‹ Pièces de théâtreChapitre 285 sur 1093 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LUCY, puis RICHARD.

LUCY, regardant la porte par laquelle est sorti Harry. Oui... je prierai pour lui... pour lui qui a détourné de mùi un horrible danger... pour lui qui a sauvé la mémoire de ma mère... Ciel! Richard... Oh ! qu'il ne me voie pas... Que penserait-il en me trouvant ici ?...

(Elle clierclie à sortir sans être vue.) RICHARD, près de la porte d'entrée.

Quel est cet étranger, ce sir Harry qui me donne rendez-vous dans celte taverne !... Il s'agit, dit-il, de mon bonheur... de mon repos... de l'honneur de ma maison... Qu'ai-jevu?... Lucy!... LUCY, avec effroi.

Richard!...

RICHARD

Vous ici !... (A part.) Et ce que me disait cette lettre !... Oh ! mon Dieu !... mon Dieu I... LUCY, à part.

Que lui dire?... Si je lui parle de ce sir Edgard... du honteux marché qu'il m'a offert... c'est un duel, et cet homme le tuera...

RICHARD

Vous ne me répondez pas... quand je vous rencontre dans cette taverne hantée par les plus rnauviiis sujets de Londres; dans une taverne, vous!... Diles-moi donc comment il se fait que je vous trouve ici?...

LUCY

Mais le plus simplement du monde, je vous assure... Jesuis venue voir celte vente... que vous savez... Il y avait tant de foule sur la place... que j'ai été forcée de faire arrêter la voiture, et je

suis entrée dans cette maison... comme vousmême... par hasard...

RICHARD

C'est que... ce n'est pas par hasard que j'y suis, moi!...

LUCY

Vraiment?...

C'est une lettre qui m'y a fait venir...

LUCY

Une lettre!... est-ce une trahison ?...

RICHARD

Une trahison?... mais s'il y a eu trahison... il y avait donc aussi un mystère... il y avait donc un rendez-vous... (A part.) Un rendez-vous... avec un amant... elle... Ah! c'est impossible... (Haut.) Voyons, Lucy, dites-moi comment vous êtes ici?...

LUCY, a part.

Il me soupçonne... il me croit coupable... mais le souvenir de ma mère... mais cet homme qui le tuerait... (Haut.) Ecoulez, Richard... depuis notre mariage, vous m'avez dit cent fois, que vous étiez si heureux de mon amour... qu'il ne vous manquait plus qu'une seule joie, celle de trouver une occasion, un moyen de me prouver votre tendresse... vous m'avez dit cela... bien souvent... vous le rappelez-vous, Richard ?...

RICHARD

Oui... oui... je me le rappelle... Eh bien?

LUCY

Eh bien!... au nom de notre amour, Richard... ayez confiance en moi... au nom de notre amour, ne me demandez pas ce qui m'a amenée dans cette maison!...

RICHARD

Allons, soit, gardez votre secret, Lucy. (Déclinant la lettre. ) Je n'interroge plus et j'oublie ! J'oublie!... Mais ne me demandez jamais un semblable effort, ne me demandez jamais un pa- ' rcil sacrifice!... car vous ne savez pas tout ce que m'a fait souffrir cette rencontre... Elle a bouleversé ma raison, elle a torturé mon cœur... elle m'a appris enfin... que je suis jaloux!...

LUCY

Jaloux!...

RICHARD

C'est un cruel supplice dont je souffre depuis long-lemps!... Oui, je suis malheureux... et voilà le secret descelle ambition qui s'est révélée depuis mon mariage... J'ai voulu des richesses pour m'étourdir dans le faste ! J'ai voulu des honneurs pour cacher cette plaie sous uu manteau d'orgueil! Mais maintenant que vous savez mon secret, veillez bien désormais sur votre honneur , madame ; car , si je ferma les yeux en ce moment , je vous demanderai à l'avenir un compte sévère de vos actions et de vos démarches !..,

LE MARCHE DE LONDRES

LUCY

A l'aveair, vous connaîtrez, vous jugerez loote ma vie...

RICHARD

Non pas moi seul, madame!... Il faut qae voire réputation brille chaste et pure à tous les yeux... car on nous observe l'un et l'autre... car le monde me plaint tout haut , et rit tout bas de ce que je vous ai prise dans une famille où la galanterie était héréditaire...

LCCY.

Cet héritage ne s'est pas toujours transmis , monsieur...

BICHABD.

Votre mère encore l'avait accepté.

tccy.

Ma mère!...

BICHABD.

Qui ne se souvient , à Londres , d'une scandaleuse intrigue avec sir Ashley !...

LUCY

Monsieur, ma mère s'est long-temps repentie...

BICHABD.

Elle s'est repentie. . mais l'adaltére était entré dans la maison de son époux... Et quand lord Ashley a tout è coup disparu, on a dit qu'il emportait avec lui le fruit des criminelles amours de votre mérel...

tUCT.

Monsieur... ma mère a beaucoup picoré...

BICHABD.

Elle a pleuré!... quand sa faute était écrite dans tous les souvenirs... quand elle avait flétri & l'avance la réputation de son enfant... Si bien que moi-même , en entrant ici , je me prends à vous soupconaer, parce que je me souviens que vous êtes fille de lady StendbaP....

LCCY.

Monsieur... ma mère est mortel...

BICHABD, avec tristesse.

Que le ciel lui pardonne!... Mais c'est nous qui portons la peine de ses fautes !...

( On entend des cris au dehors.) oooeoooooeoooooQ 00000000 ooeoooooooooeooooooooooooo

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