SCENE IX
LE COLONEL, NADEJE, c;MH!<e HENRIETTE,
LE COLONEL
Nadèjc, est-ce vous qui avez arrêté ce jeune homme ici?
NADÈJE
Mon pèrel
LE COLONBL.
Quoi donc? Pouriiuoi celle émotion? ces larmes?... Ma fille, vous ne répondez pas.
NADÈJE
Grâce! grâce, mon père! il est si malheureux!
LE COLONEL
Oui, je conçois l'intérêt que tout le monde lui porte... et moi-môme, je ne m'en défends pas... Mais dans sa position ici, chez moi... qu'aviezyous à lui dire?
NADÈJE
Mais je le connaissais, mon père.
LE COLONEL
Ah ! dans le monde, dans une soirée, dans un bal, pcut-êlre... mais voilà tout... et je ne pense pas que vous lui ayez donné le droit de vous parler ailleurs qu'en ma présence 1
NADÈJE
Mon Dieu! quel ton sévère!
LE COLONEL
C'est que tu es bien troublée! c'est la première fois que tu me caches un secret...
ifADÈJB, se jetant dans ses bras.
Ahl mon père! mon père! il m'aime!
LE COLONEL
M. Louisl... il t'aime 1... et il ose, sans mon aveu, sans le tien...
NADÈJE, vivement.
Mais si fait.
Elle s'arrête et baisse les yeux.
LE COLONEL
Nadcje ! Ah ! je le plaignais ! j'avais de l'affection pour lui... mais en cemoment je doute qu'il le mérite encore.
NADÈJE
Oh ! plus que jamais, mon père I
LE COLONEL
Et pourquoi nes'expliquaii-il pas à moi franchement?
NA»brB.
Que veux-tu? il n'osait pas! si peu avancé et .•sans fortune... D'ailleurs, tu m'avais choi.si un niari, M. Sevelas...
LB COLONEL
Oh ! Sevelas 1 Sevelas ne savait pas que ce jeune honunc était son rival.
NAntaJB.
Au contraire !
LR COLONEL.
Que di.s-tu?
NADÈJB.
(Xii, mon père, oui, il le savait... «t s'il faut '
tout te dire... c'est après l'avoir surpris... Ohl pardonne, mon père !
LE COLONEL , vivement.
Surpris !
NADÈJE
Nous nous étions rencontrés par hasard... OhîJ c'était la première fois, mon père!... malgré lui,] malgré moi... c'était Trim... [Mouvement du co-l lonel.) Enfin, mon père, il m'avouait son amour,] et je lui disais que c'était à toi de lui répondre. Lorsque M. de Sevelas parut! je sortis émue ctjj tremblante... Après mon départ, je ne sais ce qui se passa entre eux... mais un instant après, le capitaine avait été insulté, et M. Louis était en prison. Voilà tout, mon pèrel
LE COLONEL
Je comprends ! Voilà le secret qu'on ne peut lui arracher... une querelle d'amans 1... El Sevelas qui seul peut le sauver! Mais lui, ce jeune homme!...
Air: Que parlez-vous ici de gloire.
Pourquoi toujours s'obstiner à se taire?
NADÈJK.
Sans mon aveu, victime d'une erreur, 11 eût rougi de me nommer, mon père I
LE COLONEL
Il a bien fait... c'est d'un homme de cœur, Oui, sa conduite est d'un homme de cœur. Il sait ici quel devoir est le nôtre I Car de respect, d'estime environné.
On m'obcit... et mon honneur, le vôtre
Ne doit pas être soupçonne' I
Pas être même soupçonné.
NADfcjB.
Mon père!
LE COLONEL, Sévèrement.
Laissez-moi 1 Tout le tort est à vous... à vous qui avez encouragé cet amour sans mon aveu quand votre mariage était arrêté avec un autre... à vous qui étiez à un rendez-vous.
NADÈJE
Mais non l
LE COLONEL, avec colère.
Mais si, vous y étiez! on vous y a surprise I... Sevelas! c'est mal, c'est très-mal, je ne vous le pardonnerai pas ! Et pourquoi? comment? à quel titve aimicz-vous ce jeune homme que vous aviez V'i à peine? un amour romanesque!
NADÈJE
Non, mais de l'amilié!... je ne lui devais pas moins: il était l'ami, le protecteur de ce pauvre soldat, de cet orphelin que j'aime tant!
LE COLONEL
Hcinî que voulez-vous direî quel soldat?
NADÈJE
Oh ! caime-toi! ne me maudis pas! c'était une dette de famille.
LE COLONEL, Se Contraignant.
Quel soldat?... achevez !
NADÈJE
Tnin ! lu t'as vu là.
J.ES EN FAIS S DE TROUPE
LE COLONEL, avCC écUlt.
Mais achevez donc...
NADÈJE
Ah I... c'est mon frère !
LE COLONEL
Votre frère!
iiKMiiETTE, gid vient d'entrer par le fondàdroite. O mon Dieu! mademoiselle!
LE COLONEL, vivement.
Qu'est-ce que c'est? que voulez-vous? qui vous a appelée?
HENRIETTE, effrayée.
Pardon, monsieur le colonel, j'avais cru... il m'avait semblé...
LE COLONEL, Se Contenant.
Eh bien ! vous vous trompiez, on ne vous demande pas... sortez. {Se rapprochant de Nadèje , et avec une colère concentrée.) Nadèje, qui vous a dit...? où avez-vous vu...? cela ne se peut pas. NADÈJE, avec exaltation.
Si fait! son nom que j'ai découvert, ses souvenirs, les miens... c'est lui qu'avec n>a mère j'allais voir... oh! je le sens là, et ju n'en rougis pas... Si bon! si honnête 1... c'est mon frère!
LECOt-ONEL.
Silence! je saurai... je découvrirai... Mais pas un mot, si tu veux que je veille sur lui, que je vous pardonne à tous, que je ne te maudisse.. . NADÈJE, se jetant dans ses bras.
Oh! n'achève pas, mon père!... Non, il ne le «aura pas, je me tairai, je te le jure ! il ne saura jamais que je suis sa sœur.
Henriette rcpur.iit pâle el liemblante.
LE COLONEL
Que voulez-vous encore t [Henriette recule avec effroi.) Je vous ai défendu...
HENRIETTE, tremblante.
C'est que... on est là... on envoie chercher monsieur le colonel... c'est le conseil... LE COLONEL, avcc humeur.
Bien! j'y vais.
NADÈJE
Mon père!
LE COLONEL
Viens, rentre I et tu me l'as juré, jamais!...
NADÈJE
Jamais !
Ils sortent par le fond à gauche.
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