LES MÊMES, JOSEPH
JOSEPH, entrant sur les derniers mots.
Hein !... qu'est-ce que c'est?
ÉLISA. C'est lui !
M. BIZOT. Joseph!...
M""= MEUNIER. Voyez- vous!... ils l'ont relâché...
JOSEPH. Eh! oui, mev'là... ne pleurez donc pas comme ça... c'est bête...
M MEUNIER. N'est-ce pas, Joseph. ..mon
enfant... que ce n'est pas vrai... que tu n'as pas volé. . .
LE GAMIN DE PARIS
ÈiiSA. Non... non.
JOSEPE, slujjé fait. Volé!... vous avez pu croire... on a pu dire... moi. .. me soupçonner... d'un vol... d'un vol... c'est affreux!...
M"' MEUNIER. Calme-toi...
JOSEPH, hors de lui. Mais qui donc... le scélérat !
ÉLISA. Eh!. .. monsieur Bizot, donc...
M. BIZOT, reculant. Oh!... j'ai dit...
JOSEPH, veut aller à lui, M'^" Meunier et Elisa le retiennent. Monsieur Bizot!.,. c'est lui!... toujours lui!.. . m'accuser. .. venir dire à grand'mère que je suis... que j'ai volé... vous voulez donc que je vous lue... Vous voulez donc... vieux coquin... non, laissez-moi!...
M"" MEUNIER. Joseph ... je vous ordonne. . .
ÉLISA, le tirant par sa blouse. Mon frère!...
JOSEPH. Allez-vous-en... tenez, allez-vousen... car je ne sais pas ce que je vous ferais... sans le respect que j'ai pour votre âge...
M. BIZOT. Oui... il y paraît I...
M'"'' MEUNIER. Mais entin... tu étais arrêté... et il a pu croire...
JOSEPH. Arrêté.. . arrêté. ..
ÉLISA. C'est pour quelque espièglerie!
JOSEPH. Moins que ça, encore moins...
Vous n'avez qu'à demander à votre monsieur Médée. . .
ÉLISA. Amédée!...
M""* MEUNIER. Il est là dedans!
M. BIZOT, bas. Lui au'^si... hein!...
JOSEPH. Ohl... il passait... {Bas à Elisa.) Un fameux secret que j'ai appris, va.. .
M°"' MEUNIER. Enfin, dis-nous donc...*
JOSEPH. Voilà ce que c'est... grand'mère... Je sortais de mon imprimerie, où c'que j'avais pris ces épreuves, et je les portais à monsieur Paul de Kdck... qui les attend depuis trois jours... quand je me trouve au milieu d'un hourra. . . Bref, je vois des municipaux. . . des agents de pohce... on court... on crie... les chiens aboyaient... j'ai cru que c'était une émeute... comme on ne sait pas ce qui peut arriver, je ramasse quelque chose...
M""* MEUNIER. Tu as toujours des idées.
JOSEPH. Ce n'était pas une idée, grand'mère... c'était une pierre... écoutez donc... on peut avoir besoin pour se défendre... ça s'est vu!... Bref, voilà une pierre qui casse un réverbère... ce n'était pas la mienne... parole d'honneur. Un municipal qui était devant moi se retourne.. . il prétend que c'est moi qui viens de casser un réverbère. . . ( Variant sa voix.) Municipal... vous vous trompez, que je lui dis. — C'est toi, gamin. .. qu'il me répond. — Municipal .. . je vous jure que c'est uijc erreur profojidc. — Tais-loi, insuleut... giilopin... ces yens-là ont des expre.'îsions. . . défaut d'usage. — Municipal...
* M. Bizot, Elisa, Joseph, Mme Meunier.
je porte les épreuves à monsieur Paul de Kock... je suis pressé. — Je m'importe peu que tu sois pressé., toi et ton monsieur Paul de Kock... c'est toi... je t'ai vu. — .Quelle bêtise !... il me tournait le dos... comme si un municipal avait des yeux derrière la tête. — Municipal... v'ià encore ma pierre! — Ahl... vois-tu! — Bref... il veut m'empoigner... Moi qui vois sa couleur, je lui passe la jambe... un crochet... et v'ian... en deux temps, le voilà par terre à se reposer de ses fatigues. Pendant qu'on rit, je veux me sauver... mais qu'est-ce que je trouve derrière moi !... trois sergents de ville, qui me prennent au collet.
ÉLISA. Ah! mon Dieu!,..
JOSEPH. Trois; plus que ça de monnaie pour passer mon hiver... et comme je n'ai que deux jambes, je ne pouvais pas les asseoir sur la même banquette... il n'y avait pas moyen, cette fois... je suis pris et emmené... avec l'autre... un grand, qui avait volé...
M. BIZOT. C'est donc ça... ,^
JOSEPH. Qu'est-ce qu'il dit?
M"*^ MEUNIER. Mais enfin... enfin?...
JOSEPH, regardant Elisa et appuyant.
Enfin... il s'est trouvé là... un mon&iear... un jeune homme décoré... qui a dit un mot tout bas au commissaire.
ÉLISA, à part. Un jeune homme?
JOSEPH, vivement. Le commissaire... vous savez, ce gros, qui louche d'un œil... et qui a l'autre de moins. Il est laid... mais c'est un brave homme. ..
Air : Vaudeville du Premier frix Sans lui, ma foi! j'avais mon compte, Et bon gré, mal gré, c'est ceriaio, J'allais, j'en serais mort de honte, Coucher à la sali' Saint-Martin.
Ça m'rappe'l', malgré ma colère, Qu'j'ai fait l'plongeon... j'en ris d' bon cœur. Dans l'canal Saint-M.irtin !. . grand'mère, C'est un saint qui m'porte malheur.
ÉLISA. Ainsi c'est le commissaire?...
JOSEPH. Il a vu que je n'étais pas fautif et il m'a fait mettre dehors... voilà pourquoi je ne suis pas dedans.
M""= MEUNIER. C'est tout!...
JOSEPH, Dam 1 oui... excepté qu'ils m'ont déchiré ma blouse!
M""" MEUNIER. Encore!... c'est la seconde d'aujourd'hui...
JOSEPH. Ah! bah... c'est devant. .. ça ne se voii pas...
ÉLISA. Quand on en est quitte pour cela..j
M. BIZOT. Alors... c'est l'autre...
JOSEPH. Hein?... vous dites?...
M"'" MEUNIER. Taisez-vous, flâneur... se faire arrêter... nous faire une peur pareille.
JOSEPH. C'est pour de rire...
M"' MEUNIER, Pour le coup... c'est trop fort... c'est fini... je ne le vous pardonnerai pas.... mauvais sujet.... Venez, monsieur
MAGASIN THÉÂTRAL
Bizot. . . j'ai bien des choses à vous dire. . . mais pas clpvant ce gampincni.
M. r.izor .li> ne demaiuli' pas mieux...
JOStPH. Mais, grand'inèrc...
M°" MKUNiiiR. Non, jamais. ..
JOSLPii , suivant M. /fizot , et imitant Vabuiement d un chien. Hou, hou, houl...
M. BIZOT, effraye. Ah !...
M""MEUNIL!!. ()«'esi-ce que c'est?... {A Joteph.) Jamais!...
Elle sort avec M. Bizot par la droite.
SCÈiMi XII.