait cnvou's d'abord...
j.iQLELiNE. Cimmuut, vol' femme! Monsieur nous disait que vous étiez v(!uf.
JULES. Non i).is, grâce au ciel !
PIERROT. Dame, il l'a dit : veuf avec dix enfants.
jiLEs. Dix enfants... je n'ai que celui-là!
.MATini.i.E. fli'itainement, je suis fille unique!
iiLRi;OT. Ali! mon Dieu, vous êtes perdu! car monsieur voire onde ne vous recevait qu'à cause du veuvage, et surtout à cause des dix enfants.
jii.ES Expliipie-toi, de grâce !
l'iERROT. Depuis douze ans, c'est-à-dire depuis vol' mariage, .Monsiein' ne voulait plus entendre parler de vous; Inrsqu'il y a ([uelipies mois, un de ses correspoiidanls, (pu arrivait d'Amérique, lui a dit ifu'd avait vu .. à... où vous étiez...
Ji LES. .\ New-Vork.
PIERROT. Oui; tpi'il avait vu à New-York un négociant français, nommé Lefebvre...
ji.LES. .Ml ! mon Dieu, j'y suis inaiiit'îiiant, et je devine d'où vient cette méprise ! Il y a effectivement à New-York un de mes compalriotes que l'on nomme l.ifebvre... (des Lefebvre, il yen a partout). Celui-là est bien veuf et père de dix enfants; avec cette dd- IVrence, qu'il est riclic et que Je n'ai rien ; qu'il est n 'goeianl et (pie je suis militaire. (Tirant xtne lettre (le sa poclic.) Justement la leltre de mon oncle était i.diosee à .\l. Lefebvre, négociant. .Mais où diable p.aivais-je soupçonner!.. (Lisant latetlrc.) «Une tout « soit oublié; au reçu de ma lettre pars sur-le-champ
« avec TOi'TE ta famille. » Le mot toute est souligné, j'ai cru que cela avait rapport à ma fi mme! Que faire, mes amis, et quel parti prendre?
PIERROT. Dame, il ne sera pas ai.sé de faire l'ntendre raison à vot' oncle, parce qu'il a une passion pour les «nfants.
MATHILDE. Eh bicu ! ne suis-jc pas là?
jvQUEi.iNE. Ça ne lui suffit pas: son bonheur est de se voir entouré d'une légion de petites fillcî ou d'un régiment de petits garçons; quelquefois, il réunit dans son parc tous ceux du village. L'autre jour, il s'est fait jouer, pour sa félc, une cimiédie de .M. B rqnin, et il a fait venir de Paris des costumes qui sont encore dans le garde-meuble.
MATHILDE, qui a écoulê avec atlenliun. Vraiment!
JAOIF.LINE
AiR ilu Ménage de ijiirçnn.
Tous li's enfants ilu vuisinaçe' Avec leurs bonu's sont v'nus ici.
Afin d' jouer leur personna'ze.
Monsionr votre oncle était, ravi!
J'étons piescpio a la srèn' d.-rnière, El tout allail bien sans brnnclier, Quand à huit bunr' la trouj^c entière Fut obligé' d' s'aller coiiiher!
Ils nous ont escroqué le dénoùmcnl ; Monsieur était furieux.
JULES. S'il en est ainsi, il nous recevra mal ; ta mère surtout, qu'il a juré de ne jamais voir; et nous ferons aussi bien de partir.
MATHILDE. Non, mon papa, je t'en conjure...
jii.ES. Que veux-lu donc faire?
MATHILDE. Je ne sais; mais n'} aurait-il pas quehpie moyen ?..
jfi.Es. Aucun ! il faut se décider : partir ou rester.
piEiuioT. Eli bien ! à votre place, je ne ferions ni l'un ni l'autre.
•MATHILDE. Bah !
PIERROT. Ecoutez : il y a M. de Frémoneourt, que vous devez connaître et ipii est un ami de votre oncle; il demeure à une demi-lieue d'ici, au vill.ige de \\('tlial. Il pourr.iit vous donner un bon conseil ou p irler en votre faveur.
JULES. Tu m'y fais songer, un anci(Mi ami de mon père; c'est effectivement notre seule ressource! M.iis une demi-lieue... j'ai renvoyé ma voiture... {Montrant Matliildc.) et cet enfant ne pourrait pas...
PIERROT. Vous nous la laisserez.
Air de la valse de Philibert marié.
.l'aurons ben soin de voûte denioisclle • El nuand vot' femme arrivera ce soir, Cliaiun de nous, en serviteur lidéle, l'er.i d' son mieux pour la bien recevoir!
MATHILDE, à Jaqitttine.
Viens dans le parc, je te ferai connnitre yuels sont à moi mes projets et mes vœux; Et loi, mou père, ;\ ton retour peut-être Tu trouveras le bonbeur eu ces lieux.
E.NSEMBLE.