‹ Pièces de théâtreChapitre 10 sur 1093 · ORSINI, MARGUERITE · texte numérisé non relu

ORSINI, MARGUERITE

MARGUeniTE.

ORSISI.

Orsini!

Madame?

MAUGlJKniTK.

Où sont tes hommes?

ORSINI

MARGUERITE

Prêts ?

ORSINI

Tout prêts, madame, tout prêts... La nuit 'avance.

MARGUERITE

Est-il donc si tard?

ORSINI

L'orage se calme.

MARGUERITE

Oui; écoute le tonnerre.

ORSINI

Le jour va venir.

Tu te trompes, Orsini, vois comme la nuit

est encore sombre... Oh!

(Elle l'assied.)

ORSINI

N'importe, madame; il faut éteindre les flambeaux, relever les coussins, renfermer les flacons. Vos barques vous attendent ; il faut repasser la Seine, rentrer dans votre noble demeure, et nous laisser les maîtres ici, les seuls maîtres.

MARGUERITE

Oh I laisse-moi : celle nuit ne ressemble pas aux nuits précédentes; ce jeune homme ne ressemble pas aux autres jeunes gens : il ressemble à un seul, si au-dessus de tous!... Ne trouves-tu pas, Orsini?

ORSINI

A qui ressemble-t-il donc ?

MARGUERITE

A mon Gaultier Daulnay. Parfois je me suis surprise, en le rigardant, à croireque je voyais Gaultier; en l'écoatant, que j'entendais mon Gaultier : c'est un enfant tout d'amour et de passion; c'est un enfant qui ne pout être dangereux, n'est-ce pas?

ORSINI

O madame! que dites-vous là? Songez donc que c'est un jouet qu'il faut prendre et briser; que plus vous avez eu avec lui de bonté et d'abandon , plus il est à craindre... Il est bientôt trois heures , madame ; retirez-vous , et abandonnez-nous ce jeune homme.

MARGUERITE, se levant.

Te l'abandonner, Orsini? non pas; il estk moi. Va demander à mes sœurs si elles veulent t'abandonner les autres ; si elles le veulent, c'est bien; mais celui-là, il faut le sauver... Oh! je le puis; car toute cette nuit je me suis contrainte ; toute cette nuit j'ai gardé mon masque ; il ne m'a donc pas vue , Orsini , ce noble jeune homme : mon visage est resté voilé pour lui ; il meverraitdemain, qu'il ne pourrait me reconnaître. Eh bien ! je lui sauve la vie ; je veux que cela soit ainsi. Je le renvoie sain et sauf; qu'il soit reconduit dans la ville ; qu'il vive pour se rappeler cette nuit, pour qu'elle brûle le reste de sa vie de souvenirs d'amour; pour qu'elle soit un de ces rêves célestes qu'on a une fois sur la teire; pour qu'elle soit pour lui enfin ce qu'elle sera pour moi.

ORSINI

Ce sera comme vous voudrez, madame.

MARGUERITE

Oui, oui, sauve-le; voilà ce que j'avais à te dire, ce que j'hésitais à te dire. Maintenant que je te l'ai dit, fais ouvrir la porte, fais rentrer les poignards dans le fourreau : hâte-toi, hâtetoi!

( Orsini sort.)

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