AMÉLIE, WARNER
(Aussitdt qu'Amélie est demeurée seule, Warner ouvre l'étui, et en sort avec précaution; il se plisse le lonfj du mur; pose sur un meuble son épée, et s'avance doucement vers la porte du cabinet. )
AMÉLIE , assise et se croyant seule.
Je n'ose envisafjer toute l'étendue de mon malheur ; la misère, l'avilissement! et, pour comble de douleur, il faudra fuir, me séparer de mon Albert!
(Ici, Warner ôte la clef de la porte du cabinet ; cela produit un léger bruit qui fait tressailli' Amélie. )
AMÉLIE, effrayée.
Ciel!... est-ce vous, Louise? (Warner se retire nn peu en arrière. ) On ne me répond pas. ( eue se lève.) Il y a quelqu'un ici... Qui donc?...
WARMER.
C'est moi.
tMÉLIB.
Ah!...
WARNER
Silence!... point de cris, point d'alarmes; Amélie, daignez m'entendre.
AMÉLIE
Vous ici!... laissez-moi!... je vais appeler. (Elle court prendre la sonnette, et voit qu'elle est cassée. \ Ah! je ne puis...
WARNER
Non ; vous voyez que j'ai tout prévu.
( Il lui montre la ciel.
AMÉLIE
Malheureuse!... je suis perdue!
WARKER.
Non, je viens vous sauver : malgré votre rigueur, mon amour...
AMÉLIE
Quille horreur! la nuit! seule!... ah! je vois toute la profondeur du piège où vous voulez m'fntrainer. Mais toute ma maison connaît la haine que vous m'inspirez; jamais on ne me -soupçonnera du crime d'être votre complice; non , je n'ai rien à redouter en appelant a mon secouri, et Ion \ous chassera coionie le plus lâche des hommes et le plus vil scélérat!... Sortez, sortez donc à l'instant ouvertement , sans
vous cacher, sans mystère. C'est ain.ii qu'une femme qui se respecte doit imposer silence au soupçon et à la calomnie... Sortez!
WARNER
Y songez-vous, madame? Moi sortir, après tout ce que j'ai tenté pour vous voir sans témoins ! moi , renoncer au bonheur de vous forcer h m'entendre !
AMÉLIE
Ciel!... vous oseriez !...
WARNER
Je ne crains personne en ce moment ; votre époux ne rentrera pas; vos gens sont, éloignés; les miens veillent sous cette fenêtre, et si quelque audacieux... Regardez , j'ai des armes.
AMÉLIE
Ah! je frémis!...
WARNER
Calmez-vous, ne tremblez point... Un amant doit-il donc inspirer tant d'effroi? Oui , cruelle Amélie, je vous aime avec transport; et, malgré vos dédains, je veux vous arracher au plus affreux malheur. Ne cherchez point à retenir le bandeau sur vos yeux. Georges est ruiné, perdu, déshonoré; vous le savez; demain la misère, l'infamie... plus d'asile que le fond d'un cachot. Voilà, dans quelques heures, votre sort avec Georges. Brisez donc cette chaîne de fer; acceptez un protecteur; et, plus riche avec moi que vous ne le fûtes jamais, vous retrouverez les plaisirs, l'opulence, le bonheur, et je vous rends au monde, où doivent régner vos charmes.
AMÉLIE
Misérable !... je ne sais comment j'ai pu vous entendre sans mourir de honte et d'indignation... Non , une ame telle que la vôtre ne peut appartenir à la nature humaine! C'est vous, vous seul qui êtes la cause et l'auteur de tous les torts de mon époux, et des désastres qui nous accablent ; c'est vous qui avez empoisonné son cœur des détestables vices qui dégradent le vôtre ; c'est vous qui l'avez entraîné au déshonneur, à sa ruine, à sa perte ; et vous voulez couronner vos crimes en m'arrachant l'honneur!... Non, je vous démasquerai devant mon époux lui-même.
WARNER
Vous l'oseriez?... Ainsi vous rejetez toujours mes vœux! Eh bien! tant de haine doit enfin associer la vengeance à l'amour. Je ne crams plus votre époux, et vous serez à moi, je l'ai juré.
AMÉLIE
Ah! c'est la mort que vous m'offrez.
WARNER
Amélie!...
AMÉLIE, apercevant l'épée sur le meuble. Ciel !... je suis sauvée ! ( Elle saiiit l'arme. ) La mort plutôt que l'infamie!...
TRENTE A^S
WARKEI».
lœpradente!... arrête!...
( Il lai arrache l'épét , ec la jette a terre. ) AMÉLIE.
Je menrs!...
( £U« tombe évanouie; tet chevetix te ?ont détaché*, et flottent autour d'elle. )
Ah!
WARNER, la soutenant.
( Dans cet instant on frappe à la porte du cabinet.)
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