LÉONIE, M. DE VERBOIS, ADOLPHE
ADOLPHE, hors Je lui. Grand-papa, je vous cbercbais; c'est pins fort (pie moi, je n'y tiens iilus, et si vous me refusez, je n'ai plus qu'à me brûler la cervelle!
M. DE VERBOIS. Qu'est-cc qoo c'est , Monsieur, que ces manières-là?
ADou'iiE. Ce u'esl pas ma fuile. bon papa, c'est si li'vollant que viin--niéme Vous allez cm être indigné!
M. HE vEHuois. Je ne ilemaiule pas mieux, mon garçon; mais avant tout, calnie-tui, eî |iar!e posément. Voyi'U;, (le (pioi s'agit-il?
AiMji.iuK. Vous savez bien, Henriette de Saint- Vallii r, la nièce de cet ancien fournisseur...
M. DE vERiiois. Oui, sou ouclc cst mon voisin; nous dénouions porte à porte.
ADOLPHE. Et sa nièce est charmante î
M. DE vERiiois. C'est uiio aimable personne, douce, modest ' et très-bien élevée.
ADOLPHE. N'est-il jias vrai? eli bien! on va la marier à M. (le Gercourt.
LKciME. Comment! ce monsie\ir si laid, (pii a ein- (|uante-e.iiu| ans?
ADoi.PHi:. Justement, el cela SOUS prétexte qu'il a vingt imll'.' livios de rente.
M. DE VERBOIS. J'cu suis fàclié ; cette pauvre Ilenriete est vraiment sacrifiée ; un homme (pii ne jouit d'aucune considération.
Am du vaudeville de la Rub' dh'S Dattrs. Son oiiulencc est encore en mystri-o; Tant (lo lionlieur paiait peu n iturol. On dit im il vient daclielec une terre. On dit ([u'il vii'iit d'ailu'ler nu hùtcl, Un rang, un Un iuaL.'nili,|u:; Sur ses r.v.iux il a dil l'i-nipovte;-, Car il a tout, liurs l'estime [udiliiiui', Que par bonlijur on no peut a'iieter.
ADOLPHE. Vous vfjyez bien, bon papa, que vous êtes do mou avis, et que c'est une iii'lignité i[ue nous ne piuivons pas siHlITrir!
M. DE VERBOIS, Oiie lions ne pouvons pas s^iulfr.r ! oj qu'est-ce que cela vous t'ait, Mniisienr? en quoi cela vous regarde-t^ii?
ADOLPHE. Ciuumoiit! grand-papa, est-ce que je no vuus ai |ias dit que je l'aimais, (pie je l'e.dorais, que je ne pouvais pas viviv suis elle?
M. PË YpHPOis, Et vous osez me l'aire un pareil aveu'!
ADOLPHE, A qui voulez-vou-i ipie je le dise, si ce n'est à n(dr^ meilleur ami'? Oui, gr.uul-papa, s'il faut renoncer à Htinrietle, j'en mourrai sur-le-champ : je s rais dfSùltJ de Vous causer oe chagrin-là; mais cela ne peut manquer, je vun.-> on pi'iJviens. T.uidis qu'an contraire, si je l'épou^i»ia.,,
M. DE vEiiBoii. L'opoMner! à votre âge !
ADOLPHE. Cela ne vaut-il pas mieux ipie dans trois ou quatre' ans? vous jnniivz plus tiH de noln^ bouhoiir; car ma sœur et moi lions sommes décidés à nous luirier le plus ti'd possildii, expr^'s puir vous : ii'esl-il pas vrai, Léouie?
i.É PiiE. C'est ce que je tâchais (ûUl a l'heure de faire eiitemlre à graud-papa.
ADOLPHE. Voyez-vous, voilà Pomme n ms arringious aeli( i vous nous doiUtieitftçhHcnn soixante mille francs.
M, m vEnnuis, Ah! je vous dimnais...
ADOLPHE, Oui, c'était convenu avec ma siinir: n'estce pas, Léonie, c'est soixante mille francs que unis disions 1
M. DE VERBOIS. Ah çà ! mcs bons amis, il me semble ipie vous auriez dû me dire...
ADOLPHE. Certainement, nous vous l'aurions dit; attendez donc que j'aie fini : nous demeurions tous ensemble, nous ne vous quittions pas; et quelle société vous auriez eue! entouré de so'ns, de distrantions... Et nos enfants donc... je suis sûr que ça n'aurait pas été comme nous, vous les auri 'Z gâtés ceux-là... ah!
LÉONIE. Grand-papi, vous sauriez, vous êtes attendri.
M. DE VERBOIS. Je uc dis ])as non, mes enfan'.s; mais avant tout il faut être raisomialile. (.-1 Adolphe.) Quand le contrat de mariage d'Ib^nrictte doit-il avoir lieu?
ADOLPHE. .\njourd'bui même.
M. DE VEnnois. Et e^-tu aimé d'elle?
ADOLPHE. .\u ciintrairc, bon papa, dans ce niomcnt nous sommes brouillés à mort, sans qu'elle ait daigné me dire pouniuoi; mais je crois en C(nmaitre le motif: (A demi-i-'oix-.) une autre dame à qui je faisais la cour, cl elle l'aura su.
LÉo.ME. Fi! Mimsieur, pourquoi faites-vous la cour à une antre, puisque vous aimiez Henriette?
ADOLPHE. P(Uiripiiii ! pourquoi! tu n'entends rion à Cela; (Ui voit bien ipic tu es une denioisrlle... biui papa me comprend bien.
M. DE vEuiiois. C'(^st bon, c'est bmi, Moiis'enr. Ecoute ici, Adolphe, et parlons raison : tu n'e; |a; sur d'être
LE BON PAPA
aj^iTC par la niocc. Vu ta jcuncssi', tu seras refusé par rdiulo, et (le plus c'est aujourd'hui que le mariage doit avoir lieu ; tu vois don" liieu qu'avec la meilleure voliiité du monde, ce serait une extravagance à moi de clierclicr à rompre cette union, outre que cela me serait inipossilile.
ADOi.i'HE, d'un air embarrasse. Ah! fi vous le vouliez hieu, vous n'auriez pour cela qu'un mot à dire.
M. DE vF.niiiiis. Tu crois?
Aroi.niK. Sans douie : on choisit M. de Gcrcourt malgré son i\ge, (larce qu'il a vingt milli! livres do rente; mais vous qui en avez trente de plus, si viuis vous mettiez sur les rangs, vous seriez préféré.
M. Di; vriuiois, étonné. Moi! {En riant.) j'avoue que je ne m'attendais pas ;i une pareille idée. Et qu'est-ce qui t'en reviendra à toi?
Arioi.i'HK. D'abord, que M. Gereourt sera 'congédié, et que nul autre rival n'osera se présenter : ce sera à vous après cela à retarder le mariage et à gagner le plus de temps possible ; j'en proli'.er.ii pour vieillir aux yeuvde l'onele,iiour mejustifierauv yeux de la nièce, et alors, lion pa|)a, vous me rendrez ma place; vous aurez fait la cour pour moi, et j'épouserai pour vous.
LÉOME, sautant avec joie. Ali ! le joli projet ! j'aïu-ai donc une sœur, une confidente.
M. PE VEiiiiOis. Oui, mes enfants, tout cela est trèsbien dans vos jeunes télés; pour vous ce n'est qu'une espii glerie : mais un homnv: de mon âge ne peut pas se [iréler à de pareils subterfuges, ce serait se jouer de .M. de Saiut-Vallier, d'une famille respectable.
AiioLi'iii:. Comment! bon papi, vous refusez!
M. DE VEiuiois. Trcs-positivenu'nl.
ADOij'iiE. Alors accablez moi de toute votre colère : j'élais tellement sûr de voire consentement, que j'ai écrit ce malin en votre nom et sans vous consulter.
M. DE vERBOis. Commcut! tu aura:s osé...
ADiii.pin;. IJiiuander pour vous Henriette en mariage ix M. de Sainl-Vallier, son oncle. Et si vous me désavouez, c'en est fait de ma vie.