‹ Pièces de théâtreChapitre 523 sur 575 · PRUDHOMME · texte numérisé non relu

PRUDHOMME

Personne plus que lui, j'espère.

N'aura mérite le chapeau.

M. FRANÇOIS

Le pape pourra bien en faire

Un des plus illustres prêt its,

Uu évèque, un prince de Rome...

Mais je le délie, en tout f;is.

D'en jamais faire uu Jiûnuète homme.

BABET. Mon Dieu ! laissons tout cela et occupons-nous du diner.

PRUDHOMME. Cest juste, le dîner; garçon! (Aux petites /illes.) Avez-vous commandé quelque chose?

BABET. Pas encore!

ToiNON. Qu'est-ce que nous prendrons?

pRtniiOMME. Ce qu'il y a de mieux !

M. FRANÇOIS. Cela regarde les dames. (/( appelle.) Garçon !

BABET. Des friandises.

.lusTiNE. Une matclotle.

M. FRANÇOIS, appelant. Garçon !

ToiNON. Ah! oui, une raatelotte, c'est ma passion, avec des croiites.

BABET. Une volaille! de la friture.

M. FRANÇOIS. Les garçoiis ne paraissent pa.s.

TomoN. Ah! c'est qu'il y a une noce, une grande société...

BABET. Nous n'en finirons pas, si nous ne mettons pas le couvert nous-mêmes.

TOUTES. Oui, oui, incitons le couvert.

BABET. Vous nous aiderez, monsieur François.

M. FRANÇOIS, souriant. Volontiers.

BABET, auxyriscttes. Allons vile chercher des verres, des assiettes.

TOUTES. C'est ça! {Elles se dispersent au fond et sortent Je différents côtés. Le prince et Dubois restent seuls sur le devant de la scène. Ils se regardent un instant, sans parler.)

DUBOIS, à ini-voij:. Gomment, Monseigneur, vous au moulin de Javelle!

LE PRINCE. Pouri]uoi pas? tu y es bien, l'abbé!

DUBOIS. Et pour unegrisette!

UE PRINCE. C'est vrai ; je suis amoureux fou ! je l'aime plus que je n'ai aimé dans toute ma vie.

nuBOis. C'est beaucoup dire ; je ne m'étonne plus si on ne vous voit plus nulle part ; plus de petits soupers, vos bons amis. Noce et Saint-Simon, jettent les hauts cris, et l'autre jour à l'Opéra, à la reprise de Cadinus, la petite Florence et la Maupiii vuulaiciit m'arracher les yeux.

Air du vaudeville de Partie et Revanche.

Elles criaient à la disette :

Et ceries n'auraient pas prévu Que, près d'une simple grisclle.

Mon nuble élève, a notre in,-u, Prenait des (tçous de ve:tul N'y persistez pas davantage.

Car mon crédit en baisse de moitié.

LE PRINCE

Gomment cela?

DUBOIS

Quand vous devenez sage.

Chacun me croit disgracié !

Oui, Monseigneur, quand vous devenez sage, Cliacun me prpit disgracié !

Et je vous prie de ne plus vous déranger.

i.E PRINCE. Ah ! nion ami, celle-ci, ce n'est pas comme les autres.

DUBOIS, ironiqufimenf. Je s.ai§ bien, la derniefc n'est jamais comme les autres, ellie est la deruiçre,

LE PRINCE, Une vertu !

DUBOIS, de m^ms, JEn magasin! je ne la connais donc pas?

LE PRINCE. Je l'espère bien, paj-bleu ! imagine la candeur en personne, et si je dois bénir le hasard (jui me l'a fait rencontrer. Il y a un mois environ, à la nuit tombante, je me rendais dans le jardin du palais, sous ce costgme, pour certaine aventure. J'aperçois, dans une allée, un groupe de mauvais sujets de notre connaissance, poussant de longs éclats de rire, et courant çà et là; je m'approche pour prendri.' part à la joie; c'était une pauvre jeune fille qu'ils poursuivaient de leurs pnqws malins, de leurs discours fort peu édifiants; pâle, tremblante, la pauvre enfant cliercbait en vain un refuge, et ne savait ot'i fuir; je parais, et soudain elle s'élance, se jelte pre^^que dans mes br.is, en me criant d'une voix émue : Monsieur! Monsieur! vous paraissez un honnête homme ; de grike, protégezmoi, ne souljrez pas que l'on m'insulte! Un coup d'œil

LE MOULIN DE JAVELLE

éloigne aussitôt les indiscrets, et juge de ce que je devins, en vovant prés rie mw cette figure ravissante, ces u'ux baignés (le larmes; c'était le ciel qui me l'en voyait.

DiBOis. Il l'adressait bien!

LE PRINCE. Tu le trompes ! sa confiance, son abandon, ni'inspiréient un respect que jamais grande dame ne me fit éprouver. Dés ce moment, je la vis tous les jours ; et cbaque jour je l'aimai davantage ; tu penses bien que pour être accueilli, il a fallu promettre d'épouser...

DUBOIS. Elles demandent toujours cela pour laforme; ça met l'innneence à son aise.

LE PRINCE. Ob ! c'est sérieux; elle est d'une sévérité... enfin, l'abbé, lu ne me croiras pas; mais jusqu'à présent...

Duiiois. Comment! Monseigneur, depuis un mois?..

LE PRINCE. Foi (l'altesse!

DiBOis. Quelle inconséquence!

LE PRINCE. Que veux-tu, elle m'impose! et puis elle est si bonne, si aimante ; je crois vraiment que j'ai des scrupu'es. Mais te voilà, je me retrouve ! Il faut qu'elle soit à moi, il le faut à tout prix ! dussé-je me faire connaître! et si elle m'aime déjà sous le nom de François, crois-tu qu'elle puisse me résister quand elle saura qui je suis ?

DCBois, secouant la télé. Hum ! prenez garde, l'amour est une étrange cliose, (|ue l'on ne commande pas.

LE PRINCE, ga/emc/if. Flibien! moi, je te commande à loi, ([ui n'es pas l'.^mour, de "me seconder, d'avoir de l'esprit, de trouver un moyen pour me ménager ce soir un tête-à-tête avec Babet : d'abord, tu occuperas ces petites.

iiiiKiis. .\li! Monseigneur, j'ai bien d'autres affaires; ce diable d'.Xlberoni, qui ne me sort pas de la tète.

LE PRINCE, avec imiKilience Bah! Alburoni, nous le retrouverons toujours, tandis que Babet...

DCBOis. La vieille Maintrnon intrigue.

LE PRINCE. Un reste d'habitude.

DCBois. La du Maine remue ciel et terre.

LE PRINCE. Bon! elle a assez à faire de mettre un peu d'ordre dans .ses amants.

DUBOIS. Et Cellamare lui-même...

LE PRINCE. Il ne pense qu'à ses maîtresses.

DUBOIS. .Mais il conspire à ses moments perdus, et un ambassadeur en a tant.

LE PRINCE. Folie! je ne veux pas que tu me parles d'affaires aujourd'hui; je ne veux songer qu'à Babet; et si tu ne m'aides pas...

DUBOIS. Moi, vous aider! et la décence, et les convenances; tout ce que je peux vous dire, c'est ([ue ce soir, en reconduisant ces demoiselles, cjr il lantlra bien les reconduire, je pourrais combiner un embarras de fiacres, pour que vous vous trouviez dans le V(Jtre, seul avec Babet; mais ne m'en demandez pas davantage.

LE PRINCE, l'embrassa/it. Ah ! tu es le héros des abbés!

DUBOIS, humblement. Monseigneur, je ne suis que l'abbé d'un héros!

LE PRINCE. Chut! ce sont elles! {Les griseltes reviennent en sautant, en dansant et portant des verres, des assiettes et du lincje.)

TOUTES. Voilà! voilà!

BABET. Ce n'est pas sans peine.

ToiNoN. Nous pouvons ineltic le couvert au nu-" mélo 10.

BABET. En attendant le dîner, Toinon va nous faire' des cièpi s.

JUSTINE ET LES GRiSETTES. Ah! oui, descfèpjs; ell(J les fait excellentes.

TOINON. Monsieur Prudhomme, vous les retournerez.

DUBOIS. Moi?

TOINON. Et ne les jetez pas dans les cendres.

DUBOIS. Par exemple...

LE PRINCE, bas. Allons, l'abbé, un peu de complaisance, retourne les crêpes, puisque ça les amuse; depuis que tu es ministre, lu n'es plus bon à rien. (Il L'a aitprès de la table avec les autres yrisettes.)

TOINON, à Pnidhomme , lui jetant un tablier à la figure. Allons, monsieur le chef, habit bas, et ne faites pas la moue, je vais aller chercher de quoi faire la pâte; et (Lui passant la main sous le menton.) si vous êtes bien gentil, pour votre récompense, je vous chanterai au dessert la nouvelle chanson du cocher de Verthaniont sur ce vilain Dubois.

DUBOIS. Hein?

TOINON, chantant en mettant une serviette devant elle.

<( Oi^ allez-vous, monsieur l'.ibbé, « Vous allez vnus casser le nez; « Vous allez sans fliai\deUe, « Eh bien !.. »

Vous verrez, elle est très-jolie. Venez, Mesdemoiselles.

BABET, au prince, lui donnant des assiettes. Portez cela, monsieur François.

LE PRINCE, en riant. Cest délicieux!

BABET. Il va tout casser. Ah! que les hommes sont gauches ! [Elli s l'emmènent en riant, et sortent par le fond à gauche.)

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