‹ Pièces de théâtreChapitre 118 sur 1093 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Le général, sur la chaise longue, KÉROUAN, LE GÉNÉBAL, avec UHC amertume contenue. Vous avez raison tous deux ; j'ai eu tort... je me suis laissé emporter comme un furieux... et le mal n'est pas si grand que je me le suis imaginé...

KÉROCAN.

Le mal est grand, mais il n'est pas irréparable... si...

LE GÉNÉBAL.

Comment donc !... mais c'est la chose la plus simple du monde... M. de Montéclain trouvait ma fille à son gré... Il eût pu me la demander en mariage ; ça se faisait du moins comme ça, de mon temps... et je crois que ça se fait encore comme çà chez ces idiots de bourgeois qui sont en arriére de leur siècle ; mais M. de Montéclain est un homme delà vraie noblesse d'autrefois, et un véritable lion de la jeunesse d'aujourd'hui : il a pris un autre chemin, il a séduit ma fille, il l'a déshonorée... et il faudra bien que je la lui donne, s'il veut bien l'accepter... c'est beaucoup mieux ; et tu vois, Kérouan, que nous ne sommes que des imbéciles, des ganaches, qui ne sommes plus à la hauteur de notre époque...

DOMINIQUE, bas, àKéiouan.

Il me fait peur, Kérouan... Il en deviendra fou...

KÉROUAN, bas.

C'est pour ça que je n'ose pas lui dire la vérité.

LE GÉNÉRAL

Aussi , je suis de votre avis , maintenant... Toi, Dominique, tu vas aller à la Closerie des Genêts; tu verras cette prétendue nourrice, tu l'interrogeras... et je suis sûr que tu me rapporteras de bonnes nouvelles... Tous ces bruits ne .sont que des calomnies... cet enfant n'a jamais existé... Va, va, Dominique... je te vois revenir d'ici content et satisfait. Quant à toi, Kérouan , je le remercie d'avance de la démarche que tu vas faire prés de M. de Montéclain... Tu le sernioniieras bien, n'est-ce pas?... c'est un bon maître qui lécoutera respeclueusemenl... Il se repentira... et nous serons tous heureux... Allez... et faites bien les choses... je vous attends...

DOMINIQUE, bas.

Profilons de la permission, Kérouan... d'abord pour le petiot... et puis, je la retrouverai peutêtre à la ferme...

KÉROCAN, bas.

Pourvu qu'elle ne se soit pas réfugiée che» M. de Montéclain !

DOMINIQUE, bas.

Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! quel malheur I

KÉROUAN

Prends gardel...(Au général.) Ecoute, Simon...

LE GÉNÉRAL

Que je ne vous gène pas... Restez donc ensemble ; continuez à causer tout bas. C'est pour mon bien , n'est-ce pas?...

KÉROUAN

Oui, pour ton bien.,, et tu n'es pas franc avec nous.

LE GÉNÉRAL

Moi!...

Oui, toi!... car, enfin , tu fais semblant de ne plus être en colère, tandis qu'au fond de l'àme, je suis sur que tu roules quelque sinistre projet.

LE GÉNÉRAL

Que faut-il donc pour vous contenter!... Il y a quelques heures, j'ai crié, j'ai menacé, je vou. lais tuer tout le monde... Vous m'avez dit qu'il fallait me calmer... je me suis calmé; j'ai pleuré alors, et j'ai voulu me tuer, moi... Vous m'aver «î'it qu'il fallait me consoler... je me suis consolé.. Que voulez-vous de plus ?...

DOMINIQUE, bas.

Je vous (ils que la lêle déménage... qu'il n'y a que la vue de sa fille qui le ramènera. Il faut qu'il la voie. Je vais la chercher...

KÉROUAN , bas.

Et moi, je vais chez le marquis.

DOMINIQUE

Quoi que vous puissiez dire, général , il y a dans tout ceci quelque chose de plus ou de moins que je veux savoir et que je saurai... Je vas à la Closerie des Genêts.

LE GÉNÉRAL

Va, mon garçon, va...

KÉROUAN

El si M. de Montéclain ne répondait pa comme il le doit, souviens-loi, Simon , qu'avant qu'il fût mon maitre... j'étais ton ami.

LE GÉNÉRAL

Oui, vous êtes mes amis, je lésais... mes vrais amis... Allez... allez...

DOJIINIQUE.

Je serai bientôt de retour.

LA CLOSlîRIE DES GENÊTS.

KÉaOlAN.

El moi aussi. Du courage el de la patience, et bieiilôl noui saurons la vOiilé tout entière.

(Ils sortent.)

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