E SOLEIL, POMME DETERRE, TUBERCULE
LE sovE.lL, entrant le premier.
Arrivez donc, majesté... si vous ne pouvez plus larcher, grimpez sur voire ministère.
POMME DE TERRE, entrant.
Mais, Soleil, vous me faites suer... il fait une lialeur dans la compagnie du Soleil!., mais une haleur à me faire cuire, foi de Pomme de Terre!
TUBERCULE
\l\ la reine, sire'
POMME DE TEURE.
.Ah! c'est vrai!,, la reine!., qu'est-ce que j'ai onc fait de ma moitié?
LE SOLEIL
Ra.ssurez-vous !.. j'ai laissé la reine à la Ville de ■aris... vous savez, ce grand et beau magain..
POMME DE TERRE
Ah! oui, ce magasin qui a des rues, des carrefours et des places publiques... Tubercule s'était égaré dans un carrefour...
TUBERCULE, tout-à-coup, désignant les affiches du fond.)
Ah ! sire, regardez donc !..
Un musée en plein vent?..
LE SOLEIL
Par des peintres célèbres, qui n'ont obtenu aucun prix de Rome.
Air; Vive la lithographie.
Vrai, si cela continue.
Adieu l'exposition !
L'étranger, dans chaque rue.
Pourra se croire au salon.
Sur les murs , les chapiteaux , Partout ce sont des tableaux ;
LES POMMES DE TERRE MALADES
Dont on comprend le snjot, Sans consulter le livret.
Là, quel bizarre amalgame !
C'est un jésuite à grand né, Auprès d'une sage-femme Qui lui montre un nouveau né.
Là, c'est l'inquisition.
Qui, dans un cachot profond, Par l'eau, le for, le poison, Fait de la conviction.
Plus loin, sur cette colonne, Le Juif-Errant se fait voir.
Prés de Rodin, qui bougonne, En mangeant son radis noir.
Et ces peaux rouges là-bas, Ce sont les Ogibéwas, Qu'a placés un gai farceur Près du frottage en couleur.
Ici, voyez les galères...
Et les prisons à deux pas...
Enfin, les chants populaires, Pour égayer les forçats.
POMME DE TERRE
Quoi ! tant de tableaux!...
LE SOLEIL
Eh bien?...
POMME DE TERRE
Vraiment, je n'y comprends rien.
LE SOLEIL
Qui peut t'étonner si fort?
POMME DE TERRE
C'est que, tout- à-l'heure encor, Je lisais une ordonnance , Dans les termes les plus durs.
Qui contenait la défense De rien peindr' contre les murs.
C'est égal, c'est très ingénieux... Tubercule, je t'ordonne de prendre un croquis de tous ces tableaux.
(Au moment où Pomme de Terre désigne les tableaux, tous se métamorphosent en affiches du journal l'Époque. On lit sur toutes : l'Epoque... lisez l' Époque... lisez dans l'Epoque les lettres de Grimm... lisez dans l'Epoque le Péché de M. Antoine, etc.) Miséricorde! l'Epoque!.. l'Époque! l'fipoqnc!.. je ne veux pas des tableaux do rÉpo(pio!
Lb SOLEIL.
C'est un nouveau tour do nos ennemis... Tabl«au;t, disparaissez !
Si c'est pour ça, mon cher Soleil, que vous m'avez fait faire le voyage do Paris...
LE SOLKIL.
Eli! non... j'ai vouln combattre par la di.'^lraclion les symplônips morbides qui menacent toute la race des pommes do terre... El quel est le centre des nouveautés, curiosités, célébrités, spécialités. 4normité«, atrocités et absurdités, plus ou moiae
brevetées?.. Paris!-. .levais faire passer sous vo; yeux tout ce que la Société générale d'annonce couvre d'or et de gloire, à trente centimes la li gne.
POMME DE TERRE
Qu'est-ce que la Société générale d'annonces?
LE SOLEIL
C'est la réclame organisée et tarifée... c'est 1 trompette de la renommée mise en actions... trenf centimes la ligne omnibus... beaucoup moins Ion gue que les lignes d'omnibus.
Air : Voulez-vous des bijoux. (Concert à la cowr.
Vendez-vous Des bijoux?...
Ou des dentelles?...
Des joujoux...
Ou des choux ?...
Pour vos six sous.
Tout cela S'annoncc-là , Et voilà !
Poudres, savons, chapeaux, modes nouvelles, Chiens et chevaux, femmes et demoiseUes, Tout cela S'annoncc-là, Et voilà !
Avez-vous Des yeux doux.
Fille
(lentille?...
Voulez vous
Un époux?. .
Payez six sous...
Co Biari se trouve-là.
A c' prix-là.
Bref, pour six sous, l'Annonce, si féeoader Annoncera. . . même la fin du monde !
Ce jour-là S'annoncera A c' prix -là.
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