‹ Pièces de théâtreChapitre 64 sur 575 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

ODOARD, GENNAIO.

ODOARD, à part. Eh bien! qu'on nous accuse encore... Voilà un pauvre diable qui se trouvera en bénéfice du côté de sa bourse... et de sa femme donc!..

GENNAIO, s'avançant. C'est bien de l'honneur pour mon jière qui est absent, et pour moi qui le représente, de recevoir chez nous monsieur le marquis, et je ue comprends pas ce qui a pu procurer un tel honneur à notre hôtellerie!

ODOARD. Ne sais-tu pas que notre roi se marie'? et qu'aujourd'hui ou demain l'on attend la princesse qu'il épouse?

GENNAIO. Gerlainement !

ODOARD. Eh bien! mon garçon, c'est moi qui commande l'escorte d'honneur chargée de conduire à Naples la nouvelle reine... J'attends qu'elle arrive!

GENJiAio. Ce n'e.<t pas par ici qu'elle doit passer... la grande route est à plus d'une lieue.

ODOARD. Je le sais bien... et l'escorte est là!.. Mais moi j'aime mieux attendre ici... j'ai mes raisons.

GENNAIO. C'est différent!

ODOARD, riant. Et si cela ne te gène pas?..

GENNAIO. Au contraire, Monseigneur! car j'aurais justement une grâce à vous demander!..

ODOARD. Toi? Parle, mon garçon! de quoi s'agit-il?.. Conte-moi ça pendant qu'on va me préparer une tasse de chocolat que j'irai prendre sur la terrasse... {.i part, pendant que Geniiaio va donner uti ordre à la cantonade-) parce que de là je pourrai inspecter les carrioles ou voiturins qui se rendent à Tarente. (f/oiU.) Allons! parle!

GENNAIO, revenant. Voilà, Monseigneur! Luigi, voiro cocher, vient de me dire que le colonel des lanciers était de vos amis!,.

ODOARn. Le comte Hector!., Oui, sans doute... il est de la société des Treize, dont lu parlais tout à l'heure!

"GENNAIO. Est-il bien possible? Parmi ces mauvais sujetslà il y a des colonels de lanciers?..

ODOARD. Il y a do tout... pourvu qu'on soit aimable et joli garçon.. 11 y aura hicnlôt une place vacanle, un déserteur, un faux-frère qui va se marier... Est-ce que tu veux le remplacer et te faire recevoir dans les Treize?..

GENNAIO. Non, Monsieur... maisdansles lanciers... C'est

Lu:s TnEizii.

une 1k-11c .r.me... Je Suis allérauli-e jour m'y fair,: engager; mais il pnr.iit que,, \iour se l'aire luerilaus ce corpslà, il faut ()• s proleclion?...

oco.uiD. Ail çàl mais pnuri|uoi diable teux-lii te faire hier? Est-ce l.i pauvreté?..

GCNNAIO. Au contraire ! je ne suis que trop riche... vnilà mon itialheuv .. parce que mon père, le maître de celte auberge, qui n'a que moi d'iiérilicr, a (les idées d'amlJllion.. 11 veut que la jeune fille que j'épouserai nil une (lot... et justinimt celle que j'aime n'en a pas!

ODO.uiD. Do dot'?

GiiNN.MO. Bien cntetidtl! C'est la seule chose qui lui manque... et c'est tout simple... une orpludinc (JUi n'a jamais connu de parents... mais, du reste, la plu» jolie lillè.i

oDo.\nD, à part. Diaido' c'est bon àcontialtrel (Ihult.) El qui cst-elie'?

GENNAK). Une couturiirc.

ODOABD. Cela n'empêche pas!., au contraire... nous aimons et nous protégeons beaucoup les couturières... Sa demeure'?..

CEXNAio Rue Tolède.

(jDOARD, étonné. Hein!., et son nom'/..

Gi.NNAio. Joli comme elle... I,«ella!..

ODOAnD, (i part. Dieu! la même !.. la sfisolte que nous |pûursuivonsl

ciiNSAio. Monseigneur la connaît?

ODOARD. Du tout!., mais j'ai eutendu dire que le comte Hector dont tup.irlals avait des vues sur elle.

GENNAio. Mon colonel '7

ODOABD. Qu'il avait miîmo fait h ce sujet un pari avec l'un d'j ses amis, un de ses conlTcres qui la lui disputait... un joli cavalier ..

GENNAio. EU bieni tous deux <)erdronl leui" temps, .i jo ne les crains pas... car c'i'st cello-l'iqul est sage et lioniiélc.., la vertu mèmc-i.

onoAUD, à part. C'est ce qu'il faudra Voir!,,

GENNAio. Et si vous l'cnlendicz parler?., un esprit... une éducation !..

or.OAtiD. Vraiment! elle ou a?

GEN.NAio. I.s dimanches cl fuies.;, paféd qu'elle les passe à lire des romans... ce qui lui a dohuù des senllmcntset des piincipes... Enfin , croirieï-vous que, quand jeluialavoué, l'autre jour, ijuc mon père s'0|qiosait à notre mariage... elle a eu tout de suite une attaque de nerfs?.. Hein !.. c'est affociueux .. et elle m'a mis à. la porte , eu me défeiida ut de revenirt liez elle. Aussi', moi] parti estpris... etquoi(|uc votreamile colonel ne meplaise plus guère... si vous pouvez me faire entrer dans Icslancieis... ou dans un autre régiment!..

ODOARD, vivement. Oui , dans un autre... plus estimable,,, et surtout plus nombreux,.. Je m'occuperai de ça... je vais y rêver sur la terrasse en prenant mon chocolat...

GENNAio. Bien reconnaissant de ce que vous voulez faire pour moi...

ODOARD. Laisse donc! tu ne te doutes pas du plaisir ijUD j'y trouverai.., [H sort.)

SCENt: IV.

GENNAIO, seul. A la bonne heure! un coup de télc, un engagement. Je le dirai ,i mon père, pas plus tard que demain, quand il rev endrade Pouzzoles où il est allé aux provisions. Et peut-être que ça lui fera peur. Ah ! il lui faut des belles fdles de mille piastres! il a la tyrannie do voidôir que je sois riche, que je sois .1 mon aise... Eh beu! non! je serai soldat! je coucherai sur la dure , .'i la belle étoile; je mangerai du pain noir! ça sera ma punition!., et peut-être hen i|u'il reculera l'i-devant... Je l'espèio du moins; et (pioiipie IscUa n'ait pas les mi. le piastres qu'il demande, il aimera mieux me voir marié que Soldat. (/:'co»(<iii(.) Encore une voiture , un carrossiu!

(pielque artsie! ils voyagent Ions ain>,i. Hi-janl uil à la canicna e.) Voilà le cocher qui descend!

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