‹ Pièces de théâtreChapitre 356 sur 1093 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

{ Elle lui fait sign» de le taire. ) GEOnCES , à part.

Il me le rappelle toujours... (A Louise.) Que faites-vous là?

LOUISE , embarrassée.

Monsieur , j'offrais mes soins à madame.

GEORGES

Ce n'est pas l'instant... Sortez tous deux. VALENTIN , remettant des papiers à Georges.

Monsieur, on a ce matin signifié ces actes; OB doit exécuter dans la journée.

GEORGES, froissant les papiers avec colère.

Je les en défie!... laissez-nous. (Valentin se relire par le fond et Louise entre dans la chambre à cou- ,l,er. — Gecrges et Amélie restent seuls. ) Le sort n>'a traité cette nuit avec un acharnement sans exemple... Point de discours, je vous en prie ;je ne suis point d'humeur à écouter un sermon ; ma réponse serait sans réplique : il n'était pas plus difficile au hasard de m'enrichir que de me ruiner; vous-même vous avez plus d'une fois ressenti l'effet de ses faveurs; et ces restes d'opulence, dont les débris nous entourent, en sont encore des marques. Je reprendrai mon tour dans les caprices du sort... mais cette nuit, cette nuit sur-tout! il s'est joué de toutes mes combinaisons... J'avais a la vérité peu de ressources; j'ai bravé la fortune, et j'ai tout perdu... il me faut de l'argent.

AMÉLIE

De l'argent!...

GEORGES

Oui, aujourd'hui, ce matin, ou c'en est fait de moi.

AMÉLIE

De vous, mon ami? vous connaissez notre situation : je vous ai donné mes diamants, je ne possède plus rien ; il ne nous reste que les meubles de cet hôtel.

GEORGES

Non , ils sont saisis.

Grand Dieu!... Ainsi plirs rien ici n'e>t à nous?

GEORGES

Ici, non... Mais je vous le répète, et vous m'entendriez sans les conseils que vous a donnés votre oncle; il me faut de l'argent, ou c'en est fait de moi.

(Il s'assied d'un air sombre. )

AMÉLIE

Vous me faites frémir, mon ami!... Ah! si le ciel daignait ouvrir vos yeux , voyez combien, jusqu'à ce jour, nous avons été malheu- , reux; presque toujours dans la misère, même 'an milieu quelquefois d'un éclat bien trompeur; assaillis d'inquiétudes, de poursuites, de ter-

reurs, souvent d'injures et d'outrages, nous avons passé quinze années sans connaître un seul jour de repos , bien moins encore de bonheur... (Georges fait un mouvement d'impatience.) Je ne vous retrace pas ce tableau, mon ami, pour vous reprocher mes larmes, mais pour vous demander un sort moins déplorable. Une partie de ma dot, séparée de votre bien , nous reste, puisqu'elle m'appartient; le revenu qu'elle produit, et qui passe inaperçu dans le désordre de notre existence, suffirait pour nou.s faire vivre avec aisance, dans quelque endroit éloigné, dans un état obscur, mais paisible du moins- Ah! mon ami, si tu voulais, dès aujourd'hui, nous quitterions cet hôtel; cette ville, pour toi si funeste; tes faux amis, qui te trahissent. Tu trouverais un doux repos; je consacrerais toute ma vie à rendre la tienne heureuse par mes soins, mon amour, mon travail, s'il le fallait. Notre Albert s'élèverait sous nos yeux, et tu (goûterais bientôt tout le bonheur de la vie. (Elle se jette à ses genoux.) O Georges' ô mon ami! fuyons l'enfer oîi nous sommes ; renonce à ce funeste jeu ; c'est ton bonheur et ma vie que je te demande à genoux.

GEORGES , relevant Amélie, et se levant lui-même. Vous m'avez cent fois répété ces discours . Quelques mille francs de revenu, un village pour habitation , une existence misérable: je ne la supporterais pas; c'est la richesse que j'ambitionne; ne l'ai-je pas déjà possédée!... D'ailleurs il est trop tard... Amélie, tu ui'offres le reste de ta dot; eh bien! c'est aussi ce que je 'e demande

AMÉLIE

Vous? ..

GEORGES

Cent mille francs, dont toi seule peux disposer. Confie-moi cette somme jusqu'à demaiu seulement, demain je te rendrai le double.

AMÉLIE

Ciel ! qu'osez-vous me proposer?... C'est l'unique avenir de mon fils !

GEORGES

Demain, tedis-je!...

AMÉLIE

Vous joueriez aujourd'hui, et demain mon fils serait sans pain.

GEORGES

Amélie , ne suis-je pas votre époux? Et si je l'ordonnais?...

AM^LUt.

Georges, ie suis sans défense, vous pouve prendre ma vie; mais vous ne me ferez jamaj déshériter mon fils.

GEORGES

Tu préféreras donc me voir monter sur I'^

chafaud?

AMÉLIE

Ciel'... que dites-vous? L'échafaudl

1 RENTE

CEonr.ES.

Oui; apprends enfin, puisqu'il le faut, apprends que, pousse par le besoin , la raj^e et le désespoir, un jour. . un jour à jamais fatal, où le sort m'accablait, où j'étais sans ressource, j'ai fait des faux.

AMÉLIE

Ah ! ton père avait prédit dans sa malédiction que tu finirais par un crime!

GEonGES, lui saisissant le bras.

Maltcureuse!...

AMÉLIE

Graee! grâce!...

( Valcntin et Louise , attiras par les cris , accourent. ) VALENTIN et LOUISE.

Madame!

Qui vous appelle?

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