USE FOULE DE VOIX CONFUSES
Attendez, attendez, messieurs. — Le jeu est fait. — Non! non! c'est faux! — Silence! — ■ Vous en avez menti! — Rendez l'argent! — C'est monsieur! — Sortez! Sortez!
( On chasse un joueur. ) LE UASQUIER, fioidement.
Faites le jeu, messieurs!
(Le calme se rétablit. ) DERMONT, demeurant seul en scène.
Quel indigne séjour! quelle société! est-il vrai que Georges de Germany, que le fils de mon meilleur ami,., est-il vrai que l'époux futur de ma nièce vienne ici chaque nuit prodiguer sa fortune et perdre son honneur?... Il faut que je m'en assure. Oui, j'ai choisi le meilleur moyen; c'était de ne point annoncer mon retour... Mais, depuis dix ou douze ans que je n'ai vu ce jeune homme, comment le reconnaître dans celte foule de joueurs? à qui m'adresser? à peine osé-je lever les yeux, et je sens que la sueur inonde mon front... ( On voit Warner revenir du fondj et, d un autre côté, trois ou quatre joueurs observent Dermont, en se le désignant. ) J'ai besoin de respirer.
(Il s'assied sur une chaise qui est près de lui, et il t'essuie le visage.)
WARNER, à part.
C'est quelque provincial, quelque joueur novice... il a vraiment la raine d'une honnêta personne. Parbleu! je veux voir...
( II s'approche. ) DERMONT. s
Il faut pourtant vaincre ma répugnance , et me décider à parler à <]uclqu'un...
( 11 se Itrvo et voit Warner, qui le salue; il le |alu4 dt uiénie. ]
TRENTE
Votre serviteur, monsieur,
Di;nMONT.
Mon:>icur, je suis le vùtrc.
WAn>En.
Vous paraissez avoir cliaud? L'air circule mal ici... Monsieur de la chambre! ( Le domestique, qui portait des rafraîcliissemcnts, s'avance. ) Permettez... il faut que vous preniez quelques rafraîcliisscinents.
DEHMOS
Monsieur, vous êtes trop bon...
WARNEn.
Laissez, je vous en prie... Un verre d'orgeat à monsieur.
DEfiMONT.
Non, je ne prends jamais rien. ( Avec défiance, \ part.) Cet homme est bien poli !
( Le domestique i'cloi[;ne. ) WAr.KEn , avec affeclalion.
Monsieur me paialt étranger?
DERMOST.
En effet, je suis ici... fort étranger.
WARNEn.
J'ai vu cela, et, par conse'quent, monsieur ne connaît personne de la société;'
DERMOST.
Mais non, jusqu'à présent.
WAn>En.
Vous avez quelque projet de tenter la forlune ?
DEIlMOSr.
Ce n'est pas précisément mou dessein.
WARNER
Vous avez raison; de la prudence, mon cher monsieur; ici le parquet est glissant. On vous jettera plus d'une amorce, sur-tout si vous avez quelque somme à risquer. Prenez garde, nous avons des gens qui flairent les louis d'or... Dans ce cas, je vous offre mes sei vices, et mes «onscils.
DERMO.NT.
En vérité!
WARNER
Sur mon honneur; vous m'avez d'abord inspiré un intérêt... Que jouez-vous de préfé- 1 ence, le creps ou lu roulette? quant à moi , je préfère le 3o et /Jo : la chance s'y renouvelle, et le joueur allenlif...
DERMONT, avec force.
Monsieur, je ne viens pas pour prendre de semblables le«jOns, et je trouve également honteux, indigne, infâme...
(Ici, ua tuiauitc, des crit , un graud dûsordic, cvlatcnt dans un salon voisin.)
CME FOULE DE VUIX.
Arrêtez! arrêtez!... retenez ce furieux!
DER.MONT
Gi and Uieu !
( L'iiL- foidc de joueurs, nu milieu desquels Ccorpcs se déliut, cuire, i<:nve[]..iil tout. — Ou voit, uudvtsuit dcï li'tcs, biaudir de* "iteaux. )
ANS
OEOnCKS, on fiiieiir.
Lais.>c/-moi , laissez-moi!... je veux briser ces exécrables instruments.
RODOLI'Ui:, entraînant Gcoigcs et le ramenant sur la
SCCilC.
Malheureux! qudie fiiieur!
WARNER, saisissant aussi Georges.
Eh quoi ! c'est Georges!... (Tous les joueurs so sont levés, et tous repardoiit, écoutent, et abandonnent les parties*.) Qu'est-il donc arrivé? quelque fripon?... de faux dés?...
Non, j'ai tout peidu!
WARKER.
Tout?... c'est fâcheux; mais ce n'est pas une raison...
GEORGES
J'ai tout perdu, te dis-je; l'argent que j'avais sur moi, les vingt mille francs que tu viens de me remettre, et soixante mille encore sur ma parole. Quoi! l'enfer ne fera point écrouler ces murs sur ma tête!... quoi! ces tapis, ces dés, ces cartes, ces instruments du démon ne s'engloutiront pas dans un abîme de feu!... Misérable que je suis!...
DERMONT
Quelle horrible démence !
RODOLPHE
Revenez à vous.
WARNER
Allons donc; je le croyais un homme, et pour une centaine de mille francs, tu perds la tête de désespoir!...
GEORGES
Non, c'est de rage contre le sort opiniâtre. Se peut-il que douze fois je perde sur la rouge !... j'allais martingalcr ; je divise mes fonds ; j'en fais douze niasses. Jamais, notez cela, jamais au neuvième tour, je n'avais perdu le coup ; j'arrive à dix, et je perds! Je m'étonne; mais, encore ferme et calme, je fais le jeu, il sort noir!... L^n frisson me saisit; mes doigts sur ma poitrine tracent une empreinte de sang. Cependant je cache mon trouble, et, d'une main glacée, en souriant comme la mort .lu dernier soupir, j'avance la douzième masse : elle couvre le tapis, tous les regards la dévorent; un muriiuire s'élève... la roue tourne... mon sang s'arrête... c'en est fait; le sort a parlé... mes yeux se couvrent d'un nuage, et mou or disparaît sousle râteau fatal. Ainsi que brille un éclair, io me réveille comme la foudre, et tout ce qui s'offre à mes mains est réduit en poussière.
RODOLPHE
Celte leçon terrible est un avis du riel. Ah' croyez-moi, monsiciu", renoncez pour jamais...
' l>sl ici que le jiu Cesse dun» le salon du fond, dont on fil me les poitij.
WAr.MîR.
CEOr.GES.
WARNIiR.
GEOHGES.
Toi?
Moi.
Quand ?
A l'instant.
Où?
WAIISER.
GEORGES
Tii polluais?.... O irion ami! mou clirr WaiiiLi! ji! t'en (lonnoiais dix fois, vin"t fuis la valtin, cL lu seiais encore mon j^t'nie tulclaii c.
WAilNER, à paît.
Il Cal à moi.
CEORGES.
OÙ trouver ce trc'sor?
WARNER
Pas jilus loin qu'ici dessus; oui, à l'étape su|iéri(ur, une dame hoiinétc et discrète lait ( I ilain iralic; utile aux joucius malheureux; il lai vient pailois des objets d'un {jrand prix.