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ACTE IV, ir TABLEAU, SCÈNE IL

LOUISE

Ah! laissez-moi à vos genoux prier et pleurer.

KÉROUAN, se levant.

J'attendrai, Louise...

LOUISE

Mon père!... mon père !...

KÉKOUAN, lui approche une chaise.

Je VOUS ai priée de vous asseoir... nous avons à causer d'affaires...

LOUISE, s'asseyant.

J'obéis, mon père... j'obéis...

KÉROUAN, de même.

Louise... j'ai tàclié loule ma vie d'être un honnête homme, et quoiqu'un pauvre paysan comme moi soit bien peu de chose dans le monde, quoiqu'il soit mal de se vanter, je peux dire que je n'ai jamais fait de tort à personne.

LOUISE

Ah! vous avez été l'exemple de l'honneur, de la probité.

KÉROUAN

Vous parlez mieux que moi, Louise; vous avez été mieux instruite que moi, je le sais... mais laissez-moi dire les choses comme je les entends... Je vous disais donc que je n'ai fait de tort à personne... et je ne veux pas commencer aujourd'hui... je ne veux pas commencer par mes eufans.

LOUISE

Oh! que Dieu vous bénisse pour celte sainte bonté!...

KÉROUAN

J'avais vingt-cinq ans quand j'épousai voire mère, Louise. . .

LOUISE

Ma mère!...

KÉROUAN

C'était après la première Vendée. J'étais pauvre ; mais comme je m'étais battu jusqu'au bout pour la bonne cause, votre mère, qui en était, me prit en amitié... et son père, à elle, pensa qu'un peu d'honnêleté valait bien quelques écus... et il , me donna sa fille.

LOUISE

Ma pauvre mère !... si Gère de vous !...

KÉROUAN

C'est VOUS dire, Louise, que tout le bien qui est dans la maison vient d'elle.

Le bien qui est dans la maison, mon père?... Mon père... mais de quoi me parlez-vous donc?...

KÉROUAN

Je vous parle de ce qui vous appartient... LOUISE, faisant un mouvement pour se lever. De ce qui m'appartient, à moi!... mais pourquoi m'en parlez-vous 7...

KÉROUAN

Restez donc à votre place.,. Je n'ai pas la Icte

bien forte pour les comptes, vous le savez... et il ne faut pas que je me trompe.

LOUISE

Ah! maudissez-moi!... accablez-moi plutôt... mais ne me parlez pas ainsi.

KÉROUAN

Il ne faut pas songer qu'à soi, Louise... Vous avez fait à votre volonté; vous voyez que je ne vous dis rien... mais chacun a son idée. Je ne vous demande pas grand' chose... quelques minutes de patience.

LOUISE

Parlez donc, mon père... parlez...

KÉROUAN

J'avais eu six mille francs de la dot de Marianne; c'est avec ça que j'ai pi is la ferme où nous sommes. Le vieux M. de fllonlédain, qui m'aimait parce que nous avions bien souvent , pendant la guerre, pâli ensemble de la faim et de la soif, M. de Montéclain me la donna à bon compte; si bien que je pus élever les huit ciifans qui me naquirent de ma pauvre Marianne... Vous étiez trop petite pour comprendre ça , Louise; mais il y eut un temps où, quand je m'asseyais à celte table avec ma femme... nous nous regardions avec bonheur... en voyant autour de nous sept beaux garçons... et vous, qui étiez venue la dernière... et qu'elle aimait comme la dernière bénédiction de Dieu sur notre mariage.

LOUISE

Oh ! ma mère !... ma mère !...

KÉROUAN

Ce n'était pas le temps de la richesse,car il fallait travailler rude pour nourrir tout ça... mais c'était celui du bonheur... car ils étaient tous bien venans et bien portans .. Dieu n'a pas voulu que ça durât long-temps... Votre grand-père mourut alors et nous recueillîmes son bien. Mais le jour où la fortune entra par une porte, la joie s'en alla par l'autre. La maladie se mit dans la maison... et, en moins de deux ans... j'accompagnai six de mes gars au cimetière du village... Ce fut un rude coup... qui m'abattit comme un enfant, et qui tua votre mère... il y a de ça dix-sept ans.

LOUISE

0 ma mère ! pourquoi ne suis -je pas morte aussi?

KÉROUAN

Vous ne devez pas beaucoup vous en souvenir... mais, moi, je me le rappelle bien. Le pauvre petit Christophe marchait à côté de moiderriére la bière. 11 faisait froid et il pleuvait à verse... Je t'avais prise dans mes bras; et, comme tu me voyais pleurer, tu m'embrassuis sur les yeux, comme pour me consoler.

LOUISE, étendant les bras vers lui.

Assez, mon père... assez î...

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