AMÉDÉE, M"" MEUNIER, ÉLISA
Au lever du rideau, Mme Meunier pst a<!sise, tricotant sans voir son ouvrage, le regard fixe et le sourire sur les lèvres. Amédée, assis à sa droite, fait son portrait au crayon. Elisa, assise à une table à gauche, s'occupe à copier de la musique.
AMÉDÉE. Voilà un nez dont je ne suis pas content ; il faut le refaire...
M"'^ MEUNIER. Mon nez!... mais vous n'en finirez donc pas, monsieur Amédée?... voilà trois heures que vous le tenez...
ÉLISA. Allons! grand'mère, un peu de courage!... ça avance...
AMÉDÉE. Encore deux ou trois séances...
M"^ MEUNIER. Deux ou trois... si vous croyez que c'est amusant d'être toujours le nez en l'air et la bouche entr'ouvcrte, à vous regarder sans rien dire... en riant!... Ah!... si ce n'était pas à cause de mes petits-enfants!
Air : Le choix que fait tout le village. Us veul'nt avoir mon portrait bien fidèle. Pour qu'il soit là quand je ne serai plus: Mais cnaque jour, j'ai quelqu' ride nouvelle; Un peu trop tard les pinceaux sont venus. V'ià ben d'sanné's que le temps me fait trêve, Un beau matin, il pourrait se fâcher. .. Si vous voulez que le tableau s'achève, Pauvres enfants, il faut vous dépêcher.
ÉLISA. Grand'mère... et votre sourire... M""* MEUNIER. C'est juste...
Elle se remet à sourire en regardant Amédée.
* Les acteurs sont placés en tête de chaque scène comme ils doivent l'être sur le théâtre. Le premier inscrit tient toujours en scène la gauche du spectateur, ainsi de suite. Les changements de position dans le courant dos scènes, sont indiqués au bas des pages.
ÉLISA. Voyez-vous , grand'mère , il faut profiter du voisinage de monsieur Amédée , qui est venu demeurer dans notre maison.
M"'*= MEUNIER. Le fait est que c'est heureux.
AMÉDÉE, regardant Elisa. Oh! oui...
bien heureux...
M"* MEUNIER. G'estunsibon jeune homme, monsieur Amédée... un si aimable voisin...
AMÉDÉE, saluant. Madame...
M"" MEUNIER. Et si rangé... il n'est jamais chez lui !. .. toujours dehors à travailler.. . on ne le voit presque plus de la journée.. .
ÉLISA. C'est vrai...
AMÉDÉE, d'un air suppliant, à Elisa. Ahl (Haut.) Quevoulez-vous. .. j'ai mon atelier... je travaille en ce moment aux décors de l'Ambigu...
M™^ MEUNIER. Ah! quelle différence, avec mon petit-fils Joseph!... Tâchez donc, monsieur A médée, vous qui êtes de si bon conseil. . . de le tarabuster un peu... il me désole, voyez-vous, cet enfant-là!. .. un paresseux... un flâneur. .. enfin, comme dit monsieur Bizot . . . un vrai gamin. . .
AMÉDÉE. Oh ! monsieur Bizot.. . le grand sec...
ÉLISA. Il ne faut pas l'écouter , grand' mère... il en veut à Joseph... qui lui fait toujours des niches.
AMÉDÉE, riant. Ah!... ah!... ah!...
M""^ MEUNIER. Mon Dieu !... vous riez!... mais à son âge, il devrait travailler... ot pas du tout... il n'aime qu'à jouer, à courir les rues... toujours ballant ou battu... j'ai peur
MAGASIN THÉÂTRAL
qu'il ne se trouve dans une battarre. .. dans une émonte, quoi! 'S' attend ri usant.) Il arrivera quelque malheur.... c'est ii('ni!)Ie, Tovez vous... quand on est d'une f niille...
'éi.isa. Grand'mère!... et votre sourire!...
M"' Mi^UKlER , souriant. C'est juste !...
AMÉDÉE. D'ailleurs... c'est un enfant...
joueur... léger... mais le cœur est bon... le caractère excellint... il m'amuse... et savezvous qu'il a C>' riniHIigence...
ÉLISA. Certainenieut, c'est ce que le prote de son imprimerie nous disait: « .'oseph m- » rait bien vite le premier de nos ouvriers. . . » s'il voulait se mettre au travail. »
M"'* MEUNIER. Maisilne veut pas.. . etpourtant, il a un si bon exemple sous les yeux... sa sœur... monKIisa. .. quin'estjamaisàrien faire... toujours à coudre... à brorler...
AMÉDÉE, se levant. C'est un ange!...
M*"' MEUNIER. Dam!... c'est bien élevé, c'est sage. .. une conduite exemplaire , ça fait l'admiration du quartier.
Elisa, qui est devenue rpveusp, laisse tomber une feuille de musique qu'elle tenait à la main.
AMÉDÉE, allant vivement auprès d' Elisa.
Mademoiselle... {Il ramasse la feuille de musique, et la rendant à Elisay luidittout bas:) Oh!... je t'en prie...
M"* MEUNIER. Au lien que Joseph...