‹ Pièces de théâtreChapitre 434 sur 575 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les mêmes, COQl'EBERT.

coQUEiiERT. Galuchet est-il chez lui?

JEANNETON, (1 part. Tictis! ce style!., comme s'il ne pouvait pas dire monsieur. {Appuyant sur le premier mot.) Monsieur Gahichcl est là-liaut et va flescendre... [Jeanne s'asseoit prés de la table à gauche, et se met à travailler pour cacher son émotion. — Jcanneton est au milieu ilu théâtre, et Coquebert est à droite.)

COQUEBERT, regardant les deux jeunes filles. Elles sont rliaiiiiaiiles, ces petites!.. Je ne m'en étais pas pas eiieore aperçu.

JEANNETiiN, « part. Il paraît qu'il a la vue basse!

JEANNE, ("e-t liicn lie l'iioniiinir pour nous, .Mon- .sicur... que vousflaif,'iiiez viius-uièuie...

coQi eheut. Oui, d'ordinaire, c'est Galuchet qui vient prendre chez moi l'ouvrage et les commandes... c'est tout ualurel... \\ est 1 ouvrier...

JEANNETON. Et VOUS ùtcs Ic niaitTc!.

COQUEBERT. Je n'en suis pas plus fier pour cela... croyez-le liien! Pour être marehaud joaillier un peu pins riche que d'autres... breveté de quel(pio^son\erains et de toute la noblesse ancienne et moderne... je ne me crois au-dessus de personne... Il n'y a plus maintenant ni rang ni distinction... nous sommes tous égaux, mon enfant.

JEANNETON. Ah ! c'est mieux que je ne croyais... [Lui offrant une chaise.) Asseyez-vous donc, Wonsiciu'.

COQUEBERT, s'assi'ijant. Aussi, je suis nidigné... lorsque quel(]uefois, chez des gi'ands seigneurs du faubourg Sainl-Geiniain où j'arrive avec mes boites et mes écrins, j'entends dire du salon : Qu'i^st-ce?.. Coquebert le joaillier?.. Qu'il altrnde !

JEANNETON. Ah! ils devraient dire : Monsieur (jiquehert.

c.oQUEBEUT. Certainement, ça m'est dû! (J'ite pelilo lilli'-lii a (lu jngrnienl.

JEANNETON. lit VOUS aVCZ Ull lils?

JEANNE, bas, à sa sœur. Prends garde 1

JEANNE ET JEANNKTÛN.

tikyVR. Dis donc, Jeaonelon, comincnl Irouves-tu RI. Anatole? — Acte 1, scène 4t

JEANNETON, bas, à Jeanne. Sois donc tranquille, je vais arran;r(r ç:t ! {Haut.) Un fils iinir|ui'...

noQUEUEiiT. Que j'ai (Jlevé dans mes principes .. pas d'orgueil! pas de gloriole!., il aura deux cent mille francs pour se faire avoué... épouser quelqu'un qui lui on apporte autant... [las moins.

JEANNETON. PaS plus!

COQUEBERT, Œvec bonhumie. Mon Dieu... il y aurait plus., je n'y regarderais pas, pourvu que mon fils soit heureux... Son bonheur avant tout.

JEANNETON , ovec joic. C'cst l'essentiel... [Bas, à Jeanne.) Laisse-moi faire. [Prenant Coquebert à part, à droite du théâtre et à voix basse.) l£t si par exemple, Monsieur, il aimait une jeune fille charmante, qui eût du cœur, des vertus... et de l'amour pour lui...

COQUEBERT. Et puiS?..

jEAisNETON. Et puis... ricn... absoluiucnt rien que son amour .. consentiriez-vous à leur mariage?

COQUEBERT. Moi?., jaiuais!..

JEAN^ETON, avec indignation. Jamais !.. [A part.) Allons, il faut sauver ma sœur. [A voix basse, à Coque-

bert.)S'il en estainsi. Monsieur, je dois vous prévenir, par intérêt pour vous, de prendre garde à votre lils.

COQUEBERT, étonné. Comment?

JEANNETON, toujours àvoix basse. Vous croyez qu'il fait son droit?

COQUEBERT. J'ai payé toutes ses inscriptions.

JEA^^ËTO^l, de même. Vous croyez que tous les jours il va?..

COQUEBERT. Chcz SOU avoué...

jEANiNETûN, de même. Il vient ici!.. [Sévèrement.) Ce qu'il faut empêcher!.. [Vivement.) Car ce soir, à onze heures. Userai notre porte... pour une jeune fille dont il est épris!..

COQUEBERT. 0 CicI !..

JEANNETON. Et que sans votre consentement... il veut épouser.

COQUEBERT, avec colère. Vous, peut-être !

JEANNETON. Tieus, c'tc bètisc!.. Est-ce que j'irais vous le dire?

COQUEBERT. C'cst justc! (Regardant Jeanne.) Alors c'est l'autre!

LAGNT. — Imprimerie de Vuiat et Cie. — W" 9. —

JEANNE ET JEANNETON

ji;\NNr;TON. Ça vous regarda! Mais vous saurez du mi>iMs (jUL' Il famille Galuchct l'ouvi-ier est uue t'.uuillc (riionuùios gcus!

coQiiiiBKRT, tout troublé et réfléchissant. Que viens-je d'apprendre?.. Quoi! mon fils Anatole... [Pendant co temps, Jeannelon s'est rapprochée de sa sœur.)

JEANNE, qui, pendant la scène précédcrite, est restée prés de la table éi gauche, sans rien entendre de ce qui se disait à voix basse, à droite. Eh bien ?

JEANNETON, avec fermeté. Il n'y faut plus penser!

JEANNE, se levant vivement. 0 ciel!

JEANNETON, lui scrraut la main. Allons, soouf, allons, du courage!

coyL'EBERT, S? rapprochant des deux jeunes plies. Pardon, .Mesdemoiselles... il faut nbsnhinncuf que je parle à voire père... d'aljord pour nnc noble et illuslro dame, la marquise d'Aubervilliers... i|ui m'envoie... et puis pour les diamants de noce de sou neveu, .\1. le duc de lîlansac.

JE4NNF.T0N; avec émoi ion. \h\.. M. Octave se marie?

coQURdEitT, brusquement. Oui, Mademoiselle, et trcsprocliainemeut. Je vais même (liez lui eu sortant d'ici.

JEANNETON, portant la main à son cœur. Ah!

JEANNE, bas, et lui serrant la main. Ma sœur. . ma sœur... du courage!

JEANNETON. J'cii nurai ! {hefenant Coquebert qui fait lin pas pour sortir.) Munsicur, plus qu'un mot,,, l'uisquc vous devez voir M. Octave do Blansac, je vous prie de vouloir bien lui remetire [Tirant de sa poche l'enveloppe que lui a donnée Galuchct.) ce papier... qui renfeime un billet do mille francs... [Coquebert la regarde d'un air étonné.) Il saui'a co que c'est.

coQUEBEiiT. Mais cHcorc, de (luellc part?

JEANNETON. Dc la part de Jeanneloii!

ENSEMBLE

Fragment d» la Sirène. (Déuxièmo net'.)

JEANNE lîT JEAISNKTO», à part.

Je sons du Joulcut'.,i cogiiEBKnT.

Je sens de fureur...

JEANNE ET JEANNETON

Se briser mon cœur.

COQrEBERT.

S'indigner mon cœur.

JEANNE, à sa sœur.

Nous serons mallieui-eus' ensemble.

cogcEUERT, à part.

Qn'il craigne son [lérc et iiu'il tremble! JEANNE, à sa .lœur qui vnut s'éloigner. Où vas-tu?., prés de moi demeure.

JEANNETON

Devant lui, veus-lu que je pleure?

Je sens de douleur, etc.

Je sens de turevu', etc.

(Jeanneton entre dans la chambrt à gauchi.)

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