‹ Pièces de théâtreChapitre 321 sur 1093 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Porte au fond. — Portes latérales, — A droite, une table et un canapé.

ALICE, HARRY, puis LUCY.

11 ry au milieu du salon, Alice près de la porte de la chambre où repose Lucy.)

HARRY

Ih bien ! miss ?

ALICE

Toujours le même abattement! toujours la I me douleur impassible et muette! et tout à 1 ure, quand je lui ai parlé, quand j'ai cherché i consoler, elle m'a mis la main sur la bouche e ne disant : « Tais-toi, pauvre enfant, tais-toi !» I en voyant mes larmes... elle s'est mise à me 8< rire... Mais ce sourire m'a fait mal... j'aurais n ux aimé la voir pleurer !...

ni, cela eût mieux valu, sans doute!... Cette

il leur qui ne trouve pas une parole... ce déses-

P" qui ne trouve pas une larme, sont mille fois

pi terribles! Je retourne chez le docteur, miss...

je !ux qu'il la voie de nouveau...

(I /a pour sortir, la chambre de Lucy s'ouvre.

icy entre. Elle marche lentement, sou visage est

le, son regard fixe, sa voix rauque, et sa parole

brève.)

LUCY

i allez-vous donc, sir Harry?... Il ne faut oa me laisser seule... Il y a des momens où j'ai

ALICE

ur!...

HARRY

voulais ramener un médecin...

LCCY.

I médecin... pour qui ?...

HARRY

lis... pour...

ALICE

ur vous.

1 ir moi !... Est-ce qu'il y a des médecins qui » t effacer le passé... qui peuvent rendre à

une femme l'estime, le respect, l'honneur?... Estce qu'il y a des médecins qui détruisent l'infamie?... Non! non!... Eh bien! puisque c'est impossible, il faut qu'on me laisse... entendez vous?... il faut qu'on me laisse...

ALICE, pleurant.

Ohl ma sœur!...

LUCY

Ah! si j'avais pu mourir!..,

HARRY, pleurant.

Pauvre Lucy!... Ohl ma mère !... ma mère!... est-ce ainsi que je devais la retrouver... LUCY, les regardant tous les deux.

Vous pleurez !... vous pouvez pleurer!.,. Ah! vous êtes bien heureux... vous autres!... (Aprfcs un temps, s'apppochant d'Alice.) Moi, vois-tu, j'ai quelque chose qui m'oppresse... qui m'étouffe!... Ce sont mes larmes que j'ai dévorées et qui sont retombées là...

HARRY

Un peu de courage, Lucy... un^peu de courage.

LCCY.

Du courage!... en ai-je jamais manqué?... Non!... j'en ai eu toute ma vie, puisque j'ai lutté sans relûthe, puisque je me suis débattue depuis mon enfance contre une horrible prédiction I... « Fille d'une femme coupable, ont-ils dit, lu seras coupable à ton tour!...» Et maintenant ils ajoutent : a La prédiction est accomplie 1»

Mais je vous vous justifierai, moi, je leur prouverai...

LUCY

Non... je n'attends plus rien de ce monde... Je

voudrais... (Signe iuierrogatlfd'Harry et d'Alice.) JC

voudrais aller rejoindre ma mère!...

(Elle se rapproche lentement d'un canapé, sur lequel elle se couche à demi. Harry fait un signe à Alice, pour indiquer qu'il faut la laisser seule. Harry sort par le fond, mais Alice reste près de cette porte,[ct regarde celle par laquelle est entrée Lucy, comme si elle attendait quelqu'un.)

Lii MARCHÉ Dî' LO?^'DRKS,

SCÈXE II.

LUGY, puis RICHARD.

LUCY

Je ne croyais pas qu'il fût possible de souffrir autant que cela !... Je ne croyais pas, mon Dieu , que voire colère piit éprouver si long-temps une pauvre femme 1... ( La porte à droite s'ouvre lentement; on voit paraître Richard. Alice va le prendre par la main , le conduit du côté de Lwcy, puis elle sort, en l'encourageant du geste.— Lucy relevé la tête, l'aperçoit, le regarde avec terreur et pousse un cri étouffé.) Ah!...

RlcnARD, tendant les mains vers elle.

Tais-toi!... tais-toi, Lucy!... (Il s'approche, la regarde avec douleur et se met à genoux devant elle.) Lucy... je viens te demander grâce !...

LDCV.

Grâce!,., vous!,.. Non... vous me trompez... Et puisque je vous revois, c'est qu'il y a encore une honte que vous ne m'avez p«S fait subir... c'est qu'il y a encore une infamie dont vous ne m'avez pas flélric... c'est qu'il y a encore un supplice dont vous ne m'avez pas torturée!... (Avec force.) Ah ! tant mieux... je suis prête!... tant mieux , car celte fois j'en mourrai, n'est-ce pas ?.,.

nicnARD.

Au nom du ciel, ne m'accable pas comme je l'ai accablée moi-même, ne joins pas tes reproches âmes remords...

LDCY.

Vos remords I...

ItlCnARD.

Oh ! je sais que je ne puis rien dire qui puisse me justifier !.. je sais que je ne puis rien faire qui puisse racheter mon crime!... mais, pour payer mon pardon, je donnerais tout, mes biens, ma vie, tout, jusqu'à mon honneur !

LUCV.

Votre pardon!... est-ce que je puis pardonner quelque chose à quelqu'un, moi... vous savez bien que je ne m'appartiens plus... Vous parlez encore de votre honneur !... moi, je n'ai plus d'honneur; et quant à ma vie... Dieu a été cruel, it n'a pas voulu mêla reprendre!...

nicnAnn.

Oh! ne sois pas sans pilié. Lucy... je souiïre autant que tu souiïres tui-mcme!...

Autant que moi!... csl-ccquc c'est possible!,.. Vousne savez donc plusqtievous m'avez traînée... là-bas... sur celle place!... vous n'avez donc pas vu tousccsrcgardsde mépris qui s'attachaient sur moi !... vous n'avez dune pas entendu ces railleries de tout un peuple... ces imprécations de tout une ville!... (Avec force.) Et puis... cet horril)le marché... et vos propres paroles : «IC'esl une digne

fille de lady SlcndhaU... c'est une épouse adu tére!... »

nrcn.^r.D.

Lucy!...

LUCY

Oh! tenez... j'aurais clé coupable, que vol vengeance eiitélécruellcment odieuse; jugozdor monsieur, jugpz de ce qu'elle devait cire po moi qui me sentais innocente 1...

nicnARD.

Oh! oui... malheureux... parce que je n'ét pas digne de ton amour... j'ai cru que tu l'av donné à un autre...

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