LUCY, ANNA, ALICE, RICHARD, SIMON
(Ils sont autour d'une lable, et finissent de prendre le
thé.)
ANNA
Votre départ est donc indispensable, mou clier frère?...
BICQARD.
Oui, indispensable,
Les aflTaires de l'État l'exigent, et quoi qu'il nous en coûte de nous séparer, c'est un sacrifice que la position de Richard nous commande.
RICHARD
Et puis, on se console bien vite de l'absence d'un mari... (Lucy baisse la tête.)
SI-MON
Pardon, ce n'est pas ainsi chez nous... Et, quand je suis en voyage, Anna est si impatiente de me voir, et mon retour l'émeut à un tel point, qu'il faut que je lui écrive bien exactement le jour, l'heure, et presque la minute où je rentrerai A l'hôtel.
BICHABD.
C'est que tu es aimé de ta femme, toi!...
LCCY.
Si je ne vous demande pas l'instant précis où je dois vous revoir, Richard, c'est que je vous attends toujours...
BICHABD.
Toujours 1... (Il se lève brusquement.)
LUCY
Richard I...
SIMON, bas, à Anna.
Oh! il s'est passé quelque chose d'étrange... ii!-|PauYre frère !... ( Haut, et avec enjouement.) Mais ]i qu'a donc aujourd'hui notre petite Alice?... voilà ■1 un ^uart d'faeure qu'elle n'a dit un mot...
- Au fond, une fenêtre à balcon au milieu; une et à gauche, portes latérales.
ALICE
C'est que je fais de graves réflexions,
ANNA
De graves réflexions?... et lesquelles?...
ALICE
Je songe que j'ai pour frères deux hommes sérieux, illustres, et qu'ils m'élévent d'une façon déplorable !
SIUOM.
Vraiment?...
RICHARD
Que voulez-vous dire, Alice?... Voyons, parlez, je le veux...
ALICE , brusquement.
Prenez garde, Richard, vous allez faire avec moi des frais inutiles de grosse voix et de regards sévères, car je ne pleurerai pas comme cette pauvre Lucy, dont je vois les beaux yeux remplis de larmes...
BICHARD, avec colère.
Alice!.., miss Alice!...
ALICE , se levant.
Oh ! vous ne me ferez pas peur I... Je suis fille de pilote, mon frère, j'ai du sang de marin dans les veines.
SIMON
Voyons, calmez-vous tous les deux, et ditesnous, petite sœur, en quoi vous vous trouvez si
mal élevée !...
RICHARD
Eèt-ce parce qu'on vous laisse trop libre?... trop maîtresse de votre volonté î...
ALICE
Oh ! cela, je vous le pardonne... Avec une tête comme la mienne, il n'y a pas moyen de faire autrement...
ANNA
De quoi vous plaignez-vous, enfin t
ALICE
De mon éducation, qui est horriblement né-
Ll- MARCHÉ DE LOiNOULS,
gligée... Croirlez-vous, Anno, que je ne sais pas un mot d'italien?...
nicHAno.
Et à quoi vous servirait l'italien ?.i.
ALICE
A mille choses , et surtout à savoir ce que signifient les petits billets égarés dans les allées du parc...
SIMON et RICHARD.
Les billets égarés!... Donnez...
ALICE
Tiens... tous les deux ensemble... (Prenant une grosse voix.) Les billets égarés... Donnez... Mais h quoi bon?... vous êtes aussi ignorans que moi, tous les deux...
ANNA, à part.
Imprudente!... je ne l'ai pas brûlé tout de sîuile...
ALICE
Celui-ci n'est pas long; mais je suis sûre qu'il dit bien des choses.
ANNA
Voyons, je vais vous le traduire,..
ALICE
Non, laissez... cela distraira ma pauvre Lucy... (Allant à Lucy.) Tenez, ma bonne petite sœur, expliquez-nous cela...
LUCY, prenant le papier.
Moi... oui... donnez... (A port, avec effroi.) Mais c'est un rendez-vous !...
RicnARn.
Elle a tressailli!...
ALICE
Eh bien?...
mcY.
Odgi a mezza notte .'... (A part.) Oh ! oui, c'asi bien cela...
ALICE
Et cela veut dire?...
Cela veut dire : Aujourd'hui à minuit...
LUCY
Oui, aujourd'hui ù minuit, c'est cela.
RICUARD, s'approcliaiu de Lucy.
Vous êtes bien pâle, madame; vous paraissez •■(jiifrrante?...
LUCY
Vous vous trompez, mon ami, je ne souffre
pas...
RICIIAUD.
M'iniporlc !... Croyez-moi, rentrez chez vous... ;l."ii prenant le billot di-s mains.) Surtout évitez l'air luiinidc et glacé du parc... cette nuit, il pourrait être dangereux pour vous...
LIJCY.
Le plus grand dant,'cr qui nie menace, Richard, t'est la perle de votre tendresse... Oh! je vous jure que je n'y survivrais pa»!. .
RICDARD.
Vous ne souffrirez pas seule... Alice, accompagnez votre sœur...
ALICU.
Oui, mon frère.
LUCY
Vous allez partir, Richard ; ne me laisserezvous pas d'autres adieux?...
D'autres... adieux !...
LUCY
Mon ami, je suis digne do vous, et je vous aime...
RICHARD, après l'avoir regardée, et en l'embrassant.
Que le ciel te punisse si tu me trompes... Moi, je n'ai pas la force de douter de toi...
LUCY
Merci!...
(Amia montre â son mari Richard et Lucy, qui s'ein» brassent.) SIUON.
Oh : n'importe... le malheur est entré dans notre maison. Allez avec Alice, Anna, moi je vais consoler mon frérc !...
(.\nna soutient Lucy et s'éloigne avec elle.)
oooo909«oooeoo<20oooooooooooooocooooocooooooooeecoo
SCÈiNE II.
RIOL\RD, SLMON.
(Kithinil est resté les yeux tournés vers la porte.)
SIMON, lui touchant l'épaule.
Frère!...
RICHARD, sans le regarder, Que veux-tu ?
SIMON
N'as-tu rion à me dire? RICllAiiD, regardant toujours vers ta clianibre de a» femme.
Rien...
SIMON, lui prenant la main.
N'éprouves-tu pas le beioin de me confier ta douleur... de déposer dans mon coeur le secret qui l'oppresse?...
RICHARD
Je n'ai pas de douleur, Simon... je n'ai pas di secret... je... je songe que l'heure passe... qu'i faut... qu'il faut que je parle... Les ordres son' doimés... tout est prêt, n'est-ce pas?... Je pars... je m'en vais... je... Adieu, frère!... ad... (ficiatant.] Oh ! mon ami ! mon ami I... que 'C soufl're !...
SI.MON
Richard!...
RICHARD. '
Tiens, ma main esl brûlante... Eh bien! j'a , là c. à... (Montrant soncœ... cl sa télé.) un feu cen fois plus dévorant... J'**i peur de devenir fou!.. Mille pensées contraires se pressent à la fois e