SCENE I
Le général, sur la chaise longue, KÉROUAN, LE GÉNÉBAL, avec UHC amertume contenue. Vous avez raison tous deux ; j'ai eu tort... je me suis laissé emporter comme un furieux... et le mal n'est pas si grand que je me le suis imaginé...
KÉROCAN.
Le mal est grand, mais il n'est pas irréparable... si...
LE GÉNÉBAL.
Comment donc !... mais c'est la chose la plus simple du monde... M. de Montéclain trouvait ma fille à son gré... Il eût pu me la demander en mariage ; ça se faisait du moins comme ça, de mon temps... et je crois que ça se fait encore comme çà chez ces idiots de bourgeois qui sont en arriére de leur siècle ; mais M. de Montéclain est un homme delà vraie noblesse d'autrefois, et un véritable lion de la jeunesse d'aujourd'hui : il a pris un autre chemin, il a séduit ma fille, il l'a déshonorée... et il faudra bien que je la lui donne, s'il veut bien l'accepter... c'est beaucoup mieux ; et tu vois, Kérouan, que nous ne sommes que des imbéciles, des ganaches, qui ne sommes plus à la hauteur de notre époque...
DOMINIQUE, bas, àKéiouan.
Il me fait peur, Kérouan... Il en deviendra fou...
KÉROUAN, bas.
C'est pour ça que je n'ose pas lui dire la vérité.
LE GÉNÉRAL
Aussi , je suis de votre avis , maintenant... Toi, Dominique, tu vas aller à la Closerie des Genêts; tu verras cette prétendue nourrice, tu l'interrogeras... et je suis sûr que tu me rapporteras de bonnes nouvelles... Tous ces bruits ne .sont que des calomnies... cet enfant n'a jamais existé... Va, va, Dominique... je te vois revenir d'ici content et satisfait. Quant à toi, Kérouan , je le remercie d'avance de la démarche que tu vas faire prés de M. de Montéclain... Tu le sernioniieras bien, n'est-ce pas?... c'est un bon maître qui lécoutera respeclueusemenl... Il se repentira... et nous serons tous heureux... Allez... et faites bien les choses... je vous attends...
DOMINIQUE, bas.
Profilons de la permission, Kérouan... d'abord pour le petiot... et puis, je la retrouverai peutêtre à la ferme...
KÉROCAN, bas.
Pourvu qu'elle ne se soit pas réfugiée che» M. de Montéclain !
DOMINIQUE, bas.
Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! quel malheur I
KÉROUAN
Prends gardel...(Au général.) Ecoute, Simon...
LE GÉNÉRAL
Que je ne vous gène pas... Restez donc ensemble ; continuez à causer tout bas. C'est pour mon bien , n'est-ce pas?...
KÉROUAN
Oui, pour ton bien.,, et tu n'es pas franc avec nous.
LE GÉNÉRAL
Moi!...
Oui, toi!... car, enfin , tu fais semblant de ne plus être en colère, tandis qu'au fond de l'àme, je suis sur que tu roules quelque sinistre projet.
LE GÉNÉRAL
Que faut-il donc pour vous contenter!... Il y a quelques heures, j'ai crié, j'ai menacé, je vou. lais tuer tout le monde... Vous m'avez dit qu'il fallait me calmer... je me suis calmé; j'ai pleuré alors, et j'ai voulu me tuer, moi... Vous m'aver «î'it qu'il fallait me consoler... je me suis consolé.. Que voulez-vous de plus ?...
DOMINIQUE, bas.
Je vous (ils que la lêle déménage... qu'il n'y a que la vue de sa fille qui le ramènera. Il faut qu'il la voie. Je vais la chercher...
KÉROUAN , bas.
Et moi, je vais chez le marquis.
DOMINIQUE
Quoi que vous puissiez dire, général , il y a dans tout ceci quelque chose de plus ou de moins que je veux savoir et que je saurai... Je vas à la Closerie des Genêts.
LE GÉNÉRAL
Va, mon garçon, va...
KÉROUAN
El si M. de Montéclain ne répondait pa comme il le doit, souviens-loi, Simon , qu'avant qu'il fût mon maitre... j'étais ton ami.
LE GÉNÉRAL
Oui, vous êtes mes amis, je lésais... mes vrais amis... Allez... allez...
DOJIINIQUE.
Je serai bientôt de retour.
LA CLOSlîRIE DES GENÊTS.
KÉaOlAN.
El moi aussi. Du courage el de la patience, et bieiilôl noui saurons la vOiilé tout entière.
(Ils sortent.)
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